vendredi 4 mai 2018

Je vous appelle amis (6ème dimanche du temps)


Comment parler de Dieu ? On ne peut le faire qu’en parlant à Dieu. Dieu n’est pas un objet dont on pourrait parler à la troisième personne. Pour parler de Dieu, nous ne pouvons que lui parler. C’est ce que signifie l’alliance. Pour parler de Dieu, nous ne pouvons que nous situer dans l’alliance. Alors, même si nous parlons de lui à la troisième personne, c’est devant lui et avec lui que nous parlons, comme si nous lui parlions. Parler de Dieu avec pertinence, c’est parler en sa présence. Une parole sur Dieu qui ne soit pas une prière rate son but.
Et cela n’a rien d’exceptionnel ou d’extraordinaire. Parler de ceux qu’on aime c’est toujours en parler comme s’il étaient présents. Impossible de parler de ceux que nous aimons comme si nous ne les connaissions pas, indépendamment du lien qui nous lie à eux, de lien d’amitié ou de famille. On pourra dire que l’on n’est pas objectif. Pas sûr que les renseignements d’une carte d’identité soient plus objectifs ou pour le moins pertinents. Pour parler correctement des gens, on ne peut que se situer dans la relation que l’on a avec eux.
Dans les Ecritures, l’alliance se dit de plusieurs manières, un Dieu père dont nous sommes les enfants, un Dieu suzerain dont nous serions les vassaux, un Dieu époux dont nous sommes l’épouse, « ton créateur est ton époux », un Dieu ami, comme le dit l’évangile de ce jour (Jn 15, 9-17).
Révolution dans la relation avec Dieu. L’homme n’est pas fait pour servir Dieu, lui plaire ou le craindre. C’est Dieu qui se fait serviteur, c’est lui qui vient pour servir et non pour être servi. L’amitié, avec sa réciprocité intrinsèque, dit les relations qui nous lient à Jésus.
Il faudrait mesurer les conséquences d’une telle affirmation, de la déclaration de Jésus, je t’appelle mon ami, je vous appelle amis. Dire à quelqu’un qu’on est son ami fait entrer dans l’amitié, dans l’alliance. Le propos ne peut être qu’informatif, il suscite et entretient la relation.
La relation avec Dieu en Jésus n’est pas de soumission, de dévouement ni de dévotion. Elle relève de la gratuité de l’amitié. On n’est pas ami de Jésus pour obtenir la vie éternelle, pour être trouvé juste ou que sais-je ? On est ami de Jésus comme de tout ami, pour la vie que nous en recevons, pour la vie qui s’échange.
Bien sûr, on pourra se demander comment être l’ami d’un mort que l’on n’a jamais connu. Mais voilà, cet homme mort est vivant. Cet homme mort, le crucifié comme l’appellent les évangiles après même sa résurrection, nous n’avons pour en parler d’autres mots que ceux de l’alliance, et spécialement, ceux de l’amitié. Ce sont les mots de Jésus.
Nous ne savons évidemment pas ce qu’est l’amitié ou l’amour de Dieu. Nous constatons que ce que nous vivons avec lui se dit bien avec les mots de l’amitié et de l’amour et que Jésus lui-même a ainsi parlé de son propre rapport avec le Père. « Il faut que le monde sache que j’aime le Père » (Jn 14, 31).
Nous ne savons évidemment pas ce qu’est l’amitié ou l’amour de Dieu, mais nous croyons que la convenance du vocabulaire de l’amour et de l’amitié n’est pas illusion. Voilà notre foi, ténue. Aussi curieux que cela puisse paraître, nous sommes amis d’un mort, je le redis, les évangiles de la résurrection l’appellent le crucifié, mais que nous soyons ses amis attestent à la fois qu’il est vivant, ressuscité comme on dit, et que nous sommes amis. C’est parce que les deux sont attestés ensemble, dans le même mouvement, qu’il est impossible de parler de Dieu sans lui parler.
Notre foi n’est pas faite de certitudes mais de confiance. Nous mettons notre foi en celui qui nous appelle amis. Nous ne pouvons alors qu’annoncer que Dieu est philanthrope, ami des hommes, qu’il ne demande rien, mais offre son amitié, qu’il ne demande rien, si ce n’est que nous acceptions son amitié.
Nous ne pourrions porter foi à pareille annonce sans d’abord porter foi à celui qui nous déclare ses amis, ni sans l’immense chaîne de foi de tous ceux qui confessent se reconnaître en cette amitié. Il ne serait pas possible de croire ce mort, celui que les évangiles appellent le crucifié dans les récits de la résurrection même, vivant, si son corps aujourd’hui n’attestait par toute sa vie, de sa vie. Voilà pourquoi l’amour entre nous est si important. Non seulement pour la paix entre nous, la vie, mais pour manifester sa résurrection, pour professer notre foi.
« Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. »

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