26/08/2011

La revue Magnificat soutient les croisades

Pour la saint Louis, je suis avec des chrétiens qui animent une prière du matin. Ils se servent de la revue Magnificat. Et voici ce qui est lu en guise de dernière intention de prière :
"Béni sois-tu pour la foi avec laquelle Saint Louis a pris part à l'annonce de l'Evangile jusque sur la terre que tu as illuminée de ta présence."
Je reste interdit. Premièrement, la terre où Jésus a vécu est une terre où il y a des chrétiens. Saint Louis n'y a pas apporté l'Evangile puisque Jésus l'y a prêché, mais aussi parce que des communautés chrétiennes y sont rassemblées depuis 2000 ans.
Plus grave encore, la "visite" de Saint Louis en Terre sainte est... une croisade. Suite à un voeu fait pour recouvrer la santé, le roi organise et part pour la 7ème croisade. Il y a des batailles, des morts, des villes prises. Un peu plus tard, le roi est fait prisonnier et sera libéré contre rançon. Quelques années plus tard, il souhaite repartir pour la 8ème croisade mais mourra sur la route, en 1270, à Tunis.
Et voilà comment les croisades sont occasion de bénir le Seigneur, sans la moindre ombre de repentir. Certes, on ne saurait commettre des anachronismes en jugeant des croisades avec le regard contemporain. Mais l'on ne saurait d'avantage organiser un achronisme. L'ignorance volontaire ou non de l'histoire est la source des pires idéologies, des pires crimes.
Si l'on doutait encore de quelle idéologie abominable participe cet opuscule de piété qu'est Maginficat, on ne pourrait désormais plus prétendre l'ignorer.

21/08/2011

Une Eglise pour faire douter

Périple de quelques jours en Castille. Que de villes magnifiques ! En fond de décor, si je puis dire, les JMJ. De nombreux jeunes croisés dans les rues durant les journées en diocèse, et même après, certaines communautés semblant organiser leur propre rencontre dans leur coin ou des diocèses voisins comme Segovie hébergeant aussi des jeunes.

Chaque jour, le rendez-vous de la messe, que je ne sais pas célébrer seul. Je me débrouille à trouver une communauté à laquelle me joindre. Et en Espagne, ce n’est pas difficile. Célébrer la messe dans des édifices merveilleux comme la cathédrale de Salamanque ou le monastère de las Huelgas à Burgos, ou bien dans des lieux marqués par Thérèse d'Avila comme le Carmel où elle vécut pendant trente ans ou Jean de la Croix, au lieu de son décès, ce n'est pas rien.

On retrouve quelques personnes, plus ou moins petites communautés fidèles, enracinées dans ce devoir de prière qui les fait se tenir là, d’être là. Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ? On peut se demander. Cette Eglise est moins visible que le million et demi de jeunes de Quatro viento. « Ici, je me tiens. » C’est ce que Ricœur désigne, avec Lévinas, comme l’expression de la fidélité à la parole donnée, au devoir d’humanité. "J’ai dit (souvent pas explicitement) que je serai là, et j’y suis." Voilà ce que ces petites communautés disent. Voilà ce que le Pape a essayé de faire comprendre aux jeunes, car j’imagine qu’en les invitant à rejoindre les paroisses, communautés et mouvement, il s’agit bien de cela, se tenir là où nous sommes convoqués et où nous nous devons de nous tenir, puisque nous nous disons ses disciples.

Je ne sais ce que chacun des membres de ces communautés, prêtres compris, vit de la foi. Il y a la dévotion répétitive, des choses à faire, des Ave ou des répons à enchaîner le plus vite possible, les litanies les plus longues possibles. Peu de silence. Il faut faire. Alors que nous sommes désarmés dans la prière et que c’est peut-être cela la prière, ce désarmement qu'il faut bien accepter, lieu de faiblesse, lieu de pacification. Nous tenir là. Nous l’avons promis au Christ, comme Eglise, en réponse à son commandement : faites cela en mémoire de moi.

Les prêtres que j’ai vu présider tous ces jours ne font pas forcément mal, encore que les deux messes d’aujourd’hui (la première m’avait laissé sur ma faim alors j’espérais en fin de journée corriger le tir mais les deux fois, la messe du dimanche n’a pas duré 25 mn !) ne brillent pas par le sérieux des présidents, par ailleurs, sans doute, des confrères très respectables. Heureusement qu’ils sont attachés à de petits rites secondaires. Cela prend au moins un peu de temps.

Ils apparaissent souvent (plus qu’en France ?) fonctionnaires du culte, opérant quelques gestes sacrés et chargés de la transmission d’un message dont ils disent qu’il fait vivre, mais dont ne voit pas comment il peut faire vivre, eux compris. Répéter que le Pape est le successeur de Pierre suffit-il à faire vivre ? Notre Eglise semble confondre impossibilité du savoir absolu et relativisme. Il faut des certitudes. La foi dit la vérité et il n’y a qu’à appliquer.

Eux et les autres baptisés ont fait ce qu’ils avaient à faire. Ont-ils prié ? Se sont-ils livrés au Christ ? Comment le saurait-on ? Et cela ne nous regarde pas. Cependant, outre leur présence que je soulignais plus haut, ils ne m’ont pas bien aidé à prier. Ou plutôt, ils ont exigé de moi un effort de concentration pour être avec eux à ce que nous devions vivre. Ont-ils donné envie d’être rejoints dans une compréhension incroyablement immense de la vie de l’homme, alors que leurs cérémonies semblent bien rabougries ?

Sur la route ou dans la rue, je me demande ce que ma foi a de commun avec la leur. Je ne veux pas juger. Je ne veux pas les enfermer tous dans le chemin de la dérive religieuse, bien loin de l’aventure de la foi. Leur manière de faire m’ébranle, me fait douter. Si ce sont eux les croyants, le suis-je ? Et toi, que vis-tu ? Est-ce la même chose qu'eux ? Oui, bien sûr. Je suis même heureux d’avoir trouvé des chrétiens et d’avoir pu, bon an mal an, célébrer authentiquement avec eux les saints mystères. Le geste de paix est peut-être le plus fort de tout ce rituel. Et pourtant…

Tous ces gens peuvent-ils ne pas voir que le respect de règles fixées par l’Eglise ou leur piété n’est rien ni de l’amour du prochain, ni du culte dont parle Jésus, notamment lorsqu’il fustige ceux qui rabâchent comme les païens. Certes, l’office du milieu du jour à Silos, la messe à las Huelvas ou devant le tombeau de Jean de la Croix montraient un autre visage, avec, outre les moines et moniales, les mêmes petites communautés locales.

Mais si l'Eglise faisait douter, elle pourrait, à son corps défendant, et malgré l'horreur de son péché, contribuer à édifier une foi qui ne pourrait être certitude.


Illustration : Thomas et le Christ, détail, Silos

13/08/2011

Impression, mitigée, des JMJ

J’ai retrouvé la délégation lyonnaise aux JMJ lors de son passage, mercredi soir, à Barcelone. Nous avons célébré l’eucharistie, présidée par le Cardinal Barbarin. La soirée s’est poursuivie par la visite de la Sagrada Familia.

Je suis bien triste de ce que j’ai vu. Non, c’est exagéré. Il y avait la bonne humeur, même la joie d’un millier de jeunes. Il y avait l’engagement de certains au service de tous. Il y avait des personnes à retrouver, certaines pas croisées depuis des années. Il y avait de nouvelles rencontres, éphémères, mais bien sympathiques.

Cependant trois détails que je ne sais pas maintenir à leur place. Une liturgie prise en charge par des gens bien sûrs de leur science en la matière, mais peu compétents. Passe que l’on oublie le gloria. Ce n’est pas grave, sauf quand on prétend savoir. Mais que la prière universelle ne soit pas un moment suffisamment important pour que l’on ne fasse rien d’autre que de prier, là, non. Et que faisait-on pendant ce temps ? Deux servants d’autel disposaient les nappes sur l’autel, en plein centre du champ de vision, juste sous le nez du président. Comme si ces petits préparatifs de l’autel valaient plus que la prière des fidèles. Comme si, histoire de leur laisser le bénéfice du doute, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

Deuxième détail. Les chants. Il me semble que tous appartenaient au répertoire des communautés nouvelles. Rien des paroisses, rien des mouvements. On impose un répertoire et l’on s’étonne ensuite que les jeunes ne se retrouvent pas dans la pastorale ordinaire, à moins que l’on ne veuille forcer cette dernière à se ranger derrière les communautés nouvelles. Ce serait donc cela la nouvelle évangélisation. On instille de la division dans l’Eglise, par la pratique. Il a fallu que ce soit des Scouts d’Europe qui chantent des refrains de Taizé à la Sagrada Familia !

Troisième détail. Le mot de l’archevêque à la Sagrada familia. De la piété, oui. De la foi, je n’oserais trancher. Quant à répondre à des interrogations, certes non. Asséner des vérités totalement déconnectées de nos vies, oui. Que voulez-vous, il faut remercier St Joseph. Et c’est avec ça que l’on annonce l’évangile ! Pas une phrase de l’évangile ne pourrait être avancée pour supporter cette dévotion. Le 19ème siècle triomphe, retour tridentin ; retour de la gloire tridentine. Plutôt que d’ouvrir à un chemin de spiritualité qui est combat de la foi, on a des trucs à faire, remercier St Joseph, en l’espèce, et nous voilà chrétiens.

Découvrir et rendre grâce pour sa famille. Oui, c’est bien joli. Mais est-ce si évident ? Toutes les familles de tous ces jeunes sont-elles des milieux à propos desquels il s’impose que l’on rende grâce ? Est-ce seulement possible. La deuxième famille, l’Eglise. Oui, pour la découvrir, s’en vouloir membre. Mais là encore, pas un mot, du moins si j’ai bien entendu, sur une famille un peu moins idéale que prévue. A dire le bien sans le mal, on fait de l’idéologie, pas de l’évangélisation. Le mot d’accueil de la messe se défendait lui déjà en matière de discours idéologique ! On galvanise les foules sur des certitudes d’autant plus assénées que l’on évite toute réflexion, que l’on occulte la complexité de nos existences. Tous ces jeunes, évidement, ne sont pas comme ceux qui n’ont pas de valeurs. Dans l’Eglise, on sait le chemin. (On aurait juste pu se demander combien de tous ces jeunes, majoritairement célibataires, vivaient effectivement leur sexualité dans la continence, selon que le requiert l’idéologie officielle. On aurait vu le grand écart. Mais on ne veut pas le voir.)

Quant à la troisième famille, la famille humaine, je ne peux rien dire, j’ai été entrepris par quelqu’un et n’ai pas pu entendre. J’avais osé souffler que la Sagrada Familia, ce n’était pas tant la famille de Jésus, Marie, Joseph, dont on ne sait pour ainsi dire rien, qu’elle est principalement notre idéal de la famille projeté dans le ciel, selon le modèle décrit par Feuerbach. La Sagrada Familia c’est surtout la vocation de l’humanité.

Le travail apostolique ressemble à travers ces trois ou quatre détails au trois D du Cardinal Dias : Disciple, Dévotion, Doctrine. Où sont la liberté et la responsabilité ? Où est l’aventure spirituelle, aventure dans ou de, ou avec l’Esprit ? Où est la foi ? Tout cela n’importe pas. C’est juste la fin de l’évangile au nom de l’évangile. Le grand Inquisiteur de Dostoïevski n’est pas mort. Il étend ses méthodes. Certes la violence est moindre, et ce n’est pas rien. On prend juste le soin d’ignorer ceux qui ne pense pas comme nous. C’est une violence bien cinglante tout de même.

A quoi bon ce coup de gueule, sa publication ? Peut-être pour faire entendre une autre musique, pas forcément meilleure, mais qui ne peut au moins pas prétendre être la seule. Et c’est sans doute nécessaire pour ceux qui n’aiment pas les fanfares qui font que l’on n’entend plus rien. Et c’est sans doute nécessaire pour casser le silence respectueux et complaisant des courtisans. Et c’est sans doute nécessaire pour ne pas se décourager totalement de la capacité de l’Eglise à annoncer l’Evangile.

Je trouve dans La Croix du 12 août ces lignes : « Mgr Georg Austen, qui fut de 2002 à 2006 secrétaire des JMJ de la Conférence épiscopale allemande, prolonge la réflexion : ″Je crains que les JMJ ne deviennent un instrument qui utilise les jeunes, surtout dans une période où l’Église est en difficulté. Il est important que ces jeunes puissent arriver avec leurs questions, et pas seulement rejoindre une structure préexistante.″ »

07/08/2011

Noche de la fe (Decimonoveno domingo)

Una primera lectura del evangelio podría hacer pensar que la fe seria la actitud según la cual deberíamos creer lo más increíble. Una palabra más, y podríamos decir que la fe consiste en creer lo mas insensato, lo más absurdo. Se dice la frase atribuida a Tertuliano : credo quia absurdum, creo porque es absurdo.
Andar sobre el agua, no es un problema si crees, y si no puedes ir hasta tu destino, es la prueba que te falta le fe. ¡ Que poca fe ! ¿ Por qué has dudado ? Por lo tanto, hay gente que no entiende porque la Iglesia conoce tan dificultades. ¡ Tenemos que esperar, que rezar, y lo que pedimos nos será dado ! Si no, es la prueba que nos falta la fe, y esto explica la crisis de la Iglesia.
Pero, hoy, en una cultura técnica, los creyentes también saben que el mundo es autónomo, funciona según las leyes de la naturaleza, que Dios no puede intervenir para cambiar el desarrollo de las cosas. Somos salidos de un mundo mágico, a diferencia de las culturas primeras.
Los jóvenes, más que muchos, no pueden creer contra lo que aprenden por la ciencia, o bien, al contrario, pueden aceptar cualquier cosa, desconfiando de la racionalidad. Y prefiero la racionalidad que el irracional porque nuestro Dios envió a su hijo, es decir a su palabra, a su logos, a su razón, por el cual hizo todas las cosas, creo el mundo.
Como lo dijo el pastor Bonhoeffer, que estuvo en Barcelona durante dos o tres años al inicio del siglo 20, no creemos en un Dios figurante, rellenos las raciones cuando no podemos explicar las cosas. El milagro nunca es una solución para explicar el mundo ; la fe no explica lo que la ciencia no puede, sino, cada vez que la ciencia progresa, la fe pierde terreno.
Diciendo esto, volvemos a conocer la experiencia de todos los creyentes. Juan de la cruz y la tradición del Carmelo hablan de la noche de la fe. La fe no explica nada. Nada, nunca nada. No creemos para comprender, incluso si nada es más inteligente que la fe. No creemos para explicar, para buscar las raciones de la cosas, la racionalidad ; y, sin embargo, nada es más racional que la fe.
La tradición del Carmelo encuentra en Elías su fundador. La historia de Elías, el ciclo de Elías, cuenta la competencia entre el dios Baal y el Dios de Israel. Podríamos decir que Elías organizo un concurso de dios. ¿ Quien podría encender el altar y las victimas, las ofertas ?
Naturalmente, el altar de Dios, del verdadero Dios, se enciende. Y Elías, victorioso, mato a los profetas de Baal. Sin embargo, se volvió triste, deseando morir. ¿ Porque morir cuando hemos ganado ? Me parece que se percibió que se había equivocado de Dios. Hizo como los profetas de Baal, utilizando la fuerza, la de la persuasión, para mostrar a su Dios. Pero si Dios viene al final de una prueba, no hay mas sitio para creer, solamente para saber.
No vale Elías más que los demás. Es como sus padres, como los de su pueblo. Hay que morir. Dios lo dio una nueva suerte. Dios le salvo por donde había pecado. ¿ Como reconocer a Dios ? No hay nada a ver. Nada en el viento, nada en el terremoto, nada en la tempestad.
En el silencio, en el ruido de una brisa tenue, es decir, sin oír nada, Elías se tapa el rostro. Dios está aquí. Ninguno milagro, ninguna evidencia, solamente la noche de la esperanza y de la confianza, es decir también, la noche del dudo y de la imposibilidad de creer.
En un mundo desacralizado, desencantado, no hay la posibilidad de lo maravilloso. Nos quedamos en silencio, esperando al pasaje de Dios como una brisa tenue, interpretando su silencio como el signo de su presencia, entendiendo la ausencia de Dios de otra manera que los no creyentes, pero viviéndola como ellos. La ausencia de Dios, a la cual estamos confrontados, es para nosotros el índice de su presencia. Su presencia es lo que permite de entender su ausencia, no como un abandono sino como la forma de esta presencia. Así no podemos confundir nuestro Dios y un ídolo.
El creyente hoy, es un místico o no es, es como Elías o Sant Joan de la Cruz, viviendo en la noche de la fe, seguro que nada es más inteligente que la fe y sin embargo que la fe no se prueba. El creyente de hoy espero a su Dios, mendiga a su Dios.

30/07/2011

L'hostie est-elle le corps du Christ ? (18ème dimanche)

La multiplication des pains ressemble à une eucharistie. Tout particulièrement les mots suivants : Il prit les cinq pains […], leva les yeux au ciel, bénit, puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules. On y retrouve la prise du pain par Jésus, la bénédiction, la fraction (qui donnait son nom au rite eucharistique durant les premières décennies chrétiennes) et le don du pain.
Est-ce à dire qu’il faut lire notre texte comme un texte eucharistique ? La question vaudrait tout autant du discours sur le pain de vie dans l’évangile de Jean, qui fait suite au récit de la multiplication des pains dans le quatrième évangile. Je ne cherche par cette question à entrer dans un débat d’experts mais à nous aider à comprendre ce que nous vivons dans la fraction du pain, dimanche après dimanche.
Pour nous, spécialement pour nous catholiques, l’eucharistie s’est comme chosifiée. Le pain et le vin consacrés sont des en-soi que l’on peut vénérer, adorer. Au point que l’on peut parfois donner l’impression que l’on a oublié la dimension de repas de l’eucharistie ; l’adoration semble être le dernier mot, le meilleur, de l’eucharistie.
Notons pourtant que dans aucun des textes évangéliques à connotation eucharistique il ne s’agit de voir, mais toujours de manger, ce qui, aux dires des auditeurs de Jésus, est particulièrement inadmissible : Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? […] Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : "Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ?" Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce propos, Jésus leur dit : "Cela vous scandalise ?"
La chosification de l’eucharistie me semble venir d’une récupération par la pitié, populaire et promue par des ecclésiastiques d’une théorie médiévale ‑ théologie tardive donc ‑ pour comprendre ce que sont ce pain et ce vin. La controverse anti-protestante a fait le reste.
C’est ou ce n’est pas le corps du Christ ? Répondez, c’est ou ce n’est pas ? Répondez simplement, sans nous embarquer dans des complications, oui ou non est-ce le corps du Christ ? Voilà le genre de questions que l’on entend, que certains formulent donc.
Mais voilà, il est impossible de répondre à une question ainsi formulée. Nos mentalités d’ingénieurs ou de techniciens ne voient pas aisément où est le problème, je vous l’accorde, mais enfin, la vie n’est jamais en oui ou non, en noir et blanc. Un ordinateur fonctionne en zéro et un, pas la vie, pas la foi.
Nous le savons nous qui sommes ici. Nous sommes assurément croyants, disciples de Jésus, et pourtant, nous constatons que nous ne sommes pas vraiment disciples de Jésus. Il est exact de dire que nous sommes disciples, oui, et ce d’autant plus que nous ajouterons que nous ne le sommes pas encore, que le chemin du serviteur n’est pas celui que nous empruntons le plus communément.
On parle de l’eucharistie comme d’une chose, en termes techniques, métaphysiques, comme d’une substance. On ne veut surtout pas en faire un symbole, parce que, toujours pour nos esprits peu cultivés et techniciens, le symbole n’est pas la chose. Mais l'on tombe dans une sorte de matérialisme eucharistique, bien typique de et conforme à l'époque dont pourtant on veut se démarquer par une soit disant spiritualité eucharistique. Il pourrait s'agir ni plus ni moins que d'une idolâtrie. On peut même, comble de la perversion de la foi, idolâtrer l'eucharistie.
La grande tradition parle de sacrement, dans un vocabulaire non technique, flottant, où les mots de signes et de symboles peuvent ne pas être contraires à ceux de vérité. On disait que l’eucharistie était le corps mystique du Christ, c’est-à-dire caché, sacramentel à la différence de l’Eglise qu’avec Paul on appelle corps du Christ. Voilà qu’un renversement se produit, et le verum corpus, c’est l’eucharistie, l’Eglise devenant corps mystique, au sens de non concret, second.
Or si l’eucharistie est sacrement, c’est dire qu’elle n’est pas un en-soi, qui se tient là, sous la main, mais signe qui renvoie à autre chose, signe tellement puissant, efficace, qu’en lui la chose désignée est comme présente, rendue présente. L’eucharistie est sacrement de ce que l’homme ne vit pas seulement de pain, de ce qu’il produit, de lui-même. L’eucharistie est sacrement de ce que celui que l’on ne voit pas, qui n’est pas disponible, là, qui est absent comme il semble si souvent, est pourtant celui qui fait vivre et qui, partant, doit bien être présent.
Les espèces eucharistiques ne sont pas l’eucharistie, ou alors, seulement comme sommet de l’iceberg, il faudrait dire métonymiquement, sacramentellement. C’est la vie qui est eucharistique dès lors que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. L’action de grâce est visibilisée dans le pain et le vin qui ne l’épuisent pas mais l’expriment et ce faisant la présentent. Le pain et le vin sont des paroles visibles, comme dit Augustin, celles de l’invitation par Jésus qui nourrit les foules.
Ce n’est pas ce morceau de pain, cette hostie, consacrée, qui est l’eucharistie. Cette hostie est sacrement de ce que Dieu fait vivre. De même que nous mangeons pour vivre, de même, nous mangeons ce pain parce que Dieu nous fait vivre, pour signifier que, et vivre de ce que, Dieu nous fait vivre. Le pain reçu, sa fraction, son partage entre frères, sa manducation ne font qu’exprimer, comme la partie le tout, on dit sacramentellement, que c’est Dieu qui est la vie de son peuple.

23/07/2011

L'alogique du discours en parabole (17ème dimanche)

Le discours en parabole est un discours extravaguant, disproportionné. En grec, on dirait un discours a-logique, un logos non logos. La parabole une manière de parler qui veut dire l’impossible en rusant avec le discours. Elle lui coupe l’herbe sous les pieds pour que l’on ne puisse pas le croire, et que l’on soit obligé d’aller comprendre ailleurs.
Quelle est l’incohérence, l’extravagance des paraboles d’aujourd’hui ? Pour les deux premières, c’est facile. Qui pourrait se séparer de tout pour acheter une seule chose, qui plus est, non utile à la vie quotidienne. Il faudra bien manger, ce soir et demain. L’homme n’a pas tout vendu pour acheter le champ où se trouve le trésor ; le collectionneur n’a pas tout vendu pour acheter la perle.
Que l’on dise que le Royaume vaut plus que tout, oui, sans doute. Mais ce n’est évidemment pas suffisant. Le Royaume n’est pas mieux que le reste, le meilleur possible. Il relève d’une autre logique, que le superlatif échoue à désigner, une logique autre que celle de la possession. Et il ne faudrait pas que l’on se méprenne : le Royaume ne s’achète pas, fût-ce aux prix de tous les sacrifices.
Une religion des œuvres, des bonnes œuvres, une religion des sacrifices de carême ou des petits sacrifices de tous les jours, risquerait de trouver une justification sans cette a-logique du discours. Il est pourtant tellement évident que le Royaume relève de la générosité sans limite, sans condition, de Dieu, qu’il est Dieu lui-même, le prodigue.
L’extravagance de la troisième parabole me saute moins aux yeux. Faut-il la voir dans la diversité des poissons dans le filet ? Les bancs de poissons font que la pèche est souvent plus homogène. Faut-il la voir dans la partition bipolaire entre le bon et le mauvais ? Quel homme est totalement bon ou totalement mauvais ? Et s’il faut être bon pour être sauvé, qui pourra l’être. L’évangile de Matthieu, un peu plus loin, précise que pour les hommes, c’est impossible.
Cette troisième parabole fait d’ailleurs rupture avec les deux précédentes. Là où une seule chose ‑ un champ, une perle ‑ remplace tout le reste, la pèche met en scène une diversité que seul le jugement dernier pourrait simplifier. Faut-il comprendre que cette troisième parabole inscrit la radicalité du jugement dans l’aujourd’hui du Royaume, non pas à la fin, mais aujourd’hui, lorsque l’homme se décide à tout vendre pour acheter le champ du trésor ou la perle ?
Plus déconcertante encore, la conclusion qui amène une nouvelle comparaison, celle du scribe qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Revient le champ sémantique du trésor, mais disparaît la valeur. On ne sait si c’est le neuf ou l’ancien qui est bon. Y a-t-il du mauvais d’ailleurs ? Et pourquoi précise-t-on cela d’un scribe devenu disciple du Royaume ?
Ces paraboles, non seulement dans leur extravagance, mais aussi dans leur flou, paradoxalement difficile à percevoir, interdisent toute application littérale, toute lecture fondamentaliste.
Il n’y a pas de solution. La critique de la vie, la vie examinée, est une nécessité. Mais critiquer la vie n’est pas dresser le modèle de ce qu’il faudrait choisir. Impossible de s’endormir sur les lauriers des certitudes quant à notre existence. L’évangile ne propose pas d’idéal, ne propose même pas de repères en terme de bon ou mauvais, mais manifeste la complexité, du neuf et de l’ancien, comme du bon et du mauvais sans que cela ne se recoupe, peut-être à tenir ensemble plus qu’à opposer, et en même temps, des choix dirimants qui font abandonner tout pour le Royaume.
Impossibilité de se représenter le Royaume, non pour en interdire l’accès, mais au contraire pour en ouvrir la porte. Le royaume n’est pas dans le superlatif. Il n’est pas non plus dans le choix du bon, ce qui est évidemment impossible, puisque le bon n’existe dans nos vies, séparé, nullement contaminé par quelque mal que ce soit.
L’impossibilité de comprendre – et les disciples sont bien téméraires à répondre qu’ils ont compris ! – la nécessite de s’interroger toujours, de ne jamais se contenter d’une opinion tranchée une fois pour toute, voilà qui serait peut-être la condition du Royaume, le Royaume. Comment voulez-vous comprendre Dieu ? Cela n’interdit pas de chercher, au contraire. Le Royaume se quête comme le trésor ou la perle inespérés. Il n’est pas comme le filet de poisson qu’il suffirait de trier. La diversité, celle de l’ancien et du neuf par exemple, ne saurait être repliée, comme n’importe qu’elle autre, sur l’opposition du bien et du mal.
Agir dans ce monde, envers nous-mêmes, envers les nôtres, en famille, au travail, en paroisse, ou envers les autres, dans le contexte de mondialisation, rien de tout cela n’est évident. Mais cette non-évidence ne nous dispense pas de la vie examinée, de l’interrogation, de la quête. Qu’il n’y ait pas de réponse ne signifie pas que la question ne se pose pas. Comment chercherons-nous le Royaume ?

1 R 3, 5-12 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52

Eglise et pouvoir. La critique comme vertu

La Conférence catholique des Baptisés de France a publié le 19 juillet un texte d'Anne Soupa intitulé Pouvoir et service. (http://www.baptises.fr/conference-des-baptises-de-france/convictions-et-reflexions/pouvoir-et-service/)

Je me permets de recopier ci-dessous le commentaire que j'ai envoyé.


Anne,

J’imagine que vous avez repéré ma tendance, maladive, à prendre le contre-pied d’une opinion. Elle a pour effet, parfois, de poser le débat autrement. J’espère que vous l’accepterez une fois encore.

Non que je ne sois pas d’accord avec vous pour parler du pouvoir comme d’un service. Encore que je me demande jusqu’où il ne s’agit pas d’un sophisme, d’une impossibilité de fait. La spiritualisation du pouvoir est encore pire que le pouvoir, elle en est une forme de sacralisation, encore plus difficile à contester. D’ailleurs, dans l’évangile, je ne pense pas que l’on puisse parler d’un pouvoir sous les traits du service. Il y a opposition entre pouvoir et service. Il me semble qu’entre les deux, il faut choisir. J’oserais donc être plus radical.

En outre, je ne suis pas à l’aise lorsque vous incriminez Rome. Oh, je ne suis guère du genre à les défendre, mais de fait encore, ils exercent peu leur pouvoir. Il y a plutôt un phénomène de courtisans, de gens qui veulent plaire à Rome. C’est ça le pouvoir de Rome, ce qu’on lui confère de pouvoir, plus que ce qu’ils en imposent.

Je suis en train de lire un petit livre de Myriam Revault d’Allones, Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie, Seuil Paris 2010. La question du pouvoir engage ceux qui se laissent gouverner. Je trouve les analyses rapportées de C. Lefort, M. Foucault et d’autres, très stimulantes pour le béotien que je suis.

Nous remarquons qu’il peut suffire d’ignorer le pouvoir pour que celui-ci disparaisse. Le magistère ecclésiastique n’a pour ainsi dire plus aucun pouvoir en morale sexuelle. Plus personne ne l’écoute. Chacun mène sa vie, parfois aussi, souvent peut-être, de façon examinée. J’ai peur de penser qu’il en va de même pour le sens de l’existence. L’Eglise n’est plus écoutée, et l’on pourrait analyser cela comme une fin du pouvoir. Du coup, la question du pouvoir dans l’Eglise se pose autrement que comme une critique de ceux qui ont le pouvoir. Nous ne voulons plus, les gens ne veulent plus de ce pouvoir et par ce simple fait, l’ont de facto, fait tomber. Le discours ecclésial, au moins en certaines matières (morale sexuelle, kérygme) n’a plus de pouvoir, est inopérant.

Je crois qu’une critique du pouvoir, c’est une critique du rapport gouvernants / gouvernés, du moins aussi. Pourquoi acceptons-nous ce pouvoir dans l’Eglise ? Pourquoi ne disons-nous pas clairement ce que nous faisons non moins clairement, ne plus reconnaître le pouvoir de l’Eglise en certaines matières ?

La lettre des prêtres autrichiens à cet égard est révélatrice. L’archevêque de Vienne s’est fâché (http://www.la-croix.com/Religion/Urbi-Orbi/Monde/Le-cardinal-Schoenborn-repond-a-l-appel-a-la-desobeissance-de-pretres-_NP_-2011-07-12-688639). Mais nombre d’entre nous, y compris évêques, donnent sciemment la communion à des divorcés remariés. Il n’y a pas la moindre rupture avec l’Eglise, de facto, et contrairement à ce qu’affirme, dans le vide, l’archevêque de Vienne. Ces prêtres, comme tous les autres, ne sont pas en rupture avec l’Eglise. Ils sont, avec beaucoup, cette Eglise, qu’ils tachent de servir. On peut même penser que justement, c’est ainsi que l’Eglise est au service de l’humanité, contrairement à ce que recommandent certains discours, non que nous recherchions le n’importe quoi laxiste, évidemment. Nous sommes nous, chrétiens, et le magistère avec nous, dans une logique hypocrite du « Pas vu, pas pris ».
Les baptisés, dont font aussi partie les clercs, se doivent sans doute, paisiblement, comme vous le faites souvent et permettez par ce site de le faire, de mener une réflexion sur le pouvoir qui prenne en compte leur propension à se satisfaire de ce pouvoir si peu évangélique.


Je réponds ensuite à un internaute qui manifestement a du mal à lire lorsqu’il ne voit pas écrit ce qu’il pense, comme il le pense :


Je ne sais ce qui vous laisse penser que je me réjouisse de ce que notre Eglise, son magistère en particulier, ne soient pas écoutés. Mais il y a écoute et écoute. L’écoute du magistère suppose, comme le dit Anne, que ce magistère écoute. L’écoute du magistère n’est pas obéissance servile, mais responsabilité, coresponsabilité dans la vie de la cité et de l’Eglise. A cet égard, on dit souvent que les prêtres et les diacres promettent obéissance à leur évêque. Cela est faux. Au moins dans la traduction française du rituel. (Il faut que je regarde l’édition latine.) En français, l’évêque interroge : « Promettez-vous de vivre en communion avec moi et mes successeurs dans le respect et l’obéissance ». Ce qu’ils promettent, c’est de vivre dans la communion. C’est la communion qui est le but. L’obéissance, comme le respect, est un mode, un moyen de cette communion, et non formellement ce qui est promis. Le raccourci est hautement révélateur d’un dysfonctionnement.

Je me désolidarise tout autant d’un discours qui tiendrait le magistère comme responsable de nos maux. Non que le magistère n’ait pas à se situer autrement, mais on n’analyse pas correctement la situation en désignant un bouc-émissaire. Je voudrais m’en garder.

Je voudrais bien demeurer loyal vis-à-vis de mon Eglise. Cela ne signifie pas que je devrais ranger toute critique, comme un courtisan, au contraire. Les courtisans tuent l’Eglise. Le refus de dénoncer les erreurs est coupable (on en sait quelque chose avec les histoires de pédophilie).

Je vous accorde cependant que la manière de dénoncer doit être prudente. La poutre qui est dans mon œil risque toujours de me rendre incapable de voir la paille dans l’œil du frère. Personne n’est au-dessus du lot, pas plus le magistère que n’importe quelle autre personne ou groupe de personnes. C’est ensemble que nous portons le péché et « la foi de [son] Eglise ».


Enfin, suite à un nouvel apport d’Anne, j’ajoute :


Anne,

merci de votre réponse. J’ose ajouter quelques lignes, non pour vous répondre et encore moins pour contester. Je profite seulement de ce que votre site nous offre de partager des choses bien importantes (plus d’ailleurs dans la possibilité qu’elles ont d’être dites que comme théorie).

Je suis sans doute plus pessimiste que vous sur la capacité de ceux qui ont le pouvoir à ne pas d’abord chercher leur intérêt. Je ne vise pas seulement les intentions pures, qui n’existent pas. Nous trouvons toujours aussi notre intérêt quoi que nous fassions (y compris dans la passivité voire la servilité). Mais avec le pouvoir, c’est plus que cela. Le pouvoir est évidemment nécessaire ; il n’est, évidemment, pas mauvais en soi. Mais il me semble receler une puissance de corruption que seul le contre-pouvoir peut, et donc doit, équilibrer.

Il est de notre devoir de démystifier des théologoumènes qui se présentent comme seule expression juste de la foi et une forme de gouvernement qui participe grandement au discrédit, y compris parmi les chrétiens, de l’Eglise, quand ce n’est pas à sa destruction. Et c’est d’ailleurs ainsi que je comprends la CCBF.

Cela peut paraître orgueilleux. Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Nous ne sommes jamais assurés de ne pas chercher aussi notre intérêt, et même, nous le cherchons puisqu’il n’y a pas d’intention pure, puisque tout contre-pouvoir, qui est aussi pouvoir, contient sa puissance de corruption.

Mais c’est justement pour le souci des institutions, c’est-à-dire des personnes, par loyauté, que je voudrais aider à penser non qu’il faudrait penser autrement, vivre autrement en Eglise, avec un évêque, avec un curé, avec le magistère (ma manière de voir n’est pas là pour remplacer une autre) ; je voudrais aider à penser la nécessité de la critique en vue d’un plus sain exercice du pouvoir. Comme membre d’un presbyterium, c’est-à-dire comme conseiller d’un évêque, mais d’abord parce que baptisé, et citoyen, c’est mon devoir. La critique, depuis Platon au moins est vertu, et en matière politique, elle l’est plus que jamais, dans un monde qui n’est plus hiérarchisé, au moins dans la croyance diffuse et commune, dans un monde où le chef n’a pas a priori raison parce qu’il est le chef. Mais alors, qu’est-ce qui fait effectivement l’unité, la cohésion sociale ?

Je rencontre ce problème de manière flagrante à Madagascar. La critique y apparaît, comme à beaucoup de catholiques chez nous, comme destructrice de l’unité. Elle est au contraire, la condition de l’unité.

« L’homo democraticus est littéralement ingouvernable »,écrit M. Revault d’Allones. Et c’est bien le problème, car il faut bien un gouvernement, y compris dans l’Eglise.

La crise que notre Eglise traverse est celle d’un changement de paradigme épistémologique et social, le passage à un monde où l’« un », que ce soit le chef, l’idéologie, ou quoi que ce soit, ne marche plus. Et cependant, nous ne pouvons, en débusquant la pseudo-croyance en l’« un », laisser proliférer le n’importe quoi qui sera toujours au service des puissants, comme le montre le néo-libéralisme. J’avais déjà parlé dans mon article sur le dogme d’un engagement civique, dans l’Eglise, disons, si l’on parle grec, un engagement politique (http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RSR_074_0495). Il faut apprendre à vivre en un monde sans fondement qui pourtant ne peut autoriser, évidemment, le n’importe quoi. Et la même chose vaut en Eglise. Oui, Benoît XVI a raison de constater que le monde moderne a perdu ses repères. Nietzsche l’avait aussi dit. En fait, il a perdu sa croyance dans le fait qu’il avait des repères. Oui, Benoît XVI a raison dans sa critique du relativisme. De là à penser que l’absence de fondement signifie la dictature obligée du relativisme, je ne le crois pas. C’est une possibilité certes, mais il en est d’autres qui permettent de ne pas vivre dans la nostalgie ou la volonté de retour en arrière, de réenchantement du monde, de restauration ecclésiale. Nous sommes contraints à ce qui aurait toujours dû être notre tâche, bâtir une société, éduquer des personnes, responsables, d’elles-mêmes, de la société où elles vivent, des relations internationales, de leur Eglise.

Si nous laissons gouverner, oserais-je dire, si nous laissons aux gouvernants le soin de se convertir eux-mêmes, non seulement nous nous rendons complices de dérives (mais en soi, cela n’est pas une raison suffisante pour agir, car nous sommes complices, quand ce n’est pas responsables, de bien d’autres maux). Si nous laissons gouverner ainsi, nous ne faisons pas notre travail d’aider les uns et les autres à être responsables, à être plus humains. Et ce service de l’humanisation fait sens y compris évangéliquement. Oui, notre responsabilité de baptisés est politique même à l’intérieur de l’Eglise. Ce qui est étonnant, c’est qu’une telle affirmation étonne, voire effraie.

J'ai déjà évoqué Nietzsche. Mais celui que l'on peut lire comme son double chrétien, Dostoïevski, devrait plutôt être cité. Beaucoup de ces propos sont racontés dans la légende du grand inquisiteur !

22/07/2011

A propos du libéralisme...

« Sachent donc ceux qui l'ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu'ils prennent, qu'entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Le droit est l'épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. »
Lacordaire, 52ème conférence de Carême, 16 avril 1842