mercredi 14 mars 2018

Notre péché, obstacle à la mission (célébration pénitentielle)



Mt 23, 1-33
Alors Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.
Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ; ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé.
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer !
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand c’est arrivé, vous faites de lui un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous !
Malheureux êtes-vous, guides aveugles, vous qui dites : “Si l’on fait un serment par le Sanctuaire, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’or du Sanctuaire, on doit s’en acquitter.” Insensés et aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’or ? ou bien le Sanctuaire qui consacre cet or ?
Vous dites encore : “Si l’on fait un serment par l’autel, il est nul ; mais si l’on fait un serment par l’offrande posée sur l’autel, on doit s’en acquitter.” Aveugles ! Qu’est-ce qui est le plus important : l’offrande ? ou bien l’autel qui consacre cette offrande ? Celui donc qui fait un serment par l’autel fait un serment par l’autel et par tout ce qui est posé dessus ; celui qui fait un serment par le Sanctuaire fait un serment par le Sanctuaire et par Celui qui l’habite ; et celui qui fait un serment par le ciel fait un serment par le trône de Dieu et par Celui qui siège sur ce trône.
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste.
Guides aveugles ! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau !
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance !
Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe, afin que l’extérieur aussi devienne pur.
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures.
C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal.
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous bâtissez les sépulcres des prophètes, vous décorez les tombeaux des justes, et vous dites : “Si nous avions vécu à l’époque de nos pères, nous n’aurions pas été leurs complices pour verser le sang des prophètes.”
Ainsi, vous témoignez contre vous-mêmes : vous êtes bien les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes. Vous donc, mettez le comble à la mesure de vos pères !
Serpents, engeance de vipères, comment éviteriez-vous d’être condamnés à la géhenne ?


Pour cette célébration pénitentielle, je vous propose de réfléchir ou de prendre conscience d’une des conséquences de notre péché. Plutôt que de l’envisager d’un point de vue moral, de faire un examen de conscience détaillé voire scrupuleux, plutôt que de l’envisager dans le rapport à Dieu, ce qu’il casse de l’alliance que toujours Dieu renouvelle, je voudrais l’envisager du point de vue de la mission.
On dira que c’est peu traditionnel, et de fait, l’on ne pouvait choisir cette perspective tant que l’on n’était pas convenu que la mission est une dimension de la vie de tout baptisé, qu’elle ne se vit pas seulement auprès de ceux qui, dans des pays lointains, n’auraient jamais entendu parler de Jésus. Les pays anciennement chrétiens sont des pays de mission. Peut-être commence-t-on à en prendre conscience dans les années 40. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus ne pas en convenir. Combien d’enfants sont catéchisés dans une classe ? Voilà un indice de l’ampleur du champ missionnaire.
C’est dans le contexte latino-américain que le cardinal Bergoglio a forgé l’expression de « disciples missionnaires ». La reprenant comme Pape, il invite tous les chrétiens à être des disciples missionnaires. Et c’est là que notre péché nous empêche d’être ce que nous sommes. Disciples pécheurs, nous le sommes, même si nous avons du mal à le dire tant nous nous pensons spontanément dans le vrai. Mais disciples et missionnaires installent une contradiction, une impossibilité : comment pourrions-nous témoigner auprès de tous du Seigneur en présentant le visage de pécheurs ? Ne resterait plus que l’hypocrisie, poursuivre l’annonce et cacher le péché. Cette piste si souvent privilégiée se révèle à court terme catastrophique. Plus qu’une solution, nous convertir.
C’est la déchristianisation qui nous oblige à la conversion. La mission exige notre conversion et ne pas nous convertir en rajoute au péché car cela interdit que la parole du Seigneur parvienne au cœur du plus grand nombre. On peut être chrétiens médiocres au milieu de chrétiens. On ne peut plus se le permettre dans une société d’indifférence ou d’hostilité religieuses.
Quand on pense à l’Eglise, qu’est-ce qui vient en premier ? Je fais le pari que ce n’est presque jamais, y compris pour nous chrétiens, la charité. Il y en a même pour justifier cela. L’Eglise ne serait pas une ONG, ce n’est pas par son souci des hommes qu’elle doit être définie mais par sa foi. C’est nous qui assassinons Jésus et nous en justifions ! Mais ce Jésus en qui nous avons mis notre foi est-il autre que celui qui a le souci des hommes ?
On cherche des méthodes d’évangélisation, une nouvelle évangélisation, des paroisses ou groupes qui changent, qui renouvellent les choses. Mais s’il y a quelque chose à changer, à chercher, c’est la charité. Si les chrétiens en Eglise étaient, pour tous, évidemment, la charité, notre péché même serait blanc comme neige. La mission nous convoque à la charité, à l’amour des frères, non seulement à titre personnel, mais en Eglise.
Je me contente de relire quelques versets du lavement des pieds pour conclure. « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout », jusqu’à l’extrême, jusqu’au but. « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? C’est un exemple que je vous ai donné pour que vous fassiez vous aussi comme moi j’ai fait pour vous. » « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. »

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