samedi 16 juillet 2011

"Nous ne savons pas prier" (16ème dimanche)

Nous ne savons pas prier comme il faut. Et que l’on n’imagine pas que cela pourrait changer. Nous n’apprendrons pas à prier. La preuve, c’est que lorsque Jésus apprend à ses disciples à prier, il leur expose sa prière qui n’est qu’une compilation de prières d’Israël. Pourquoi donc la prière su Seigneur vaudrait-elle mieux que celle de tout Israël, que les psaumes par exemple ?
Nous ne savons pas prier, nous ne pouvons pas apprendre à prier, nous ne pouvons pas prier. Cela n’est pas à la portée de l’homme. Que l’homme ait le désir de se concilier le dieu est une chose. Que ses paroles parviennent jusqu’à la divinité en est une autre. Et le païen Celse, au second siècle de notre ère, le sait bien :
« Dieu n’a nul besoin pour son contentement personnel d’être connu de nous. Serait-ce pour notre salut qu’il a voulu se révéler à nous, afin de sauver ceux qui, l’ayant reconnu, seront tenus pour vertueux et de punir ceux qui l’ayant rejeté, manifesteront de ce fait leur malice ? Mais quoi ! Doit-on penser qu’après tant de siècles, Dieu se soit enfin soucié de justifier les hommes dont auparavant il n’avait eu cure ? C’est se faire de Dieu une idée bien peu conforme à la sagesse et à la vraie piété. […] La race des Juifs et des Chrétiens [me fait l’effet] d’une troupe de chauves-souris, de fourmis sortant de leur trou, de grenouilles établies près d’un marais ou de vers tenant assemblée dans le coin d’un bourbier et disputant ensemble qui d’entre eux sont les plus grand pécheurs. »
Qui peut décemment penser qu’il intéresse Dieu ? Et plus notre conception de Dieu est purifiée, plus nettement apparaît que la divinité a autre chose à faire que de s’occuper des hommes. D’ailleurs, le dieu n’a rien à faire, si ce n’est à jouir de son bonheur, de lui-même. Reste à se le concilier autant que possible, offrant quelques sacrifices pour lui être agréable, non certes de viande qui crame sur un autel, mais de bonnes actions, de vie examinée. La contemplation de la divinité est la joie, presque volée, à laquelle l’homme peut parvenir, par un travail de purification de soi et d’abstraction de la matière.
Le Christ renverse cette conception commune du dieu ou des dieux. Dieu est philanthrope. Dieu aime les hommes. Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils, son unique, non pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Dieu veut le bonheur de tous les hommes, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Comme s’il manquait à la plénitude, au bonheur de Dieu, que l’homme soit associé à sa béatitude, que la création soit transfigurée. Ce retournement de Dieu, ce qu’il faut bien appeler, au moins littéralement, une conversion de Dieu, peut encore s’exprimer par la présence de Dieu au milieu de son peuple. Il est l’Emmanuel, le Dieu avec nous. J’ai vu, dit-il à Moïse, la misère de mon peuple.
Dieu présent au cœur du monde, c’est cela, c’est lui, l’Esprit de Dieu. Dieu qui demeure avec nous, Dieu qui s’unit à l’homme et le pénètre comme un onguent, voilà l’Esprit. Est-il homme à en être privé ? Non sans doute, car un tel homme ne serait pas. Un homme non créé, un homme non seulement sans la trace de sa création, mais sans la présence aimante de son créateur, cela n’existe pas. La nature pure, si l’on veut dire un homme seulement humain, cela n’existe pas ; de toujours à toujours, Dieu s’est lié à sa créature.
Dans le même temps, le Dieu de la conversion divine poursuit son unique manière d’être, celle du retrait. Le Dieu qui s’offre, le Dieu sans lequel il n’est point de vie, crée la vie de telle sorte qu’elle puisse l’ignorer, crée l’homme de telle sorte que ce dernier puisse vivre par lui-même. Le don, la présence de Dieu, est total, autant que son retrait, sa volonté que l’homme puisse se tenir par lui-même, son absence.
Déchiré entre ce don qui le constitue et l’absence qui le constitue non moins, l’homme est être de désir, tout comme Dieu, qui donne vie pour autant qu’il ne s’impose pas, se retire, serviteur inutile.
Le désir de l’homme prend notamment la forme de la prière. Et l’homme qui ne risque pas d’appendre à prier est comme secouru là où pour lui, c’est impossible. L’Esprit vient au secours de notre esprit. Il intervient lui-même pour nous par des cris inexprimables, oxymore qui tente entre autre de dire l’abîme du désir, de la prière.
Ce n’est pas nous qui prions, c’est l’Esprit en nous. Prier alors, n’est rien autre que de permettre à Dieu de traverser sa création, l’homme en particulier, du cri du désir. La prière est l’érotique de Dieu qui s’unit à ce qu’il n’est pas pour diviniser toute chose. Cri inexprimable, douleur du manque et jouissance de la présence.


Que l’Esprit s’empare de l’Eglise comme à la Pentecôte. Que le souffle divin nous emporte sur les routes des hommes.
Que l’Esprit s’empare des hommes et des femmes de notre monde. Qu’ils osent la paix et la fraternité. Qu’ils osent le service plutôt que le pouvoir et la possession.
Que l’Esprit secoure les malades, les personnes isolées. Qu’il soit leur souffle, surtout si c’est leur heure de passer la mort.

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