18/12/2017

"Moi d'abord" ou servir, il faut choisir !

Célébration pénitentielle, Avent 2017



1 Jn 3, 14-24
Ps 71, Heureux le bâtisseur de la paix
Mc 10, 42-47

Il me semble que si nous venons célébrer le sacrement de la réconciliation pour nous mettre en paix avec notre conscience, nous sommes à côté de la plaque. La foi n’est pas là comme un tranquillisant qui permettrait de dormir en paix ! La paix de notre cœur n’a pas à nous préoccuper, c’est encore trop narcissique, trop égocentré. Si nous en sommes en paix, que Dieu nous y garde, sinon, qu’il nous y conduise, mais cela n’a pas à nous préoccuper. La foi n’est pas un adjuvant pour le confort de l’existence. Elle est cette vie avec le Christ, c’est-à-dire avec les frères. Et comme toute vie, du moins pour les êtres de désir que nous sommes, la vie de foi connaît forcément des turbulences.
Nous venons célébrer le sacrement de la réconciliation pour exprimer notre détermination à changer de vie. « Je prends la ferme résolution » dit l’acte de contrition. Qu’est-ce que changer de vie ? Evidemment pas apaiser sa conscience, on vient de le dire. Pas même chercher la perfection. « Pour les hommes, c’est impossible. » Changer de vie, c’est vouloir vivre comme Jésus, c’est une histoire qui plonge ses racines au plus profond de notre désir.
Aimer ? Oui, bien sûr. Mais ce n’est peut-être pas assez dire, ou trop. Changer de vie et constater que nous en sommes bien loin, changer de vie alors que nous célébrons le sacrement de la réconciliation, c’est servir. Passer derrière. Non pas « moi d’abord » mais « les autres d’abord », « Dieu d’abord », si vous voulez, parce que cela signifie précisément « les autres d’abord ».
Comme nous résistons. Il n’y a qu’à voir notre comportement sur la route au volant. Il y a qu’à voir comment nous passons devant pour être mieux servis. Peut-être les célibataires sont-ils pires que ceux qui ont charge de famille et qui n’ont pas le choix. Les enfants passent d’abord, au moins un certain nombre de fois, par exemple quand ils sont malades. Il faut se lever la nuit. Ce n’est pas « moi d’abord ». L’école de la paternité et de la maternité, c’est « les autres d’abord ».
C’est tellement profond en nous ce « moi d’abord », tellement archaïque, qu’il s’agit de changer de vie. Se convertir non pas tant comme une vie retournée, que le passage d’une vie à une autre. Il s’agit de passer à la vie divine, de vivre comme Jésus.
N’est-ce pas cela dont nous venons demander pardon, toutes ces fois où cela a été « moi d’abord » ? N’est-ce pas pour cela que nous venons recevoir la force de l’Esprit, celui-là même qui habite Jésus, pour que notre humanité, nous en tant qu’humain, soit temple de l’Esprit de Jésus, que nous nous laissions habiter par l’Esprit ?
Nous venons avec la force de Dieu, par la demande de pardon et l’accueil de ce pardon, prendre la ferme résolution de passer derrière, de suivre Jésus, de servir comme lui, de vivre comme Jésus, de nous laisser habiter par l’Esprit qui est la rémission des péchés.




Lecture de la première lettre de Jean (1 Jn 3, 14-24)
Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier, et vous savez que pas un meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. Voici comment nous avons reconnu l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s’il voit son frère dans le besoin sans faire preuve de compassion, comment l’amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux. Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Ps 71, Heureux le bâtisseur de la paix

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 42-47)
Jésus appela les Douze et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »

15/12/2017

Le vieux monde doit mourir (3ème dimanche de l'avent)



Nous sommes à huit jours de Noël, et rien dans les textes ne le laisse entendre. L’invitation à la joie des deux premières lectures n’est pas motivée par la naissance de Jésus, et seul le Cantique de Marie apporte à la liturgie un peu des évangiles de l’enfance.
Certes, il y a le Baptiste (Jn 1, 6-8.19-28), mais c’est l’homme adulte qui annonce le ministère de Jésus et non le cousin dont la naissance, chez Luc uniquement, apporte une confirmation à l’annonciation. Immédiatement après, « le lendemain », c’est la rencontre entre Jésus et le Baptiste lors du baptême ; le jour suivant, nous aurons enfin les premières paroles que l’évangéliste met sur les lèvres de Jésus. « Que cherchez-vous ? ».
Pourtant, il y a bien un air de préparation dans ce début de d’évangile. Le Baptiste cite le prophète Isaïe qui invite à préparer le chemin du Seigneur. Il faut rendre la route droite, la redresser pour que le Seigneur puisse paraître. C’est une ambiance de fin des temps, et non de naissance, à moins que, justement, la venue de Jésus n’ouvre la fin des temps. Depuis 2000 ans, nous sommes « en ces jours qui sont les derniers ». La figure du Baptiste est apocalyptique, elle est révélation des cieux nouveaux et de la terre nouvelle où règnera la justice.
Vous ne vous étiez pas aperçus de ce que nous étions à la fin des temps ? Avec toutes les catastrophes que relatent les journaux, guerres, violences et cataclysmes, cela saute aux yeux. Les apocalypses bibliques ne tirent pas de portrait plus bestial et rempli de folie que ce que donne à voir notre monde.
Vous ne vous étiez pas aperçus de ce que nous étions à la fin des temps ? C’est en fait normal. Selon le Baptiste, « au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». La fin des temps, le terme l’histoire, nous ne le connaissons pas, nous ne pouvons pas le voir. C’est la fin des temps depuis que Dieu en Jésus a habité la terre des hommes. Mais cela demeure caché. Le Baptiste ne peut répondre aux questions simples qui lui sont posées. Ce qu’il révèle ne se donne pas manifestement à voir. C’est à découvrir, à chercher. Et Jésus lui-même ne va pas tarder à demander : « Que cherchez-vous ? »
Les interlocuteurs du Baptiste veulent une réponse, rapide, précise pour pouvoir passer à autre chose. On n’a pas que cela à faire ! Nous sommes des gens sérieux. On a du travail, nous. « Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. » C’est comme avec les dubia des cardinaux, oui on non, ce n’est pas compliqué ! Si, la vie est compliquée, elle n’est pas en réponses simples et rapides ; la foi ne tient ordinairement pas en une brève réponse. Comment dire « je suis chrétien » alors que nous sommes tellement infidèles ?
On imagine l’agacement de ceux qui interrogent en vain le Baptiste. Et nous, comment réagissons-nous ? N’est-ce pas des réponses simples, simplistes que nous cherchons, savoir à quoi nous en tenir pour pouvoir passer à autre chose, y compris avec Jésus. Mais le disciple pourrait-il passer à autre chose, à ses affaires, son business ? Répondre de notre relation à Jésus signifie entrer dans un nouveau monde. Il ne s’agit pas d’enregistrer une information administrative sur Jésus ou sur nous dans notre relation à lui. Il s’agit de se détourner de notre monde, le vieux monde, nos affaires. « Le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n'en avaient pas ; ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; ceux qui sont dans la joie, comme s’ils n'étaient pas dans la joie ; ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ; ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe, la figure de ce monde. » (1 Co 7) Impossible de connaître Jésus de l’extérieur, sans nous mettre en route, sans chercher.
Vivre en disciple, prévient le Baptiste dès le début de l’évangile, c’est changer de monde. On ne baptisera plus dans l’eau mais dans l’Esprit. Voilà une réponse. Mais si énigmatique que cela relance la question. Qu’est-ce que baptiser dans l’Esprit ? Au tout début de l’évangile, on ne sait pas encore ce que cela signifie. On sait seulement qu’il faut changer de vie pour entendre, pour entrer dans les temps derniers où nous sommes, pour entrer dans la révélation, apocalypse. Le dialogue initial de l’évangile entre Jésus et les premiers à le suivre le confirme : « - Que cherchez-vous ? - Maître, où demeures-tu ? - Venez, et vous verrez. »
Etre disciples sans changer de monde, c’est une fumisterie, c’est un mensonge. On ne peut rien connaître de Jésus sinon à changer de vie. Voilà pourquoi, alors que nous tardons à nous convertir, « au milieu de nous se tient celui que nous ne connaissons pas ». Il habite avec les hommes, le vieux monde doit mourir.