samedi 9 juillet 2011

Le semeur est sorti pour semer (15ème dimanche)

Parler de la parole de Dieu comme d’une semence, c’est dire sa fragilité. Combien de grains sont perdus pour que d’autres portent du fruit, avec plus ou moins d’abondance ? Et tous les grains meurent ! Et chaque année, il faut recommencer les semailles, perdre de nouveau ! Parler de la Parole de Dieu comme d’une semence, c’est s’interdire la capitalisation. Rien n’est jamais acquis, tout doit toujours être recommencé.
Alors pourquoi devrait-on pleurer ou se désespérer devant le recul du christianisme dans nos pays ? Serions-nous comme le propriétaire, qui amasse toujours plus, récoltes après récoltes, n’investit que pour construire des greniers plus grands, repus de son opulence, dont l’Evangile, laconiquement, clôt l’histoire par cette parole cinglante : Fou que tu es, ce soir même on te redemande ta vie (Lc 12,20). Il ne faudrait pas que ce soit l’Eglise qui soit ainsi interpellée !
C’est toujours qu’il faut recommencer l’annonce de l’évangile. C’est toujours qu’il faut se disposer à accueillir la parole. On n’est pas assuré d’être disciple de la parole parce que l’on est de tradition chrétienne. Et c’est bien ce que nous constatons si communément. Ceux d’entre nous qui se disent chrétiens se doivent d’être comme la terre pour recevoir et faire donner du fruit à la parole. Ne doit pas leur importer la générosité de Dieu qui ne cesse de semer et de perdre du grain, d’en gaspiller. Qui serions-nous pour conseiller Dieu, tel un gestionnaire de fortune, l’invitant à rationnaliser ses investissements ? Nous sommes nous-mêmes les bénéficiaires de la prodigalité divine et nous désespérerions de nos sociétés ? Dieu ne compte pas quand il s’agit de semer l’Evangile, de quoi nous occupons-nous ?
Il y a en effet plus urgent, plus décisifs pour nous, que de nous lamenter sur la perte, sur ce qui nous apparaît comme un si faible rendement de la parole. C’est l’urgence missionnaire, c’est l’acceptation de cette mission incroyable, la collaboration à l’œuvre même de Dieu, semer la parole.
Si nous avons la chance de vivre de la parole divine, des semences du Verbe en notre monde, alors nous sommes associés à la mission du semeur. Il est sorti pour semer ? Sortons. Semons. Il ne compte pas le grain tombé sur le bord du chemin, dans les épines ou mangé par les oiseaux ? Nous non plus. Nous nous réjouissons d’une telle prodigalité dont nous sommes fait les ministres, les serviteurs. Nous recommençons sans cesse le geste dont il nous a laissé la charge : semer, faire entendre la parole.
Comment notre participation à l’œuvre du semeur laissera à l’Evangile sa saveur de bonne nouvelle, de libération ? Voilà une question que nous ne pouvons éviter, vu comment, de façon générale, est perçu notre discours ecclésial. Rappelons-nous, le semeur sème ; sa générosité n’est pas limitée par le terrain sur lequel le grain tombe. Nous n’avons pas à dénoncer la piètre qualité du chemin, sans être dupes cependant, seulement à semer.
Le psaume dit la tristesse du semeur (Ps 126,5). Voilà ce que l’on peut à la limite accepter de ceux qui sont associés au semeur. Peu nous importe la moisson, du moins, en ce qui concerne la politique missionnaire. Si nous n’avons pas la grâce de connaître la joie du moissonneur, où est le problème ? En quoi cela ferait-il que notre vie, notre mission, ne seraient pas une réussite ?
Depuis quarante ans au moins, on nous annonce régulièrement qu’enfin la bonne pastorale est trouvée, qui tourne le dos à la lente fidélité, souvent médiocre certes, de la pastorale ordinaire. Des communautés ont fleuri par lesquelles, tour a tour, on a juré. Elles semblaient moissonner, produire du grain plus que le reste, trop perverti par la sécularisation. On était obnubilé par les moissons alors que notre affaire, notre mission, ce sont les semailles. Avec le recul du temps, ces communautés qui ne peuvent plus surfer sur la nouveauté, sont reconduites à l’humble tâche du bricolage pastoral, aux pleurs parfois (que l’on pense aux crises que traversent nombre d’entre elles).
C’est qu’il ne suffit pas de faire du neuf pour que la nouvelle soit bonne. C’est que, pour tous, hier comme aujourd’hui, il faut consentir à ce que du grain soit perdu. Mais, une fois encore, n’allons pas être aigris par la générosité divine et contentons-nous de continuer sans relâche notre unique mission : semer la parole. La nouvelle évangélisation ne tire pas sa vertu de sa nouveauté, mais de ce qu’elle laisse transparaître la prodigalité, la bonté de Dieu.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire