dimanche 17 juillet 2011

Pour un anniversaire d'ordination

Célébrer vingt ans d’ordination, n’est-ce pas pratique bien mondaine, pire, expression d’une théologie fort contestable, celle d’un sacerdoce qui distingue des dignités de chrétiens ? Les oraisons de la messe pour le prêtre sont particulièrement déplorables, parlant du prêtre indépendamment du presbyterium et séparé de la communauté chrétienne, du moins lorsque celle-ci est mentionnée. Pour célébrer un anniversaire d’ordination il faudrait faire du ministère un honneur, et c’est bien ce qui se passe. On le remarquera à constater que les gens du monde ne fêtent pas les vingt ans de présence de la bonne dans la maison, qui elle, est au service.

Et puis, pour faire la fête, il faut être en joie. Déjà il y a dix ans, ce n’était guère le cas. Les choses ont-elles changé en dix ans ? Pas sûr. Il y a cependant joie à recevoir tant d’amis, à faire se rencontrer les uns les autres, joie de recevoir tant de messages de ceux qui n’ont pas pu venir. Célébrer vingt ans d’ordination a au moins ce mérite, et ce n’est pas rien, susciter la joie, faire jaillir une source de bonheur.

Si anniversaire il devrait y avoir, ce serait celui du plus beau jour de notre vie, pas même connu ‑ pour la plupart d’entre nous ‑ celui de notre baptême. Avant même que nous ne soyons conscients, nous sommes aimés, divinisés. Et si l’on ne veut pas être, par manque de pudeur, pleins d’arrogance à l’encontre de ceux qui comme Job maudissent le jour de leur naissance parce que la vie est trop dure, pleins de contentement comme Hippias, il vaut sans doute mieux que l’on ne se rappelle pas ce jour le plus beau. Ce que l’amour des parents, en général, suscite de vie, l’amour de Dieu le fait aussi. Célébrer le jubilé de son baptême, ce que personne ne fait semble-t-il, voilà ce que serait un anniversaire sérieux.

Il n’y a rien à ajouter à l’être chrétien. On n’est pas plus chrétien parce que ceci ou cela, parce que prêtre. On n’est pas plus ami du Seigneur. Je vous appelle amis n’est pas une parole adressée à quelques uns, d’autant que Jésus n’a sans doute jamais eu l’idée qu’il y aurait des prêtres, pas plus que les premières générations de chrétiens. Je vous appelle amis est une parole adressée à tout homme et l’entendre est une bonne nouvelle, un évangile.

Le texte de la première lecture, je l’ai entendu comme pour la première fois il y a trois semaines, lors de l’ordination de Damien. Si c’est le don de servir, il faut servir. Tautologie qui laisse perplexe. Qu’est-ce que cela veut dire ? Le mot grec est diakonia qui est traduit en latin par ministerium. On pourrait traduire : si c’est la grâce, ou le don, du ministère, il faut servir.

Dit ainsi, ce n’est plus du tout un pléonasme. C’est même d’importance. L’ordination fait entrer dans un ordre, autre pléonasme, celui de serveurs, de ceux qui font passer la parole comme on fait passer le plat, le pain ou le vin. Etre au service d’une communauté, d’une Eglise, pour qu’elle soit elle-même fidèle à sa mission, à la suite du Christ serviteur, au service de l’humanité.

Et que sont ce pain et ce vin ? Ceux dont parle le chapitre 6 de Jean, la chair et le sang, ce qui donne la vie, le Christ lui-même. Et le Christ, c’est Dieu donné, c’est l’amour de Dieu. Le service du pain et du vin, c’est le service de l’amour de Dieu, donc celui des frères. Et si l’eucharistie a un sens, c’est bien celui-là, exprimer sacramentellement, être sacramentellement l’amour de Dieu, le don de Dieu, Dieu lui-même.

L’on rend un culte à Dieu lorsque l’on aime le frère, lorsque l’on sert l’amour de Dieu. Il n’y a pas d’autre culte, d’où l’expression curieuse d’un culte logique, d’un culte du logos, qui est transformation de nos façons de penser, conversion. Plus de culte sacrificiel, plus de culte religieux. Un culte selon la raison ou selon la parole, un culte selon proportion, à savoir le service des frères. Voilà ce qui est vraiment raisonnable, ce qui est conforme à la Parole, ce qui est la juste mesure de nos actes.

Pourrions-nous par nous-mêmes rendre pareil culte ? Oui, puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, que nous le sachions ou pas. Mais non, car sans cet Esprit, nous ne pourrions nous approcher de Dieu. Que l’homme ait le désir de Dieu est une chose, qu’il puisse passer de ce désir à sa vérité, c’en est une autre qui ne dépend pas de lui, mais de Dieu, de Dieu qui se donne, du don de Dieu. Pour les hommes, c’est impossible.

C’est encore Dieu qui se donne pour que nous le trouvions, qui se donne pour que nous le cherchions. Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Ainsi l’amant vis-à-vis de l’aimé. Ainsi le désir inextinguible. Dès l’aube, durant la nuit, chair qui se languit. Un catalan, un européen en parlait ainsi : « Par l’amour particulier que l’Ami avait pour son Aimé, il aimait le bien commun au dessus du bien particulier, afin que son Aimé fût connu, loué et désiré en commun. »

Textes : Rm 12,1-11 ; Ps 62 ; Mt 19,16-26

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