vendredi 11 janvier 2019

Aimés à ce point de radicalité et d’excès que l’on appelle Dieu (Baptême du Seigneur)


Nous achevons le temps de Noël en célébrant la fête du baptême du Seigneur. Non que Jésus ait été baptisé enfant ! Mais sa naissance exprime non pas tant l’accouchement que la vie menée jour après jour. C’est toujours au présent que nous sommes nés, tant que nous sommes vivants. Après notre mort, on pourra dire, il était né.
La naissance de Jésus ce n’est pas le nourrisson dont nous ne savons rien si ce n’est qu’il a vécu comme tous les nouveau-nés puis les enfants. La naissance de Jésus, c’est, à travers les présents des mages, la mort, lorsque la myrrhe sert aux rites d’ensevelissement. La naissance de Jésus, c’est toute sa vie, et particulièrement les premiers moments où il se manifeste, où l’on commence à le connaître, le baptême par Jean et les noces de Cana.
Je tiens à le redire, puisqu’en 2019 cela étonne encore et que nous ne pouvons demeurer des chrétiens naïfs, Jean Baptiste et Jésus ne sont cousins que dans les deux premiers chapitres de l’évangile de Luc. Il s’agissait pour l’évangéliste, autant qu’on le comprenne, de dire le lien qui unit le mouvement du Baptiste à celui de Jésus, alors que les disciples de Jean sont un groupe distinct de ceux de Jésus, y compris après la mort de Jésus. Comment inviter les premiers à rejoindre les seconds si ce n’est à articuler baptême de Jean et baptême de Jésus, rite de conversion et plongeon dans la mort et la résurrection de Jésus ?
On pense aujourd’hui que Jésus était un disciple de Jean, ou du moins, qu’il était venu à Jean retourné par la pénitence prêchée par Jean. Revenir aux Seigneur, comme disent les prophètes, changer de vie pour se laisser sanctifier par le Saint d’Israël. Changer la société et ses injustices en se percevant ensemble appelés par Dieu à vivre en sa proximité. L’évangile de ce jour (Lc 3, 15-22) ‑ passablement charcuté ! ‑ montre Jésus en prière, Jésus dans la proximité avec Dieu. Il avait environ trente ans, précise le verset suivant.
En Luc 3, Jean ne semble pas connaître Jésus qui est parmi ceux qui viennent inscrire sur leur corps, dans la chair, leur volonté de changer de vie parce qu’il est urgent de changer le monde. Jean fait la courte-échelle à Jésus cependant, montrant le lien et la différence entre les deux baptêmes, je le redis, conversion au sens de changement de vie et plongeon dans la mort et la résurrection de Jésus. L’évangéliste montre aux disciples de Jean que s’accomplit en Jésus le mouvement de conversion auquel leur maître les a initiés.
Jésus a compris très vite que la transformation du monde n’est pas affaire de projet politique voire religieux, aussi indispensable soit-il, mais accueil de Dieu en ce monde, ce que signifie précisément Noël. La philosophie politique sait que le régime qui prétend offrir le paradis sur terre est mensonge, dictature totalitaire. Ce que Jésus ouvre, c’est, par la recherche de la justice, indispensable, le royaume, le paradis si vous voulez, la vie avec Dieu (Mt 6, 33).
Dans la pratique de Jésus, le paradis n’est pas plus un autrefois perdu qu’un avenir lointain, post mortem ; il est la vocation de l’humanité… ici et maintenant. La vie avec Dieu, c’est le Royaume paradisiaque, c’est maintenant, c’est ici. Voilà la prédication de Jésus, voilà ce à quoi donne accès sa mort et sa résurrection dans laquelle le baptême nous plonge.
Nous ne sommes pas baptisés pour appartenir à un corps sociologiquement et culturellement repérable, entrer dans une famille. Il y a tant de personnes couchées sur les actes de catholicité qui ne sont pas disciples, non pas tant du fait de leur athéisme que du fait de leur écrasement du prochain, du refus de considérer le prochain comme un frère. Si nous sommes baptisés, cela signifie, et ce signe est actuel, opérant, efficace actuellement, que vivre dans la proximité du Père est notre désir, ou, mieux encore, que nous nous comprenons appelés par le Père à vivre en sa proximité, que nous vivons dans l’amour du Père et que partant, c’est paradis ici et maintenant, parce que tout homme est frère.
Nous entendons chacun et ensemble, à travers la parole adressée à Jésus, que nous sommes bien-aimés et joie du Père. « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » Par Jésus, avec lui et en lui, l’amour du Père parvient jusqu’à nous. Saisis par cette déclaration d’amour, nous voudrions l’accueillir, en vivre. Voilà ce qu’est un baptisé. Par Jésus, avec lui et en lui, disposer son existence comme une réponse à l’amour (du Père).
Dieu est amour. Etre disciple c’est vivre en ce qui permet d’exister vraiment, l’amour, quoi qu’il en soit des adversités. Par Jésus, avec lui et en lui, en train de prier, nous entendons un évangile, une bonne nouvelle à jamais inouïe : Nous sommes aimés – et comment ! – nous sommes aimés à ce point de radicalité et d’excès que tous appellent Dieu.

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