samedi 2 juillet 2011

La petitesse devant Dieu (14ème dimanche du temps)

Matthieu juxtapose deux propos de Jésus, sa joie devant l’amour du Père pour les petits, l’encouragement pour ceux qui peinent sous le fardeau de l’existence. Le passage est encadré par deux mentions de temps qui le délimitent clairement. En ce temps là revient au début de notre texte et immédiatement à la suite, pour ouvrir le passage suivant. C’est dire que rédactionnellement, ces quelques versets forment une unité. Mais quel rapport entre l’exultation de Jésus et son invitation au repos ?
Qui sont les petits auxquels le Père se dévoile, se révèle ? Ils ne sont ni sages ni savants. Serait-ce les gens sans instruction ? S’il suffisait de ne savoir ni lire ni écrire pour que Dieu se révèle, Jésus ne ferait pas partie de ceux auxquels le Père s’est dévoilé. Assurément Jésus savait lire, assurément, il fait partie des sages. Peut-être même des savants, au moins en ce qui concerne la tradition biblique et théologique d’Israël.
Les sages et les savant sont plutôt comme les Juifs de Jean, comme nous, ceux qui croient voir et sont en fait aveugles. Ce sont ceux qui comptent sur leur science pour connaître Dieu et non sur le Fils qui est celui qui peut le révéler. Ainsi, on peut même être sage et savant en étant très inculte, en se cramponnant à ses idées, jamais prêt à se remettre en question, de ceux qui tiennent d’autant plus à leurs idées qu’ils en ont peu. On peut ainsi se croire sage de sa stupidité, fier de son ignorance. Un certain populisme tient se langage, tout comme une prétendue défense de la foi du charbonnier.
Il y a en revanche une docte ignorance, qui n’est pas l’absence de connaissance, mais la connaissance des limites de la connaissance. Il faut souvent être très sage, très cultivé pour parvenir à la pratique d’un savoir qui connaît ses limites, qui renonce à avoir un avis sur tout, qui ne juge pas en deux temps trois mouvements, qui consent à demeurer dans le doute, dans la non réponse. Frustres ou savants, personne n’est à l’abri de l’enflure de la science.
Souvent, moins l’on en sait, plus on se tient aux quelques réponses que l’on connaît, solutions toutes faites, bien définies pour se conduire dans l’existence, alors que nos vies posent toujours de nouvelles questions, alors que notre foi pose toujours de nouvelles questions.
Et à propos de Dieu, sont souvent bien peu sages ceux qui, se targuant de n’être pas théologiens – que Dieu les en garde ! – savent évidemment qui il est ou n’ont besoin pour le savoir que de se reporter à une définition, par exemple du catéchisme de l’Eglise catholique. Ils n’ont pas pris le temps d’écouter notre petit texte jusqu’au bout : si Dieu se révèle aux petits, ce n’est pas directement, par le seul mérite de leur ignorance, mais par la volonté du Fils, le seul à connaître le Père, qui le fait connaître, le révèle, le dévoile.
La question est notre nature. La quête, la recherche est notre manière d’exister. Ce n’est pas pour rien que le pain du désert s’appelle la manne, littéralement du « c’est quoi ? ». Et la question est parfois lourde, pesante. Dans la foi même, nous pouvons être écrasés par les questions de la vie. Il n’y a jamais de réponses toutes faites, simples. Un jour ou l’autre l’existence est un poids, un fardeau.
Et Jésus en prenant notre fardeau ne supprime pas les questions par des réponses définitives – qui connaît la réponse de Jésus aux questions de sa propre existence ? - ; il ouvre un chemin où la quête n’est plus écrasante mais légère, où la dette n’est plus humiliation mais joyeuse et profonde légèreté. Jésus sait qu’il a tout reçu du Père et cette dette est son bonheur. Il ne voudrait surtout pas de remise de dette, il ne voudrait surtout pas ne plus rien devoir au Père. Sa jubilation vient de ce qu’il vit totalement de l’autre, dans la confiance.
Voilà le petit auquel le Père révèle les secrets du royaume, celui qui vit totalement de l’autre, non pas irresponsable ou en état de minorité ou parasite, mais conscient et heureux de n’être pas à lui-même sa propre source. Que serait notre vie si elle dépendait de nous ? Ne serait-elle pas aussi limitée et rabougrie que notre petitesse, notre mesquinerie ?
Nous aussi nous exultons de joie à reconnaître que nous avons tout reçu du Fils jusqu’au dévoilement, à la révélation du Père. Exulter d’une telle dette interdit d’être écrasé. La dette reconnue de Dieu est un fardeau léger. Nous ne pouvons que si peu et cela ne nous afflige pas, cela nous oblige à compter sur les autres, sur Dieu. Voilà notre bonheur.
Textes du 14ème dimanche du temps : Za 9,9-10 ; Rm 8, 9-13 ; Mt 11,25-30

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