vendredi 27 décembre 2013

Liens familiaux ou adoption. La Sainte Famille

La fête de la sainte famille est utilisée aujourd’hui par certains catholiques et évêques comme bannière de leur conception de la famille. Un enfant a droit à un papa et une maman, entendons un cadre affectif et social stable qui lui permette de se développer et de trouver sa place dans un réseau de différences sexuées et générationnelles.
Michel Serre, philosophe français, a écrit cet hiver un article sur le modèle de la famille tel qu’il le lisait dans les évangiles. Et l’on ne peut pas dire que son analyse manque de pertinence, même si bien sûr, elle ne pourra satisfaire ceux qui estiment qu’ainsi le modèle de la famille humaine qu’ils défendent n’est pas honoré.
Je ne reviens pas sur ce modèle d’un papa et d’une maman pour tous. Non que le débat me semble clos, mais qu’il a déjà suscité suffisamment de violence. De façon incroyable entre frères, on s’est écharpé, insulté, ignoré. On a médit de son frère quand on n’a pas eu recours à la calomnie pour mieux rejeter sa position. Au nom de l’altérité à défendre, de la différence reconnue comme structurante entre l’homme et la femme, on a été incapable d’accueillir la différence dans la pensée.
Je reviens plutôt sur cet article, ou plutôt sur l’analyse de la famille telle que ce philosophe la lit dans les évangiles, en particulier dans les évangiles de l’enfance. Je la résume en une intuition. La naissance de Jésus racontée par la conception virginale casse les liens du sang au profit du modèle de l’adoption.
Le maître mot est adoption. Et cela dépasse les évangiles pour se retrouver notamment chez Paul. L’adoption exprime la relation qui lie le Père à tout homme par le Fils premier né (d’entre les morts). Elle est le nouveau nom de l’alliance, même si déjà on pouvait la lire, par exemple au superbe chapitre 11 du prophète Osée. « Quand Israël était jeune, je l’aimai, et d'Égypte j'appelai mon fils. […] Et moi j’avais appris à marcher à Éphraïm, je le prenais par les bras, et ils n'ont pas compris que je prenais soin d'eux ! Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d'amour; j'étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger. »
Le mot adoption vient cinq fois chez Paul et littéralement pourrait être traduit par filiation. Le Père fait de nous ses enfants, voilà notre nouvelle nature proclamée, bien loin de l’appartenance à un peuple par le sang, comme cela était le cas, et l’est encore, avec le peuple de la première alliance. La nature n’a plus rien à avoir avec la famille, avec le clan, mais seulement avec le libre amour de Dieu désormais manifesté dans une universalité aussi radicale qu’est l’amour de Dieu pour le peuple Juif.
Joseph a aimé celui qu’il appelait son fils, lui apprenant à marcher, le prenant dans ses bras. Il le menait avec des liens d’amour, le soulevait comme un nourrisson tout contre sa joue, s’inclinait vers lui pour le faire manger. L’évangile de Matthieu cite ainsi le prophète : D’Egypte j’ai appelé mon fils. Joseph cependant n’est pas père par le sang. La virginité de Marie, à laquelle tiennent tant tous les chrétiens, exprime cette rupture dans les liens du sang. Il s’agit de la parabole de l’alliance nouvelle scellée par Dieu avec tout homme, par la filiation, par l’adoption précisément.
On sait combien les liens familiaux sont importants, et pourtant, ce ne sont pas ceux que Dieu choisit. On sait qu’ils sont en Espagne une protection souvent unique et partant indispensable contre la crise. Mais Dieu n’aide pas plus son fils que son voisin, si je peux dire, ou plutôt, Dieu n’a pas de voisins mais que des fils.
Car la famille, le clan, c’est aussi, parfois, souvent, un enferment, voire un enfer. C’est aussi ce qui peut justifier nombre de guerres. Ce qui se passe en Syrie comme en de nombreux pays d’Afrique, à défaut d’être la conséquence des liens du sang, se développe sur un terreau familial que la virginité de Marie vient interrompre. Cette mère engendre, hors du sang, hors de la nature, pour que son fils soit adopté, fils premier né, premier né d’entre les morts. On n’avait guère prévu que la conception virginale renfermât une telle puissance révolutionnaire !
Pour lutter contre tous les racismes, pour œuvrer vers une mondialisation qui ne soit pas esclavage au profit d’un libéralisme sans âme, mais fraternité universelle, n’est-il pas opportun de rappeler que la famille de Jésus c’est une mère vierge, un père adoptif, parabole d’une alliance nouvelle, celle de la nouvelle filiation, de l’adoption divine ? Voilà une manière de lire l’universalité de la bonne nouvelle de Noël. Le Fils en son engendrement certifie pour chaque homme la vérité de l’alliance, de la filiation, de l’adoption par le Père du ciel.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire