samedi 22 octobre 2011

Journée missionnaire mondiale

Qu’est-ce que la Mission aujourd’hui ? La Mission au loin est-elle annonce de l’évangile ou aide au développement ? De nombreux pays de Mission ont des Eglises autonomes. Les pays où l’évangile est presque complètement absent sont principalement ceux où l’Islam s’impose ; dans ce contexte, l’annonce de l’évangile est-elle possible ? Les pays anciennement évangélisés sont assurément terres de mission au point que des prêtres des pays du Sud viennent participer à l’organisation et à la vie des Eglises notamment européennes. La distinction entre pays de mission et pays évangélisés est-elle encore sensée ?
Le dialogue interreligieux, dont nous célébrerons jeudi prochain les 25 ans d’un de ces événements constitutifs ‑ la rencontre d’Assise en 1986 ‑ n’est-il pas incompatible avec la mission ? Si on dialogue avec les religions, si on les reconnaît dans leur valeur non seulement humaine, mais plus encore comme chemins vers le salut, peut-on encore souhaiter que leurs adeptes se convertissent au Christ ? N’y aurait-il pas contradiction entre dialogue interreligieux et évangélisation ?
Faut-il voir dans le difficile accouchement du décret conciliaire sur la Mission lointaine un indice de la crise que traversent depuis plus de cinquante ans la théologie de la mission et le travail missionnaire ?
Ainsi, quelques questions qui illustrent la crise de la Mission, le fait que nous ne sachions plus bien ce qu’elle est. Pourtant, concrètement, la mission se poursuit. Il y a des missionnaires qui quittent encore leur pays pour annoncer l’évangile ou soutenir de jeunes Eglises. Il y a des missionnaires issus des Eglises non occidentales, sud-américains, africains, de l’Inde, par exemple. La mission ne concerne pas que les prêtres ou religieux et religieuses, mais aussi des laïcs. Dans nos pays, nombreux sont ceux qui ont pris conscience de leur responsabilité missionnaire et l’exercent tout près de chez eux.
On perçoit alors que dialogue et annonce de l’évangile ne s’opposent pas, au contraire, puisque c’est dans le dialogue, dans le climat de fraternité et de confiance, que nous pouvons parler du Christ à nos voisins, collègues de travail, famille. S’agit-il de les convaincre ? S’agit-il de les convertir, les faire changer d’avis ? Les questions sont plus que mal posées dans la mesure où la conversion est bien plus qu’un changement d’opinion, mais un renouvellement de la vie, un accueil de la sainteté de Dieu.
Nous apprécions et respectons ceux avec lesquels nous parlons de notre foi et qui ne la partagent pas. Nous leur présentons notre ami et nous savons qu’il n’y a pas de raison qu’il ne devienne pas aussi leur ami. Nous croyons même que le Dieu qui s’est fait ami des hommes, philanthrope, les aime déjà. N’est-ce pas aussi ce que dit l’évangile de ce jour à travers l’unique commandement de l’amour ?
Mais en cette journée missionnaire mondiale, c’est de la mission au loin qu’il faut surtout parler. Je le ferai à partir de mon expérience malgache au risque de regarder les choses par le petit trou de la lorgnette. Enseigner ponctuellement dans un séminaire ne donne pas une vision globale, loin s’en faut. Je ne croise pour ainsi dire jamais les laïcs. La barrière de la langue m’empêche de vraiment rencontrer les gens. Je ne me trouve pas en un lieu de première annonce. Dans un séminaire, normalement, les chrétiens ne sont plus des néophytes. Qui dit séminaire suppose une Eglise déjà suffisamment constituée pour que de futurs prêtres puissent en être issus.
Je rencontre en effet des chrétiens, tout comme nous. C’est alors la richesse de l’interculturel, de la diversité, parfois extrême, qui souligne fondamentalement notre égalité, notre appartenance au même Seigneur, à la même humanité. Ce sont des personnes auxquels il n’est pas possible de ne pas s’attacher. Dans les débats théologiques, rien de substantiellement différent de ce que j’ai pu vivre comme formateur de séminaire en France, mais la distance change notre regard, nous décentre de préoccupations trop hexagonales ou européocentriques. C’est ce qui m’enthousiasme le plus, la liberté et la joie de l’approfondissement de la foi par ces jeunes hommes, leur souci de la pastorale, de l’évangile, et l’amour de leurs compatriotes. Tous savent l’urgence du développent d’autant que nombreux sont ceux qui sont issus de la précarité.
Je rencontre une théologie spontanée, marquée certes par la culture traditionnelle, pas encore vraiment transformée par l’évangile ‑ mais quelle culture l’est ? ‑ et aussi par le bouleversement de la mondialisation qui touche surtout les jeunes. La crise de la foi que nous connaissons en Occident touche aussi les jeunes des pays du Sud via cette mondialisation. Et ils sont beaucoup moins bien équipés que nous pour apprendre à être chrétiens dans un monde globalisé. L’Occident fait rêver autant qu’il est rejeté. Se posent pour les séminaristes, ce qui n’est guère le cas pour les générations qui précèdent, les questions de l’utilité de croire, de la nuit de la foi, du sens de la prière, etc.
Je rencontre aussi la théologie des missionnaires. L’Eglise malgache est née avec une théologie d’avant Vatican II et il était trop tôt, indépendamment de telle ou telle personne, pour recevoir le dernier concile. Ce n’était pas prioritaire. Bien sûr, on a profité de la liturgie en langue moderne, mais les séminaristes n’ont encore que peu changé de conception de l’Eglise, de vision de Dieu, souvent d’ailleurs assez proche de celle du paganisme commun.
Je vois aussi la force, le dynamisme, la promesse de la jeunesse. Ce ne sont pas les communautés chrétiennes qui sont jeunes, mais tout le pays. La moitié de la population aurait moins de 17 ans, ce qui est un défi qui a de quoi effrayer avant que l’on ne s’en réjouisse à voir une assemblée liturgique ! Au séminaire, le dynamisme a de quoi nous rendre jaloux. Peut-être peut-on se demander si la déstructuration politique (qui entraîne une corruption toujours plus grande) ne fragilise pas aussi le séminaire.
Il est clair que les problèmes de développement, qui sont des problèmes de gouvernement, de démocratie, maintiennent la grande majorité dans une assez grande précarité. L’évangélisation plus que chez nous encore passent par le partage et l’aide humanitaire. Mais qui seront les cadres de cette aide dans le pays ? Qui, dans les associations internationales, connaît suffisamment le pays pour que l’aide soit véritable ?
Je ne veux pas laisser une impression de catastrophe, parce que ce n’est pas ce que l’on voit, même si c’est ce que l’on ne peut que penser dès lors que l’on s’interroge sur les possibilités de s’en sortir. Mais il reste que ce n’est pas ce que l’on voit, parce que ce que l’on voit, c’est la vie. Un séminariste m’écrivait dernièrement depuis la ville où il fait un stage : « A Tuléar, il n'y a pas de problème. Cela ne signifie pas que tout va bien, mais, vous savez qu'au cœur veillant rien d'impossible. » Reste à se demander comment le cœur demeure vaillant avec la corruption et de trop nombreuses situations désespérées. Cela, ce séminariste le sait bien, mais il ne l’écrit pas. Pudiquement, il se contente de dire que pas de problème ne veut pas dire que tout va bien.

19 commentaires:

  1. vous dites : "La barrière de la langue m’empêche de vraiment rencontrer les gens."
    Il ne s'agit pas seulement de "langues étrangères" au sens commun du français qui ne comprend pas le chinois ou le russe-kazakh !
    Mais le "langage des prêtres et des clercs" est inaudible aux "gens ordinaires", hormis peut être ceux qui ont 60 ans et plus... et encore !

    En Europe, en France en particulier, l'eglise utilise un langage ésotérique qui échappe au commun des mortels... Et qui de plus n'intéresse pas les gens, sauf les déclarations papales sur des sujets aussi marginaux que le préservatif et les moeurs en général, afin de les critiquer.
    Vous croyez vraiment que le jeune qui tapote sur son I.phone 8 H par jour, qu'il soit de banlieue ou des beaux quartiers, sera sensible à un discours fondé sur la préservation de la société d'il y a 3 siècles ? Lorsque l'eglise se croyait triomphante !

    Ici même, sur ce blog, moi qui suis pourtant un petit vieux élevé dans l'eau bénite au temps de sa jeunesse, je ne comprends que Kouic à vos exposés théologiques....

    Fort heureusement les" penseurs laïcs" (modieu quelle horreur!) permettent à l'esprit de s'ouvrir sur la vraie réalité, et peut être à l'Esprit que vous appelez Saint de circuler: puisque parait-il "il souffle où il veut" !

    Moi qui suis un petit vieux

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  2. A AlainX,
    J'ai hésité à publier votre commentaire. J'ai l'impression de vous retrouver avec vos vieux démons comme lors de vos premières interventions sur ce blog.
    Vous vous saisissez d'une phrase de mon texte pour parler de tout autre choses et votre ressentiment contre l'Eglise se donne libre cours.
    Si vous détestez l'Eglise à ce point, que vous mêlez-vous de son incapacité à dire ce qu'elle a à dire ? Vous devriez vous réjouir de ce qu'elle organise sa propre perte. Si vous êtes hanté par sa mission, l'annonce de l'évangile, quel que soit votre positionnement par rapport à elle, prenez soin, à votre manière, de l'évangile.
    Je ne sais si la critique des années 60 quant au style de discours de l'Eglise est encore d'actualité. Je me moque des ipod et autres engins de ce que l'on appelle outils de communication parce qu'ils ne sont pour ainsi jamais media de rencontre. Je ne veux pas, comme les communautés nouvelles, surfer sur ces modes. Ces communautés pensent comme les gauchistes de 68, elles ont juste inversé le signe mathématique devant la proposition. Elles ne remettent pas en cause les thèses, elles les inversent seulement. Elles sont les enfants naturels des gauchistes de 68 (comme Sarkozy d'ailleurs !) Est-il besoin de préciser que les chrétiens de gauche, c'est autre chose !
    L'évangile n'est pas affaire de campagne de pub. Laissons cela aux évangélistes. L'évangile se dit dans la confiance de la rencontre, le respect des personnes. Les média n'en n'ont cure, eh alors... Est-ce les médias qui décident de ce qui importe ?
    Pour revenir à mon texte, je constate mon impossibilité de parler de la foi des malgaches, dans les paroisses notamment, faute de les rencontrer, de pouvoir les comprendre. Mais je dis, un peu, ce que j'entends des étudiants. Ils m'enchantent sans que je ne sache vraiment en rendre compte.
    J'ai hésité à publier mon texte. J'ai honte de ce que j'y dis, tant cela est infidèle avec le bonheur d'être auprès de ces séminaristes, de vivre un peu dans leur Eglise.

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  3. Bah ! Si quelque démon m'habite… N'avez vous pas pour mission de m'en débarrasser pour me sauver !… (Ceci exprimé bien évidemment avec un sourire !)

    Que l'église organise sa propre perte, n'est pas pour me réjouir, contrairement à ce que vous pourriez penser. Ne me fixez pas dans l'image que vous vous êtes forgés de moi, à cause de mes propos dérangeants.
    J'ai cependant des raisons très précises et personnelles d'en vouloir à cette église. Vous êtes suffisamment intelligents et au fait des choses pour le comprendre.

    Au-delà de ma petite personne, je déplore que ce collectif qui a pour mission d'annoncer l'Évangile (selon vos terminologies), annonce surtout tout autre chose… Cette mission n'est pas la mienne. En revanche je veux bien prendre pour moi et pour ma gouverne votre interpellation : « prenez soin, à votre manière, de l'Évangile ». (Vous voyez que je suis aussi capable de me saisir d'une phrase de votre texte pour autre chose qu'une certaine malveillance dont vous semblez m'accuser. À tort me semble-t-il…).

    Vous critiquez les médias modernes. Libre à vous. Ils sont cependant l'occasion de rencontres humaines authentiques, plus que vous ne semblez le penser. Et puis, l'église elle-même n'est-elle pas fondamentalement un média !
    Je faisais surtout le constat qu'il rate sa cible…
    Pour entrer en communication, il faut un langage commun… Et qu'il soit compréhensible par le plus grand nombre.
    Force est de constater que le personnel ecclésiastique parle comme il y a un siècle…
    Or, Jésus parlait avec le langage de son temps. Mieux encore, il avait un langage universel, même si un petit occidental, de plus en plus urbain, n'a plus guère l'occasion d'avoir entre les doigts des graines de moutarde… Quoique ! Écologie aidant !…

    Soyons concret. Je suis allé récemment à un enterrement catholique. Pas de prête, pour cause de pénurie. Mais peu importe. Trois laïques y ont tenu lieu. Tiens curieux : trois femmes ! (Finalement, on ne les veut pas par la grande porte, alors elles passent par les vitraux!…).
    Elles ont déroulé le cérémonial officiel, avec les mots officiels, les gestes officiels… La compassion officielle…
    À la sortie, j'échange avec un jeune de ma parentèle éloignée. Environ 22/25 ans. Correctement élevé dans l'indifférence religieuse. Je lui demande ce qu'il a pensé de la cérémonie, ce qu'il en a compris.
    « Je n'ai absolument rien compris » me répond-il. Ou plutôt… Je m'autorise à résumer ainsi ses propos… Vous seriez trop choqués des mots précis qu'il employa. Ce n'est pas un jeune écervelé… Il fréquente une grande école de la république, et comme beaucoup de jeunes rêve à s'engager « dans l'humanitaire »…

    Et voyez-vous, le mécréant que je suis a pensé : « dommage ! Belle occasion ratée pour Jésus !… »

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  4. Pas certain que je vous aie catalogué. Je réagissais à ce que j'ai appelé du ressentiment. Je me disais qu'il était peut-être possible, du moins je le souhaitais, de passer à autre chose. Les griefs contre les Eglises sont légitimes et nombreux. Mais je ne voyais dans ce que vous exprimiez un vrai problème, parce que je sais toutes les rencontres où nous ne cessons d'accompagner, d'écouter les gens. Et ils comprennent ce que nous racontons.
    Le culte est une autre affaire, une histoire pour initiés. Lorsque les gens non initiés y participent, ils sont je l'espère cordialement accueillis, mais ils ne peuvent exigés tout comprendre, refuser de faire quelque effort pour apprendre la langue des initiés.
    Ceci dit, je peux partager votre sentiment non de discours incompréhensible - car peu de mes confrères ou de ceux qui président des liturgies parlent comme Hegel (que les élèves des grandes écoles doivent tout de même avoir parcouru !) - mais de discours creux. De quoi parlent-ils ? Ils emploient des mots qui ne renvoient à rien. Leur parole n'est que flatus vocis, sans références aucunes, simple emprunt au soit disant vocabulaire reçu.
    J'appelle cela des mots cache-sexe. Ils cachent l'ignorance, le vide, peut-être pas de la foi, mais au moins de son expression. Il faudrait que l'on puisse dire ce que signifie "Dieu donne la vie" pour oser pareille expression. Même chose à propos de la grâce. Même chose à propos d'un morceau de pain qui ferait vivre et qui serait la chair du Dieu.
    Que ces expressions soient grotesques, je le revendique. Ce qu'elles ont à dire est disproportionné, impossible (pour les hommes !) C'est pour que l'on s'interroge, que l'on veuille entrer dans le mystère.
    Il y a deux manières de refuser d'entrer dans le mystère. On peut, comme votre parent si je comprends bien, passer cela par dessus l'épaule. Ce n'est pas forcément le signe de la plus grande ouverture ou du moins curiosité intellectuelle. Mais peut-être le discours de celles qui animaient empêchait-il que l'on put soupçonner qu'il y avait de quoi s'interroger. Soit, comme de nombreux cathos, on répète, mais l'on ne comprend pas mieux ; c'est une espèce de gnose, un discours qui tiendrait les gens dans la vérité ex opere operato, pour tout dire magiquement. Ils refusent plus ou moins consciemment de s'y livrer parce qu'il abandonneraient leurs certitudes, risqueraient comme nombre de leurs concitoyens de se découvrir non-croyants alors que le christianisme fait parti de leur identité. La foi, comme l'amour, mène sur des chemins qui ne sont pas tracés d'avance, et cela effraye, peut effrayer. Ainsi Abraham qui d'après l'épître aux Hébreux partit sans savoir où il allait. Justement la foi est cette attitude qui consiste à quitter la peur, à s'avancer au large. Elle ne promet pas grand chose par rapport à ce qu'on y trouvera. Dieu sans doute. Mais là encore, ce mot cache le mystère. Qu'est-ce que cela veut dire Dieu ? Ce que nous en savons est souvent l'idole que nous avons taillée à la dimension de ce que nous pouvions supporter. "Si tu comprends, ce n'est pas Dieu" dit Augustin (non par anti-intellectualisme, mais pour ne pas borner l'intelligence, et la vie, aux limites de notre imagination, de nos représentations, aussi nécessaires soient-elles).

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  5. Voilà !
    Vous dites clairement et bien mieux que moi ce qui est désolant : « le discours creux ». Il n'y avait ni mystère ni véritable humanité. Je ne vois pas ce qui aurait pu « accrocher » mon parent, retenir son attention.
    Je ne jette pas la pierre à ces trois femmes, d'un âge certain, elles ne font que restituer ce pour quoi on les a formatées. Ce qui ne peut être que d'une grande désolation.
    Elles ont une foi "sociologique". Prenant sans doute pour évidence ce qui par nature ne l'est pas…
    Proclamer l'évidence d'une résurrection garantie et d'une mort vaincue, comme principe qui ne soulève même pas la discussion… Je ne vois pas ce que ce jeune pourrait en croire, à une époque où la parole d'autorité ne s'impose plus à quiconque manu militari…
    Mon jeune en question à parlé de croyances infantiles de gens qui ne supportent pas l'inexorable de la mort. D'un volontaire déni de la réalité. d'amusante théorie des morts vivants…

    Alors il ne faut guère s'étonner de la désertion des lieux de culte…
    Ce qui m'étonne c'est que cela ne semble guère poser de questions à votre institution… Je veux dire pour redéfinir vos rites réifiés.
    Mais bon… Ce ne sont pas mes épices !
    Dommage quand même !
    Parce que Jésus est une figure d'humanité bien intéressante…

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  6. N'allez-vous pas un peu vite quand vous passez de la critique du discours à la stigmatisation de la foi de ces personnes ? Qu'en savez-vous de leur foi qui serait sociologique ?
    Ces personnes ont au moins la disponibilité d'accueillir ceux qui sont dans le deuil. L'entretien avec ces personnes, lors de la préparation de la célébration, a-t-il été aussi catastrophique que ce que vous dites du discours de la célébration ?
    Il est vraisemblable aussi que ces personnes n'étaient pas les seules à prendre la parole. Il est rare en effet que les proches du défunts ne soient pas invités à prendre la parole. Qu'ont-ils alors dit pour qu'il y ait autre chose à entendre ?
    J'ai du mal à ce qui risque de faire qu'on jette le bébé avec l'eau du bain.
    Et vous-même, avec votre parent, pouviez sans doute ratifier son jugement, mais aussi interroger. Car, tout de même, si Jésus mérite à vos yeux qu'on s'y arrête, n'avez-vous pas laisser passer une occasion ?
    Que l'on rie du discours sur la mort comme déni de cette mort, je le conçois. Avez-vous quelque chose de mieux à proposer ? Admettons par exemple qu'il n'y ait rien après cette vie. Comment alors ne pas être dans le déni de la souffrance de la séparation irrévocable ?
    Mon institution, j'en connais pas mal les faiblesses, les crimes. Mais je sais aussi ce qu'elle fait pour relever les personnes, les accueillir, leur rendre la vie. Et je ne peux, sous prétexte des limites, aussi extrêmes soient-elles de cette institution, ignorer, dénier, l'immense souci du frère, souvent anonyme. Là encore, je voudrais que l'on ne jette pas le bébé avec l'eau du bain.

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  7. Je ne peux que rapporter ce dont je fus témoin dans ce lieu public…
    Qu'il y ait des personnes qui ont le souci des autres, qu'elles soient chrétiennes ou quelles ne le soient pas n'était pas directement l'objet de mon propos.
    Je parlais de la parole institutionnelle proférée. Pas de ce qui peut se vivre en privé, que ce soit avec la famille du défunt, où les propos que j'ai pu avoir tout aussi en privé avec le jeune que je cite.

    Je crois en effet qu'il n'y a rien après cette vie. Cela n'empêche pas le sens de la vie et de la mort, ni le don de soi aux autres. Cela ne rend pas les choses plus faciles, ni plus difficiles. Concevez que je ne partage pas le même paradigme que le vôtre, ce qui n'empêche pas de nous retrouver sur des valeurs humaines fondamentales et universelles. Et probablement aussi sur un certain nombre "d'actes d'in-humanité" qui jalonnent l'histoire du monde, et sont à égalité partagés par les religions, les croyances et les idéologies de tous bords.
    Et Jésus n'est pas la propriété privée des chrétiens.
    Heureusement pour lui ! Heureusement pour moi !

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  8. Non, je ne suis pas d'accord, vous ne faites pas que rapporter ce dont vous avez été témoin. Et vous le savez bien. Ou alors, je ne comprends rien à ce que vous m'aviez dit de votre travail d'écoutant. Lorsque vous passez de ce discours entendu à une attaque en règle de l'institution, vous ne faites pas que rapporter. Si le discours engage l'institution, pourquoi le service des autres, rendu par les chrétiens, ne l'engagerait pas aussi ? Pourquoi la médiocrité serait-elle à porter au crédit de l'Eglise, alors que les actes d'humanité n'auraient pas de couleurs religieuses ? C'est quand vous voulez ? Quand cela vous arrange ? Etes-vous sûr de ne rien savoir de ce qui s'est dit lors de l'accueil de ceux qui étaient dans le deuil ? Il y a des gestes, peut-être des attentions, tel ou tel propos, que je veux bien croire pauvre théologiquement, qui manifestaient peut-être, sans doute, l'accueil prodigué. Je n'en sais rien, je n'y étais pas. Mais de façon générale, les laïcs, hommes et femmes, qui prennent en charge la célébration des funérailles dans les paroisses, hôpitaux, ou autres, ont le souci d'accueillir évangéliquement. Beaucoup savent d'ailleurs qu'ils n'ont pas forcément de quoi bien parler. Mais l'évangile ne se réduit pas à un dit. Il est une pratique qui en constitue à la foi une proclamation et une herméneutique. Libre à vous de ne pas le voir. Mais ne dites pas que vous ne rapporter que ce dont vous avez été témoin ; vous rapportez ce dont vous avez voulu être le témoin. Comment, lecteur de Freud, pouvez-vous réduire la parole au dit ? Je ne veux pas excuser sa faiblesse et vous crois lorsque c'est ainsi que vous le décrivez. Mais êtes-vous bien sûr qu'il n'y avait que le dit à entendre ? Ce serait surprenant.

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  9. Le témoin rapporte toujours avec sa perception personnelle et une inévitable subjectivité. Les psychologues et les juges d'instruction le savent parfaitement… Les confesseurs aussi j'imagine… Mais pas forcément avec la mauvaise foi que vous supposez ici, et dont je vous laisse la responsabilité.
    Un autre témoin, pratiquant assidu et convaincu, vous aurez certainement relaté l'excellence de la catholicité de la cérémonie. Car en effet, il est probable que rien ne manquait dans le respect parfait du rituel.
    Mais vous le savez mieux que moi : entre la lettre… Et l'esprit… Il y a parfois un gouffre…

    À aucun moment je n'ai dénigré la valeur individuelle des personnes qui oeuvraient. Si à vos yeux ce n'est pas le cas : citez-moi le passage.
    Quant à ce qui a pu se passer en privé dans la préparation et l'accueil de la famille, je n'y étais pas, mais je n'ai à aucun moment induit ce qui a pu s'y vivre… Ou ne pas se vivre… Si vous avez le présupposé que je l'envisage négatif, cela m'éclaire sur l'opinion que vous avez de moi.

    Mais je pense que votre parfaite dialectique montre que vous ne souhaitez pas vous-même "voir" ce que j'abordais en principal : l'inadaptation de vos rituels, devenus hermétiques et incompréhensibles par le plus grand nombre. Et là il me semble que je cadre avec votre chronique qui parlait de dimension « missionnaire ».
    En particulier les rituels comme le mariage, l'enterrement, le baptême, où un nombre croissant de personnes viennent par sympathie envers les leurs, et non par conviction religieuse. Toutes ces personnes qui ne sont pas des adeptes et pour lesquelles le discours officiel est peu compréhensible, et même jargonnant (sans connotation péjorative).
    J'aurais tendance à croire que vous baignez tellement dedans, que vous ne percevez pas ce degré d'incompréhension, trop habitués sans doute à parler « aux vôtres » et/ou entre adeptes.
    La parole simple et lumineuse de Jésus est alors emberlificotée dans un ensemble de considérations théologiques, empilées les unes sur les autres, quand elles ne sont pas contradictoires entre elles, ritualisées à l'extrême, et qui coupent celui qui cherche d'une source à laquelle vous êtes censés le conduire. C'est en tout cas ce que j'avais cru comprendre de votre « mission »… Conduire à Jésus… Et non pas enfermer dans une église…

    J'ai trouvé cela dommage, pour les raisons que j'ai indiquées. Raisons auxquelles je n'ai aucune difficulté d'ajouter vos propres propos : "le service des autres, rendu par les chrétiens,"

    Peut-être que je me trompe. Peut-être que mon expérience me trouble trop. En tout cas elle est celle de ma vie. L'église m'a éloigné de Jésus. Je n'ai pu le trouver que lorsque je l'ai quittée…
    Libre à vous de penser que c'est du contre témoignage…

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  10. Dialogue de sourd, j'en suis désolé. Vous pensez que je dénonce votre mauvaise foi. Loin de moi cette pensée. J'ai seulement pointé le passage de ce que ces femmes ont dit à l'attaque en règle de l'institution dont l'action, ainsi que celle de ces femmes, pourrait être jugée à ce qu'elles ont dit. C'est pour cela que j'ai parlé de réduction du dire au dit. A mon tour, je ne retrouve pas mes propos dans la réponse que vous envoyez. Je n'ai pas parlé de contre-témoignage, mais d'occasion non saisie d'une ouverture à l'évangile qui n'est pas la propriété de l'Eglise, comme nous le pensons l'un et l'autre. Ou bien, je ne voudrais pas voir... Nombre d'entre nous sait bien la distance entre le rituel et ce que les gens vivent. Il y a parfois de quoi s'en désoler. Mais la question n'est pas aussi simple. L'art de célébrer réside dans cette distance qui peut être un atout. La vie n'entre pas en direct dans la célébration, ce n'est pas possible. Elle doit y entrer, c'est évident, mais symbolisée. Et la distance du rituel peut être un des éléments qui le permet. Oserais-je vous indiquer l'article de Louis-Marie Chauvet, dans son dernier bouquin, Le corps, chemin de Dieu (Bayard 2010) : "Les mots de la liturgie sont-ils usés ? quel diagnostic ? Quelle pastorale ?" Cela ne vise pas toute la question de la pertinence des rituels, mais enfin, c'est dans notre sujet. En espérant que ce qui bloque la communication entre nous pourra être dépassé...

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  11. 1 -
    « Cher PR » (si je puis me permettre…) C'est sans doute plus un dialogue difficile que de sourds… Essayer de comprendre vos positions, votre doctrine, ce n'est pas toujours évident… D'autant que nous avons des appréciations différentes, c'est le moins qu'on puisse dire, sur certains points. Si je n'espérais pas un dialogue qui puisse être intéressant de part et d'autre, je me multiplierais pas mes interventions sur votre blog.

    Je vais essayer de ne pas alimenter un jeu de ping-pong stérile.

    À propos de ce que vous dites concernant le rituel et l'art de célébrer, je réalise mieux les intentions sous-jacentes. Cela me laisse cependant perplexe, interrogatif et dubitatif. Je suis de ceux qui se désolent de cette distance qui vous semble à la fois nécessaire et un atout.
    Je n'ai pour ma part rien retiré de positif de ma propre expérience en ce domaine à une certaine époque de ma vie. Hormis parfois quelques émotions superficielles ou même profondes, face à une certaine beauté mise en scène avec talent (orgue, chants, chorales… Et même, je l'avoue, orchestre rock et guitare électrique qui firent florès au début des années 70 !!… Mais j'étais jeune en ce temps-là !…), Reste que ce ne sont là qu'émotions de même nature que celles que je ressens lorsque je me rends à l'opéra…

    Vous penserez sans doute que je n'ai pas compris grand-chose ni aux liturgies ni aux célébrations. Et vous aurez sans doute raison.
    Il est vrai que je n'ai guère d'attrait pour tout ce qui peut être rassemblement d'ampleur, du meeting politique aux grand-messes vaticanes…!
    Je suis pour les célébrations et les réjouissances intimistes.
    Je me sens plus proche de Jésus à Emmaüs qu'à Jérusalem…

    Je pense que l'expérience spirituelle est fondamentalement une rencontre intime et personnelle. Sans doute que des phénomènes de foule peuvent quelque peu la susciter chez certains comme vagues prémices, mais elle ne peut être qu'intérieure, et au-delà de la sensibilité, bien que fondamentalement liée au corps autant qu'à l'esprit pensant. Elle me semble mal s'accommoder de rituels initiatiques. (Et sans même ici revenir sur la qualité de ceux-ci…).

    Des chrétiens m'ont dit qu'alors je me fabriquais mon Dieu à moi, à ma convenance, et que je ne pouvais qu'accommoder l'Évangile à ma propre sauce. Dont acte. Mais je ne m'y retrouve pas. Pas plus que dans mon travail de thérapeute, je ne me fabriquais une image de l'autre en demande d'aide, conforme à des présupposés et des grilles d'analyse préétablie par moi ou d'autres, dans lesquelles il aurait fallu le faire rentrer. Mais je ne vais pas développer cela plus avant ici…

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  12. 2-


    Les chrétiens organisent des messes. On y célèbre un rituel eucharistique fort codifié. Jésus avait rassemblé ses amis, ses proches. Des gens qui se connaissaient, oeuvraient ensemble etc. Cela faisait sens. Les messes auxquelles j'ai pu participer étaient une juxtaposition d'individus, récitant des paroles convenues. Pour les prononcer en toute conscience de ce qu'on dit, il me semblait que parfois il aurait fallu s'arrêter bien longtemps sur chaque phrase pour en pénétrer le sens. Mais le rituel faisait déjà passer à tout autre chose…

    Bref… Je ne m'y suis jamais retrouvé…
    J'ai justement besoin que la vie entre en direct dans ce que l'on peut célébrer. Comme la naissance d'un enfant en famille par exemple. Célébrer la vie qui surgit et se continue.
    La distance que vous évoquez m'apparaît comme une coupure.
    Le prêtre comme un « être à part ». D'ailleurs préparé à l'être dans les séminaires. Si j'en crois quelques confidences qui ont pu m'être faites…

    Cela dit, je vous remercie d'abord développé quelque peu comment vous concevez rituel et célébration. Je comprends mieux que mes attentes étaient bien différentes de ce que vous en avez dit. D'une certaine manière, c'est au moins éclairant pour moi. J'ai attendu ce qui ne pouvait être proposé…

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  13. Merci de ce que vous dites de l'esprit de notre échange.
    Je trouve une fois que encore, excusez-moi, vous allez vite, ici du rituel aux grand-messes. Le rituel vaut aussi quand il n'y a que quelques personnes, même s'il est mis en oeuvre différemment. Du coup, la méfiance par rapport aux phénomènes de foule n'est pas décisive en ce qui concerne la question du rituel.
    Je vous trouve par ailleurs bien naïf sur la simplicité de Jésus. Les repas de Jésus, pour simples qu'on puisse les imaginer, ne le sont cependant pas tant que cela. Ils se comprennent dans le cadre du judaïsme, référence qui était sans doute spontanée à l'époque mais qui ne l'est plus pour nous. Ainsi ces repas ne sont sans doute pas de simples repas entre amis, quand bien même ils sont aussi des repas fraternels, amicaux.
    Pour les chrétiens, il faut trouver un stratagème pour que la répétition de ce repas ne soit pas qu'un mime ou un souvenir, mais associe aujourd'hui ceux qui y participent à ce qui se passa alors. C'est ce que l'on appelle un mémorial, terme technique de la liturgie, mais dont le sens décrit, mutatis muntandis, ce qui se passe lorsque, dans les célébrations profanes, officielles ou non, on ne veut pas seulement se souvenir mais revivre les choses, du genre un anniversaire de mariage. On ne fait pas que se réjouir de ce qui s'est passé il y a des années, on en vit encore et, le célébrant, on le renouvelle.
    Avant le concile, l'intelligence de la liturgie était grandement empêchée par la langue, par la codification extrême des rites. Révélateur le fait que la congrégation romaine compétente, créée après le concile de Trente et supprimée en 1969, s'appelait Congrégation des rites. Mais la liturgie est autre chose.
    Le concile Vatican II a rendu les gens un peu moins serviles, plus responsables de et dans la célébration. Mais lorsque la pression a été forte, il est difficile de la faire retombée posément. Il auraient fallu que les acteurs de la liturgie aient une formation anthropologique, symbolique, historique, etc. L'indigence en théologie et en sciences humaines dans laquelle nombre de clercs avaient été maintenus par un système de formation sclérosé et sans cesse suspecté d'infidélité, n'a pas aidé. Certaines liturgies des années 70 ne pouvaient pas comprendre la dimension symbolique de la liturgie, abandonnant les rites non compris plutôt que de chercher à les comprendre,(un peu comme vous ?). On a alors parfois confondu liturgie et meeting, chaire et tribune d'opinions.
    On ne saurait généraliser, évidemment, car le mouvement liturgique était aussi soutenu par Rome (Cf. Pie XII et sa restauration du Triduum pascal). Je développerai cela rapidement dans un prochain post, la fiche n°3 sur le Concile
    Que les non initiés aient du mal à entrer dans une liturgie, je peux le comprendre. Nous serions sans doute bien perdus en assistant au culte d'une civilisation première ou shintoïste. Et pourtant, pour peu que nos liturgies travaillent sur les ressorts de l'anthropologie, elles sont un minimum et comme naturellement accessibles à tout homme.

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  14. Prenons l'exemple des funérailles chrétiennes. On peut ne pas comprendre le geste de la bénédiction du corps. On verra cependant un rite de respect. Qu'est donc un homme, qui sommes nous pour témoigner un tel respect à un cadavre ? Ce n'est justement pas un cadavre, mais une dépouille, un corps. Ce geste, toute l'humanité le partage. Qu'il pose ce type de questions n'est déjà pas rien. Le non-croyant est renvoyé comme le croyant à ce qu'il pense de l'humanité au moment où la mort frappe, à ce qu'il entend de la vie, quand bien même c'est la mort qui le convoque à cette réflexion. Si le rite a déjà renvoyé chacun à ces questions, c'est pas si mal.
    Il a évidemment un sens propre (au moins en partie) pour les chrétiens. Un autre élément de la célébration l'aurait-il indiqué ? A côté de ce corps, depuis le début de la célébration, brûle un cierge, plutôt démesuré. Cette flamme aurait-elle quelque chose à dire de ce respect porté au corps ? Peut-être même a-t-elle été multipliée par des lumignons posés sur le cercueil. La résurrection de Jésus n'a-t-elle pas été évoquée à ce propos ? Ou bien, si les gestes vous sont plus hermétiques, un extrait de saint Paul ou une autre lecture n'offriraient-ils pas un indice ? L'affirmation de la résurrection ?
    Ce n'est pas encore assez pour comprendre (et la liturgie n'a pas à se transformer en traité de théologie) et encore moins pour ratifier, mais l'indication d'une piste.
    Voilà quelques exemples de ce que je comprends d'une action liturgique, de sa manière de fonctionner. (On retrouverait cela dans l'art qui n'a pas à être expliqué. On peut si besoin introduire à l'expérience qu'il ouvre, mais importe l'expérience, a priori universelle. On ne la remplacera pas par une explication qui signerait la piètre qualité de ce qui se prétendrait oeuvre d'art ou interdirait de s'y livrer.)

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  15. 1-
    Je suis d'accord avec vous. Je ne crois pas que les repas de Jésus
    étaient des repas entre amis, au sens commun qu'on peut lui donner aujourd'hui. Il était le Maître. (Ou d'autres vocables de ce genre… Peu m'importe…). Qu'il ait marqué les esprits et les coeurs me semble l'évidence. Qu'on ait trouvé en lui une sorte de « grande nouveauté ». Certainement. Sinon pourquoi certains auraient « tout lâché » pour le suivre… Que certains aient eu le coeur « tout brûlant » et l'ardent désir de faire connaître son message, ce n'est pas moi qui le contesterais. D'ailleurs probablement que chacun peut faire ce genre d'expérience. On fait des rencontres marquantes, de gens quelque peu « d'exception », et on a le désir d'en parler à d'autres : « il faut que je te fasse connaître Untel… ».

    En ce sens, je comprends ce qui peut vous animer lorsque vous évoquez cet aspect « mémorial », et je ne peux qu'être touché par une certaine vibrante avec laquelle vous en parlez. Mais, pour prendre une expression ordinairement simple : « ça ne passe pas ! ». Il me semble qu'une dimension symbolique doit pouvoir faire sens à la fois par elle-même (la lumière par exemple), mais aussi sans doute par un célébrant capable, non pas d'emporter les sensibilités, par je ne sais quel charisme spectaculaire d'acteur, mais attirer par sa propre « présence intérieure » à ce qui se vit, capable d'avoir des mots simples pour introduire un minimum à ce qui est quand même de l'ordre d'un certain mystère. Et ce n'est pas, à mon humble avis, seulement une question de formation théologique ou liturgique.

    Je n'ai pas trouvé plus de satisfaction dans les liturgies des années 70, que dans celles totalement réifiées de mes années d'enfance. Alors oui, je suis parti, comme des milliers, comme des millions de ma génération… Je dois à l'honnêteté d'ajouter que j'ai rencontré quelques prêtres (rares !…), qui me semblaient habités de cette présence à leur vocation, et ne se contentaient pas d'être des exécutants des rites. Mais je les ai comptés sur à peine les doigts d'une seule main… Et… Je suis parti… Pour ne plus revenir.

    J'ai peine à comprendre que l'institution, en tant que telle, ne prend pas la mesure de cet immense décalage. Elle semble s'accrocher à des rituels où les hommes et femmes d'aujourd'hui, en tout cas dans l'environnement occidental que je connais, ne s'y retrouve plus du tout, hormis une poignée d'adeptes convaincus pour ne pas dire militants. Bien sûr, certains de mes vieux amis, qui ont décroché à la même époque, demeurent avec quelques nostalgies de Noëls d'enfance, de la crèche, et de quelques anges en plâtre qui baissaient la tête lorsqu'on leur donnait quelques piécettes… Mais tout cela relève d'un certain folklore…

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  16. 2-

    Vous attendez que les "croyants-autres" (expression que je préfère à "non-croyants", car chacun croit en quelque chose…), fassent des efforts de compréhension. Pourquoi pas… Encore faudrait-il que le clergé en face tout autant pour se rendre compréhensible et accessible.

    Alors oui, lors des funérailles, il y a des symboles forts, exhibés. Mais, comme je l'ai relaté précédemment, la manière de faire, voir la manière d'être, font que la flèche rate sa cible, si je puis dire ainsi… C'est un peu comme dans certains films.
    (Ne voyez pas dans ma comparaison une quelconque ironie ou attaque !) : Il y a un excellent scénario, mais la mise en scène, le réalisateur et les acteurs ne sont pas à la hauteur de celui-ci… Et, à force de mauvais films, on finit par ne plus aller au cinéma… (Non pas que je veuille considérer que la liturgie et les rites soient du cinéma… Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas…). Dans mon journal local du jour, il est fait état d'une sorte de « cérémonial laïc » organisé ce WE de Toussaint dans un crématorium. Les participants témoignaient auprès du journaliste à quel point ils avaient été touchés par la qualité du déroulement, par des symboliques simples, comme un lâcher de ballons. Je ne vous imagine pas imitant ces « cérémonies païennes » ! Là n'est pas mon propos… Il semble cependant que cela ait répondu à certaines attentes des familles des défunts. Lesquelles ? Il faudrait leur demander… Mais il s'agissait bien de faire mémoire. En tout cas, ces gens-là ne se sont pas rendus dans les églises ce jour-là…

    Mais, bon… C'est peut-être trop demander… J'ai du avoir des attentes démesurées. Reste le constat : des lieux de culte désertifiés. Je veux dire par là que mes "semblables générationnels" sont quasiment tous partis… Je ne fais donc pas figure d'exception…

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  17. Je vous entends.
    J'aimerais qu'avec l'infidélité des disciples on voit aussi leur fidélité, dans la célébration, dans l'amour du frère, dans la générosité...
    J'aimerais que notre contre-témoignage ne parle pas plus fort que notre attachement au Seigneur. Et cela ne tient pas qu'à nous, mais aussi au crédit qu'on voudra bien nous prêter ou au procès d'intention qu'on nous fera.
    Peut-on vraiment établir que l'Eglise a fait plus de mal qu'elle n'a fait de bien ? Je n'en suis pas certain.
    Je vous l'accorde, c'est mesquin ces calculs. Mais parfois, j'ai le sentiment que la dénonciation de notre Eglise par ceux qui la condamnent est aussi mesquine. J'ose parfois me demander si certains ne règlent pas ainsi la culpabilité (on ne sait jamais où elle va se loger) de ne pas en être de cette Eglise.
    Combien de fois ai-je entendu des "non-pratiquants mais très croyants" comme ils disent, se justifier de ne pas pratiquer pour ne par être hypocrites comme tous ceux qui pratiquent. Vous conviendrez que ça ne tient pas. D'un seul coup des millions de gens traités d'hypocrites. Qui donc sont ces gens pour juger ainsi de tant de monde et finalement fort peu s'interroger sur le sens de leur non-pratique ?
    Quant à la désertification des lieux de culte, je ne suis pas certain qu'elle soit d'abord le fait de notre contre-témoignage même si celui-ci en est pour partie responsable. Le recul du christianisme est obligé dans une société moderne. Puis-je vous renvoyer à mon post du 5 octobre "la fin de la sécularisation ?"
    Non que je m'en réjouisse, mais j'ose même penser que si Le Seigneur "a souffert, est mort, a été enseveli", je ne vois pas comment son Eglise, qui est son corps et sa servante pourrait connaître un autre sort. Sa résurrection passe par là. Si l'on refuse de mourir, je ne vois pas comment nous ressusciterons. "Qui veut sauver sa vie la perdra."
    Qu'est-ce que cela veut dire historiquement, je ne sais pas. Pragmatiquement cela donne de ne pas être effrayé par l'actuelle situation, ou du moins si nous le sommes, c'est non parce que nous perdons du terrain, mais comme on l'est devant sa propre mort. Théologiquement, cela me permet de comprendre le destin de l'Eglise dans le type de monde qui est le nôtre.
    Une fois encore, j'en reviens à l'inquisiteur de Dostoïevski. L'inquisiteur expose deux thèses, la sienne et celle du Christ. Soit la sienne est vraie, et alors l'Eglise sera dictature ou secte. De toute façon, elle ne sera plus l'Eglise, elle se perdra car à défendre sa vie elle l'aura perdue. Ricœur dit : "Dans une philosophie de l’ipséité comme la nôtre, on doit pouvoir dire : la possession n’est pas ce qui importe." (Soi-même comme un autre, p.198). Soit le Christ a raison, mais alors comme le dit l'inquisiteur, c'est la fin de son œuvre, la fin de l'Eglise. Mais cette fin là sera en fidélité à son Seigneur. Elle aura consenti à perdre sa vie, et elle sera sauvée.

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  18. Vous m'entendez, mais je ne suis pas certain de me faire comprendre.
    Je ne doute pas de la générosité, ni de "l'amour des frères", ni de toutes les bonnes choses que peuvent faire les chrétiens dans la sphère où ils vivent, et en général tous les hommes au comportement positif envers leurs semblables, ceux que j'aime appeler « les hommes de bonne volonté ». Je vais même m'abstenir de mentionner les intentions prosélytes sous couvert d'actions caritatives… Après tout il n'y a jamais assez de gens qui font du bien…

    Je ne parle pas de contre-témoignage ou d'infidélité. Je parle plutôt d'un "système chrétien", composé d'une organisation extrêmement complexe, hiérarchisée, en proie aux querelles intestines, un « grand machin » qui a fini plus ou moins par s'enfermer sur lui-même, s'auto-alimentant de principes, préceptes, rites, théologies multiples et diverses, quand elles ne sont pas contradictoires entre elles, etc. et de plus en plus en décalage avec le monde et les sociétés telles qu'elles sont. Système qui en plus se fourvoie dans le monde politique et financier. Système tellement prégnant que toute individualité se noie en lui. Système tellement verrouillé que les « pensants autrement » n'ont d'autre choix que de se retirer…
    Alors oui, j'ai le sentiment qu'au milieu de tout cela, le message de Jésus se perd dans les sables… Sans doute existe-t-il quelques oasis, mais il faudrait tellement errer dans le désert de cet ample système, que l'on est mort de soif avant de l'atteindre…

    Cela dit, je trouve intéressant ce que vous dites du destin de l'église dans le type de monde qui est le nôtre. Je me souviens d'un livre du prêtre Jean-Claude Barreau « l'aujourd'hui les évangiles » qui avait marqué ma jeunesse. Il fut sans doute le premier prêtre qui eut à mes yeux un discours différent sur Jésus, je veux dire différent de ce que l'on m'avait enseigné jusque-là. Mais il me semble qu'il n'était pas en odeur de sainteté dans les couloirs du Vatican … Décidément… Je n'ai pas de chance ! Il me semble que c'est lui qui disait, à propos des structures de l'église, quelque chose du genre : les structures de l'église, c'est comme les paires de chaussettes, il faudrait en changer souvent…

    L'église qui se dit corps mystique du Christ, devant « terminer comme lui »… En effet… Peut-être est-ce là le destin de sa fidélité. Reste à voir ce que sera sa résurrection au coeur du genre humain… Mais ni vous ni moi ne seront plus là pour le voir. Quoique, vous peut-être ! Du haut du ciel ! Et moi, retourné au « rien », j'ignorerais tout de cet épisode.

    Quant au concept mort/résurrection, l'expérience de la vie humaine y conduit nécessairement. Mais je ne vais pas jusqu'au contenu de foi que vous y mettez. J'observe ce qu'il en est dans le déroulement de ma propre existence et de celle de mes semblables. Comment chacun passe par un certain nombre de « morts », choisies ou subies, pour surgir à un « plus de vie ». Inutile je pense que j'illustre d'exemples vous comprenez certainement ce que je vais dire. Je pense que l'avancée de chacun dans sa propre humanité, au sens fort du mot, génère une sorte de dépouillement, de dépossession, de lâchages successifs, qui n'ont de sens que parce qu'entre contrepartie, (si je puis dire), un plus essentiel surgit, à la fois plus comblant en même temps qu'insaisissable ou réductible à soi même.

    Dernière petite chose. Concernant Dostoïevski. Vous m'incitez à aller relire les frères Karamazov, dont je n'ai plus que de vagues souvenirs scolaires…
    J'ajoute une ultime remarque ! : J'ai écrit ce texte sans avoir encore relu votre post du 5 octobre. Ce que je ferai.

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  19. Oui vous avez raisons, les institutions sont d'une lourdeur insupportable et qui plus est toujours en retard d'une guerre au moins.
    Mais sans elles, pourrions-nous vivre ensemble dans un minimum de respect des personnes ? Ce qui est possible à quelques uns ne l'est pas à plusieurs milliers. Ne parlons donc pas du milliard de catholiques ou des sept milliards d'humains. Les institutions peuvent être oppression certes ; elles sont plus ordinairement possibilité de la liberté, ne serait-ce que par le droit qu'elles organisent.

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