jeudi 31 mai 2018

Le fils de l'homme, s'il venait, trouverait-il la foi chez ses disciples ?


Devant le recul de la foi chrétienne, on pleure, on s’alarme ; on se réjouit d’un frémissement ici, de la foi joyeuse des Africains, etc. Le retour du religieux, à supposer qu’il existe bien, est plus à craindre qu’à espérer. Car le religieux est mortifère, dangereux. On l’a toujours su, et il faut être bien déchristianisé pour l’ignorer.
La religion serait le remède miracle contre le pluralisme culturel qui dissoudrait les identités. Nos mémoires sont courtes. Le « catholiques et français toujours » est un mythe, raciste ; on pense juste moins effrayantes, surtout qu’elles sont anciennes, les migrations polonaise, italienne, espagnole et portugaise que celles des maghrébins, musulmans, ou des sub-sahariens, pauvres.
Le retour du religieux conduit à la secte, au repli sur soi, le contraire de catholique, « selon le tout », universel. Tant que l’Europe et l’Occident prétendent leur culture universelle au point de l’imposer aux autres, les étrangers ne font pas trop peur, surtout s’ils restent chez eux ou sont esclaves. C’est de moins en moins le cas, et qui ne s’en réjouirait pas ?
Mais alors que va devenir la foi ?
Et si nous réécoutions l’évangile ; entendre une force incroyable qui ne nous était pas encore parvenue. En annonçant son Dieu et Père comme celui de tout homme, Jésus institue une fraternité universelle. N’est-ce pas ce à quoi nous devons contribuer alors qu’une troisième guerre mondiale se joue en Syrie (où sont engagées des forces d’Iran, Israël, Russie, Etats-Unis, Turquie, Arabie Saoudite et monarchies du Golfe, Europe) ? La guerre commerciale et écologique que se livrent les grandes puissances, Chine y compris, est tout autant dévastatrice, mais elle rapporte beaucoup d’argent et le champ de bataille est l’Afrique, dont nous n’avons rien à faire. (Faudra juste pas s’étonner que tant veuillent en émigrer.)
Nous, disciples de Jésus, avons une bonne nouvelle à annoncer pour changer le monde. La vocation de l’humanité est la fraternité. C’est cela la mission ; la nouvelle évangélisation risque de n’être qu’une fumisterie ethnocentrique. La paix est le nom de l’évangile. Que fait chacun d’entre nous ? Comment votons-nous ? Comment consommons-nous ? Comment vivons-nous ? Non, nous ne sommes pas encore chrétiens.
Les chapitres 6 à 8 de Marc, à titre d’exemple, montrent comment depuis toujours les disciples n’entendent pas l’évangile. Dans ces chapitres, ils ne comprennent plus rien à ce Jésus qu’ils avaient commencé à suivre. L’annonce de sa mort, du chemin du serviteur et l’annonce de l’évangile aux étrangers, les païens, provoquent en eux les mêmes réactions que celles des opposants de Jésus.
Au même moment, Jésus nourrit les foules, par deux fois, et ne cesse de guérir. Mais voilà, que Jésus fasse vivre (ou donne à manger, c’est la même chose), nous n’y croyons pas plus que les disciples du texte évangélique. Une multiplication des pains, ça n’existe pas. Les valeurs (comme à la bourse), oui, mais Jésus qui nourrit et fait vivre, ça ne fait pas sens. L’amour, le pardon, le partage, comme tout le monde finalement, nous sommes d’accord, en parole plus qu’en en acte ; du coup, ce qui nous fait disciples, Jésus qui fait vivre, nous ne comprenons pas. Et l’on prétend vouloir défendre une identité chrétienne ! Voilà justement l’hypocrisie que Jésus reproche aux pharisiens qui nous revient à la figure.
Mais enfin, ne voit-on pas que le monde tel que nous le vivons, en usons, nous mène à la mort ? Faudra-t-il que tous les Palestiniens y passent, que les sub-sahariens se noient plus nombreux encore en Méditerranée, que la guerre se déroule en Europe, que les banlieues brûlent, que nous nous entretuions, pour que nous voyions que nous mourrons ? Que nous faudra-t-il pour ouvrir les yeux et convenir que la fraternité évangélique est vie ?
Nous voulons avoir toujours plus, et même cela nous l’exigeons de Jésus, alors que le pain partagé, c’est l’amour ; plus on le partage, plus il y en a, plus il en reste. Le pain que Jésus multiplie n’est pas un bien pour en avoir toujours plus. C’est lui-même qui se donne et nous invite à entrer dans la logique du don. Cela passe par le service de l’autre, mais de cela, nous ne voulons. C’est déjà ce qui avait tant révolté les disciples dans l’évangile.
Il ne faudra pas dire que c’est la faute des autres si la foi se perd, nous ne nous y livrons pas nous-mêmes ; nous voulons toujours plus et tardons à suivre Jésus sur le chemin du service.

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