lundi 31 octobre 2011

Le culte des saints (Toussaint)

Qu’est-ce que le culte des saints ? Quel sens cela a-t-il de s’adresser aux saints ? N’est-il pas curieux, alors que nous pouvons, unis à Jésus, nous tenir devant Dieu pour présenter notre prière, que nous préférions nous adresser aux saints, à commencer par Marie ? Ne sommes-nous pas en pleine superstition, bien loin en tout cas de l’orthodoxie catholique, lorsque l’on recourt à Saint Antoine de Padoue pour retrouver quelque chose, à Saint Jude ou Sainte Rita, patrons des causes désespérées, etc. ?
N’y t-il pas idéologie dans la béatification de certains et non pas d’autres, de Jean XXIII comme de Pie IX ? La béatification de Jean-Paul II, si rapide, ne participe-t-elle pas à l’autocélébration de l’Eglise, au moment même où cette Eglise est toujours plus marginalisée ? Le Pape de la visibilité ne devient-il pas le porte drapeau d’une affirmation de l’identité catholique, du moins de l’identité de la génération Jean-Paul II précisément ? Ne doit pas au contraire penser que l'identité, l'image, le devenir ne sont pas ce qui importe pour celle qui est la servante du Seigneur, c’est-à-dire de ces petits qui sont les siens ? Et je ne parle pas des questions financières qui font que certaines causes sont introduites et d’autres ne le sont pas, faute de moyens ? Qu’a-t-on besoin ou intérêt à béatifier un Pape de plus, alors que tant d’humbles croyants dont personne ne parle jamais ont accueilli en leur vie, souvent difficile, le même Esprit de sainteté ?
Que penser de ces miracles nécessaires, sauf en cas de martyre, à la béatification ou à la canonisation ? Qui pourra établir que c’est Jean-Paul II qui a guéri Sr Marie-Simon-Pierre ? Que la médecine ne sache expliquer ce qui s’est passé ne prouve pas que le surnaturel soit en jeu. Et si le surnaturel l’était, qu’est-ce qui permettrait de savoir que le défunt Pape est responsable de ce miracle ?
Reconnaissons que le culte des saints et le processus qui mène à la gloire des autels a de quoi susciter notre interrogation quand ce n’est pas notre scepticisme. Le dernier concile a essayé de mettre un peu d’ordre dans les fêtes des saints qui avaient fini, par leur nombre, à obscurcir et à relativiser le cœur de la foi, la célébration de la mort et de la résurrection de Jésus. On lit dans la constitution sur la liturgie (§ 104) :
« L’Église a introduit dans le cycle annuel les mémoires des martyrs et des autres saints qui, élevés à la perfection par la grâce multiforme de Dieu et ayant déjà obtenu possession du salut éternel, chantent à Dieu dans le ciel une louange parfaite et intercèdent pour nous. Dans les anniversaires des saints, l’Église proclame le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui, et elle propose aux fidèles leurs exemples qui les attirent tous au Père par le Christ, et par leurs mérites elle implore les bienfaits de Dieu. »
Le culte des saints, est-il dit, vise à proclamer le mystère pascal. Les saints ont effectivement, comme tous les baptisés, mais souvent de façon exemplaire, laissé transparaître en leur vie le passage du Seigneur, sa Pâque, en laquelle ils ont été entraînés. Autrement dit, si le culte des saints a un sens, c’est d’abord la puissance de la résurrection de Jésus. La concentration christologique du culte des saints ne peut que relativiser ce dernier et c’est bien ainsi que ce culte est possible, qu’il a sens dans la foi.
Il n’en va pas autrement pour Marie elle-même. Le dernier concile n’a pas souhaité lui consacrer un texte propre malgré les multiples requêtes en ce sens. Il a choisi de parler de Marie pour conclure la constitution dogmatique sur l’Eglise, affirmant ainsi que Marie est le modèle des croyants, à l’image de l’Eglise qui ne cesse de chanter le magnificat. Cela se comprend bien si l’on se souvient de ce qui est dit à propos du peuple de Dieu dont chacun des membres est appelé par Dieu à la sainteté. La vocation universelle à la sainteté est précisément la convocation de tous à partager la vie de Jésus, à être associé à sa Pâque.
La frénésie avec laquelle Jean-Paul a déclaré saints et bienheureux tant d’hommes et de femmes est l’indice de l’universalité de la vocation à la sainteté. Le nombre relativise l’extraordinaire de la sainteté. La sainteté est le quotidien des chrétiens, pour autant qu’ils se laissent habiter par l’Esprit. N’est donc pas en cause la perfection de la vie, mais la disponibilité de tant d’hommes et de femmes à se laisser convertir, à se laisser sauver, à se laisser transfigurer par le seul Saint.
Le culte des saints dit le cœur de la foi, la divinisation, l’illumination baptismale. La vocation de l’homme, c’est la vie divine ; et la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant.
Si jamais vous voulez en outre trouver quelque chose d’original dans le culte des saints, alors revenons aux prétendus miracles nécessaires à l’élévation sur les autels. Dans un monde autonome où les lois de la nature ne sauraient être violées par le maître de toutes choses lui-même, est affirmée la communion de l’Eglise du ciel et de celle de la terre, la communion des saints, peuple immense de ceux qui cherchent Dieu, depuis Abel le juste jusqu’au dernier né des fils des hommes. Notre vie est déjà vie éternelle ; ce que nous appelons vie après la mort, et dont nous ne savons rien, ne peut pas être une projection revancharde et pleine de ressentiment dans un autre monde. C’est au contraire l’anticipation déjà présente de ce que la sainteté de Dieu réalise en ceux qu’elle a transfigurés.
Les saints sont des amis, des grands frères qui nous racontent comment ils ont tenté de laisser le Christ passer en leur vie. Ce faisant, ils nous aident à accueillir ce passage en nous du Saint qui sanctifie.

9 commentaires:

  1. Ce texte remet les saints à leur vraie place et évacue tout le côté magique que véhicule la religion populaire. Ne serait-il pas plus judicieux de parler de communion des saints parce que culte des saints pourrait avoir un sens équivoque que justement votre texte a essayé de clarifier?

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  2. J'ai peur qu'après de tels messages, certes sympathiques et agréables, je ne me trouve grisé et en perde la tête !
    Je ne suis pas sûr que je parlerais de la religion populaire à votre façon. Qu'il y ait dans la pratique catholique des choses fort peu catholiques invite à mieux situer les choses plutôt qu'à prétendre les remettre à leur vraie place. Je ferais le même type de remarque par rapport à la magie.
    Quant à votre question, si je supprime l'expression de culte des saints, je ne permets plus de faire prendre conscience ou de faire dire, ainsi que vous les faites, qu'elle désigne fondamentalement la communion des saints.
    Merci de votre lecture et de votre avis

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  3. C'est le même anonyme qui vous répond.Quand on met un St Christophe dans la voiture pour être protégé, on peut peut-être le qualifier autrement que de magie et de religion populaire. La religion populaire est un ensemble de croyances que l'on ne retrouve pas dans la théologie officielle. Qu'on le veuille ou non elle existe. Certaines personnes en ont besoin.Vatican II a parlé de hiérarchie des vérités. Si cela se situe à la périphérie, pourquoi pas.
    J'ai appécié aussi que vous avez situé Marie à sa vraie place, le chapitre 8 de la constitution Lumen Gentium. La Mariologie ne peut être que christocentrique. Mais vous avez passé rapidement sur la notion de médiation qui est un point de divergence entre catholiques et protestants alors que le credo, parlant de la communion des saints, nous est commun.

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  4. Oui, cette dévotion populaire existe, à la limite de la superstition, quand ce n'est pas carrément superstitieuse. Peut-on y voir la formulation maladroite d'un espoir, peut-être d'une espérance, celle de n'être pas lâché par plus fort que nous lorsque nous ne pouvons pas nous assurer à nous-mêmes la sécurité ?
    Cela est d'autant plus nécessaire, semble-t-il, dans un monde où l'on ne sait pas comment Dieu agit. Nous sommes en grande partie sortis du monde religieux, mais nous résistons, ou certains résistent.
    Bon OK c'est pas terrible comme théologie. Mais l'acte de s'en remettre, qui est celui de la foi, celui des enfants à qui ressemblent ceux à qui le royaume est ouvert, n'est-il pas déjà là ?
    Je voudrais que nos propos les exhortent plus qu'ils ne condamnent leurs actions, non bien sûr que je les cautionne. Mais nous-mêmes, qui semblons être attachés à la pureté de la foi, qu'en est-il de la vérité de notre foi ? J'essaie de faire en sorte que mes propos ne me cachent pas la poutre qui est dans mon œil.
    Ma dernière phrase évoque, c'est vrai plus que rapidement et discrètement, l'action des saints. Mais pour en parler correctement, il faudrait d'abord avoir dit ce que cela signifie que Dieu agit dans ce monde, ainsi que je le mentionnais plus haut. Si les saints agissent, ce n'est pas autrement.
    Je ne crois pas que fondamentalement nous soyons en divergence sur ce point avec les protestants. Certes, nous avons des manières de faire différentes. Mais il me semble que mon dernier paragraphe pourrait être partagé avec eux. Ce n'est pas leur tradition de parler ainsi, mais ce que je formule me semble pourvoir être reconnu comme l'expression d'une foi orthodoxe par les protestants, y compris s'ils ne s’aventureraient pas dans cette direction.
    Leur fréquentation des œuvres de Luther ou de Bonhoeffer par exemple, ne ressemble-t-elle pas à la nôtre, avec ces auteurs ou avec Augustin, ou l'une des deux Thérèse ? Des amis, des grands frères ou sœurs qui montrent un chemin de la traversée de l'Esprit dans la chair humaine et qui par là nous aident à laisser en passer cet Esprit en nous où il veut et comme il veut.
    Il y a les écrits, il y a plus encore des vies, celles de pécheurs graciés, il y a l'affection, comme à l'origine, lorsque les chrétiens se retrouvaient sur la tombe des martyrs, leurs frères et sœurs qu'ils avaient aimés.

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  5. Avec mon commentaire je risque peut-être de m'éloigner du sujet de votre article. Mais la notion de médiation est assez différente chez les protestants et les catholiques. Il ne viendrait pas à l'idée d'un protestant de prier Marie. Ils ne s'adresseront jamais à elle pour qu'elle intercède pour eux ou pour d'autres, auprès de Dieu. Sans tomber dans les excès de ceux qui auraient voulu que Marie soit corédemptrice, l'idée de Marie médiatrice est bien présente dans le catholicisme.
    La litanie des saints telle qu'elle a été chantée aujourd'hui dans l'Eglise catholique "Saint .... priez pour nous", vous ne l'entendrez jamais dans une Eglise protestante. Il est vrai que votre texte ne poserait pas de problème à un protestant mais il ne parlerait pas de culte des saints.

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  6. Je ne crois pas que le discours catholique permette de parler de la "médiation" des saints. On parle de leur intercession. Et je réponds ce que j'ai déjà dit, s'ils ont une action, il faut d'abord penser à ce que signifie que Dieu agit.
    De Marie, je ne pense pas l'on se soit engagé sur un titre de médiation. Lumen Gentium 62 constate que dans l'Eglise on s'adresse à Marie en outre comme médiatrice. On peut avoir une interprétation maximaliste, reconnaissant de facto le titre de médiatrice d'autant que les autres titres sont reconnus. Mais il n'est pas dit que Marie est invoquée "par l'Eglise", mais "dans l'Eglise", marquant un écart. En outre la fin de la phrase permet de ne pas aller là où l'on ne veut pas aller : "C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ"
    Il me semble que dans les accords œcuméniques, il y a ce que l'on appelle le "consensus différencié". Chacun exprime sa foi dans sa tradition de telle sorte qu'elle exprime aussi ce qui serait partageable par l'ensemble des Eglises. Les autres Eglises certes ne s'exprimeraient pas ainsi mais peuvent reconnaître que c'est bien la foi de tous qui est exprimée d'une manière particulière. Je vous renvoie à http://www.catho-theo.net/spip.php?article32
    Cette lecture hyper précise, peut-être tatillonne des textes vous paraîtra peut-être sophisme. Et pour une part je partage votre avis. Mais le discours n'est pas le tout de notre vie de foi. Il s'agit de vivre ensemble dans une même Eglise alors que nous sommes si différents dans cette Eglise. En elle aussi, il me semble que le consensus différencié s'impose.

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  7. L'expression "consensus différencié" est apparu lors de l'accord entre les catholiques et les luthériens sur la justification par la foi. Pourquoi ne pas l'étendre à d'autres textes?
    Pour le dialogue oecuménique sur Marie, le meilleur texte, à mon avis, est le document du groupe des Dombes "Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints".
    Mais ce texte n'est pas un texte d'accord entre les Eglises, ni un texte connu et mis en pratique par la base.

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  8. Si vous connaissez tout cela aussi bien, je ne perçois plus le but de vos questions. Je vous ai répondu justement en utilisant le consensus différencié. Mais pour une personne si au fait des choses, vous devriez vous assurer que l'Eglise parle de "la médiation des saints". Je ne le crois pas. C'est pourquoi d'abord j'avais répondu en omettant cette expression, me contentant de parler de leur action.

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