jeudi 17 mai 2018

Essayez d'attraper le vent... (Pentecôte)


De l’eau, du feu, de l’huile, le souffle de l’air, une force. Autant de manières bibliques ou liturgiques de parler de l’Esprit. Difficile de s’y retrouver. D’autant que les fleuves d’eau vive coulent du cœur de Jésus, ce qui ne se peut.
Bref, pour parler de l’Esprit, il faut d’abord dire n’importe quoi tout en le sachant, histoire de ne pas croire viser juste. C’est tout simplement impossible de parler correctement de l’Esprit. Mais alors pourquoi parler de ce dont on ne peut rien dire ? La réponse la plus évidente, c’est que Jésus lui-même en parle. Il y a après lui, après sa mort, Dieu qui nous accompagne. Il y a après son retour auprès du Père, Dieu qui n’abandonne pas les disciples.
On comprend l’importance de l’Esprit. Mais une fois que l’on a dit cela, il semble qu’il ne soit possible d’être plus précis, eau, fleuves d’eau vive, vent de l’Esprit, force, onction. Ne cherchez pas à enfermer l’Esprit dans une définition, il ne pourra qu’échapper. L’eau ne peut être retenue dans les mains, pas plus que le vent, le feu ou la flamme. Mieux, pour tenir l’eau dans les mains, il faut les garder ouvertes. L’Esprit interdit l’appropriation.
L’Esprit ne peut être attrapé, retenu. On le sent, il réchauffe ou lave, souffle sur la peau ou pénètre comme l’huile. Mais on ne le retient pas. Rien d’étonnant si Dieu est Esprit.
Nous voudrions bien le tenir, le Seigneur. Mais sa présence aujourd’hui, c’est l’Esprit, et l’Esprit échappe. Il y a dans l’Esprit une sorte d’interdit de l’idole. On entend parfois dire que l’on ne parle pas assez de l’Esprit. J’ai peur que ce genre de remarques soit une manière de regretter l’idolâtrie sous les apparences d’une spiritualité qui se voudrait plus précise, forte.
L’Esprit échappe. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. La vie chrétienne poursuit, en principe, la lutte contre les idoles du judaïsme.
C’est qu’en Dieu, chacun renvoie à l’autre et jamais ne s’approprie quoi que ce soit ni se peut approprier. L’Esprit renvoie à un autre. Comme Jésus n’a fait qu’annoncer l’amour du Père, l’Esprit ne fait que rappeler ce que Jésus à vécu. Impossible de tenir l’un et de s’y tenir. Nous sommes engagés dans le jeu de renvois de l’Esprit à Jésus et de Jésus au Père, que nul n’a jamais vu, dont le Fils est le seul exégète, pour peu que l’Esprit rappelle tout ce qu’il a dit.
Plus qu’un briseur d’idoles, l’Esprit empêche les idoles, en douceur ; il rafraîchit comme l’eau d’une source, réchauffe ou éclaire comme la flamme, soigne comme un onguent, donne de vivre comme l’air qu’on respire.
On entend souvent dire que si Dieu est un ami, on ne l’a pourtant jamais vu, à la différence des amis. « Montre-nous le Père et cela nous suffit » disait déjà Philippe. Ce n’est pas nouveau ! Mais Dieu ne se montre pas. Et précisément, l’Esprit nous maintient disciples à retirer tout ce que nous pourrions mettre à sa place. Bien sûr le pouvoir, l’argent, le sexe, qui de toujours ont fat courir l’humanité. Même si on ne les dit pas idoles, ils font courir et se font sacrifier bien des choses. Pour les enfants, les idoles se sont les stars. Allez visiter le Camp Nou et vous verrez en vitrines les chaussures des footballeurs. On croit rêver. Si ça, ce n’est pas de l’idole…
La religion aussi fournit des idoles. Elle les a d’ailleurs toujours fournies. Et pour les catholiques, elles sont nombreuses, présence réelle, sainte vierge, apparitions, miracles, dogme, reliques. Tout ce qui nous donnerait de tenir quelque chose. Enfin être sûrs. Nous n’avons jamais fini de faire le deuil de l’indisponibilité de Dieu.
La chasse à l’idole n’a pas pour but seulement de nous détromper. Elle veut nous tourner où Dieu se donne à voir. Où ça, demanderons-nous impatients. Là où meurt un homme. Là où un homme est sur le point de mourir, là où il faut prendre soin de la vie, là où l’on peut servir la vie. C’est là qu’est Jésus, visage du Père, que l’Esprit ne cesse de nous rappeler.
L’épitre aux Hébreux nous prévient. A recevoir des inconnus, certains ont reçu Dieu lui-même. Faut faire de la place. Cela vaut le coup de chasser l’idole. Alors même qu’il nous demeure insaisissable, nous savons comment recevoir Dieu lui-même. Que nous ouvrions les fenêtres de notre foi comme Jean XXIII ouvrit celles du Vatican lorsqu’il voulut expliquer ce que serait le Concile, un appel d’air, un vent de l’Esprit à laisser entrer dans nos vies.

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