jeudi 29 mars 2018

Disciples, si peu (Vendredi saint)


Les quatre récits de la passion racontent la trahison de Judas, le reniement de Pierre et la fuite de tous les disciples. La mort de Jésus est comme redoublée par l’abandon des siens. Non seulement sa personne est tuée, mais ce qu’il avait dit, enseigné, vécu. La peur des disciples et leur fuite annulent tout cela, l’annihilent. C’est fini, doublement fini.
Le corps de Jésus pend au gibet et le corps de ses disciples est dispersé, a disparu. Ce dernier corps se reconstruit en trois jours et vit encore, par les disciples de l’histoire et d’aujourd’hui. L’évangile de Jean l’annonce à travers la figure du disciple que Jésus aimait.
La tradition le nomme Jean. Or l’évangile ne lui donne pas de nom. Le disciple que Jésus aimait désigne la place que chaque disciple est invité à occuper dans la vie de Jésus. Ce disciple, c’est tous ceux qui n’ont pas livré, renié, déserté, c’est chacun pour autant qu’il reste fidèle, quand il reste fidèle.
Disciple n’est pas le nom d’une perfection ou d’une supériorité ; il s’y trouve trop évidemment des traites, et plus on est repéré comme disciple, plus on trahit, voyez Judas, voyez Pierre. Aujourd’hui, c’est toujours ainsi, ceux qui porte évidemment l’identité des disciples apparaissent comme des traites, infidèles à l’évangile, premiers à faire le contraire de ce qu’ils prêchent.
Le vendredi saint, avec la mort de Jésus, voit mourir les disciples que nous sommes, disciples, si peu.
Disciple est le nom que l’on reçoit, souvent sans même le savoir. Ce n’est pas nous qui sommes disciples, par nous-mêmes, par notre détermination et notre conversion. C’est lui qui nous fait disciples en nous aimant, parce qu’il nous aime. Ainsi dit l’évangile, le disciple que Jésus aimait, et non le disciple qui aimait Jésus. Tout homme est aimé de Jésus, tout homme a de quoi recevoir d’être disciple, d’être avec les autres le disciple que Jésus aimait. Jésus a encore un corps ‑ il est ressuscité ‑ son corps de disciples, depuis sa mort jusqu’à la consommation des siècles.
Le disciple se tient au pied de la croix. C’est sa place. On parlera de la joie de l’évangile un autre jour. Le pied de la croix est la place du disciple, depuis la mort de Jésus jusqu’à la consommation des siècles. Quitter ce lieu, c’est trahir, renier, déserter.
Le disciple que Jésus aimait reçoit l’humanité en garde, il héberge l’humanité désespérée, perdue de la mort de ses enfants, spécialement les innocents injustement condamnés. La mère de Jésus n’est pas Marie. Jean ignore son prénom ou plutôt ne confond pas Marie avec la mère de Jésus, l’humanité. (Jean n’est pas marial, il ne parle pas de Marie.) Il est des disciples, de ceux que Jésus aime, qui ne savent rien de Jésus mais se tiennent au pied de la croix et accueillent chez eux l’humanité.
Le disciple, celui que Jésus aime, ce n’est pas Pierre, ni les Douze, ni les baptisés, mais ceux qui prennent chez eux l’humanité, en prennent soin. Voilà le disciple… à moins de trahir, renier, déserter.

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