samedi 23 novembre 2013

La lutte contre le mal passe par le service, mais personne n'en veut. (Christ Roi de l'univers)

La France ne va pas bien. Son président est au plus bas dans les sondages et l’on se prend à rêver de nouveau à l’homme providentiel. C’est déjà ainsi que s’était construit le mythe qui avait conduit Nicolas Sarkozy à la présidence. Vue d’Espagne, est-ce si sûr que la France ne va pas bien ? Vue de Madagascar ?  Même vue d’Allemagne où un SMIG décent est seulement à l’ordre du jour des projets de la nouvelle coalition…
Mais qu’avons-nous à rêver à l’homme providentiel ? Qu’avons-nous à confondre gouvernement et populaire voire populisme ? Ne serions-nous pas coupables à attendre le coup de baguette magique ? Pour nombre d’entre nous, pouvait-on lire cette semaine, le loto et autres jeux de hasard apparaissent comme la seule solution pour s’en sortir.
Ces superstitions profanes, qui coûtent le sacrifice de quelques euros, mais peuvent rendre dépendant et ruiner, ouvrent une autre voie quand tout est disqualifié et que le vrai Dieu n’a plus la cote. Ceci dit, faire du vrai Dieu l’homme providentiel, pas sûr que cela marche mieux !
Si les présidents, de droite comme de gauche, sont incapables de protéger leurs concitoyens, voire les plient à leur service ou à ceux du grand capital, n’aurions-nous pas des raisons de vouloir un autre régime politique, une autre royauté, enfin juste et bonne ?
La fête du Christ roi de l’univers est récente. Elle date de 1925, quelques années après la première guerre mondiale et ses millions de morts. Elle date du traumatisme causé par l’installation du pouvoir soviétique, athée, en Russie. Le monde s’est écroulé. Il n’y a pas d’homme providentiel et l’on recourt à Jésus lui-même. Contre un monde qui se laïcise, on dirait qui se sécularise et se déchristianise, et pas seulement sous l’effet du communisme, il faut en appeler au souverain roi.
Après le concile que la fête devient celle du Christ-roi de l’univers. Le sens trop exclusivement politique est estompé pour souligner principalement la seigneurie de Jésus sur la création, dans l’esprit de notre seconde lecture (Col 1,12-20).
Mais est-ce une raison pour voir en Jésus l’homme providentiel ? Comment apparaît le roi de l’univers ? Rien des succès fulgurants et magiques. Rien de triomphal. L’évangile choisi n’est pas celui de l’entrée à Jérusalem. Pire qu’un roi montant un ânon, c’est un crucifié que la liturgie désigne roi de l’univers.
On se moque de nous. Nous sommes refaits. La France n’ira pas mieux, ni le monde si on en appelle à un condamné. Est-ce à dire qu’il faut déthéologiser le politique et que la fête de ce jour n’est que spirituelle, que la royauté de Jésus et sa providence ne sont que spirituelles, c’est-à-dire finalement, non repérables, non efficaces, pas vraiment vraies ?
Surtout pas. Il y a dans le principe d’incarnation (n’oublions pas que la fête a été instaurée pour le 1600ème anniversaire du concile de Nicée) quelque chose qui interdit à la foi de se réfugier dans le spirituel. Si la royauté de Jésus a un sens, si l’encyclique de Pie XI n’est pas qu’idéologique, ce n’est pas une spiritualisation qui les sauvera, mais leur insertion dans ce monde, monde des conflits et des haines, du refus de Dieu et des exclusions.
Le roi que nous présente l’évangile est précisément confronté à la haine et à l’exclusion, y compris au nom de la religion, de la foi. Jésus roi est condamné, serviteur défiguré. La royauté de Jésus, le royaume que nous appelons chaque fois que nous récitons le Notre Père, que ton règne vienne, n’est pas le royaume providentiel, celui de la réussite et du succès, celui qui nous tire magiquement de la mouise.
La royauté de Jésus est la nôtre. Parce que le roi trône avec nous, fût-ce sur une croix, ce que nous vivons d’injustices, de haines, de violences et d’exclusions ne parvient pas à effacer notre nom du cœur de Dieu. Car c’est aujourd’hui même, le paradis auquel il nous convie, ainsi que le dit le texte, non demain après la mort, mais aujourd’hui.
Que nous fait de mourir dignes, de vivre dignement mais écrasés par la violence, si c’est pour mourir ? Pas grand-chose, je l’accorde. Si ce n’est… Si ce n’est que le vermisseau que nous sommes, enhardi par l’amour qu’il reçoit de Dieu même, ose penser que ce monde a une autre vocation que le cortège du mal. Ce n’est pas l’homme providentiel qu’il faut attendre comme Godot, c’est notre condition de serviteur qu’il faut relever pour faire reculer le mal. La lutte contre le mal passe par le service.
Le service est la seule force capable de changer le monde. Personne n’y croit, personne n'accepte de se faire serviteur. C’est bien pour cela que la fête de ce jour n’a plus rien de conservateur et d’anti-démocratique, mais qu’elle est toute entière révolutionnaire, de la révolution de l’évangile.

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