vendredi 28 septembre 2018

Mais de quoi se mêlent-ils ? (26ème dimanche du temps)


Il est curieux de trouver tant dans le Premier que dans le Nouveau Testament le même type d’histoires, une sorte de jalousie, des membres responsables du peuple de Dieu, ou du moins des membres repérés du peuple de Dieu, qui font une crise parce que des personnes non-accréditées, selon eux, agissent comme prophètes sans passer par leur groupe. Ils reprochent aux autres, en freelance, de marcher sur leurs plates-bandes. On ne sait d’ailleurs s’il y a effectivement concurrence entre Eldad et Medad et ceux qui avaient été rassemblés par Moïse sous la tente de la rencontre (Nb 11, 25-29) ou entre les Douze et celui qui expulse les démons au nom de Jésus sans être de ceux qui le suivent (Mc 9, 38-48). Les uns et les autres, subalternes, se pensent propriétaire de la mission. C’est le syndrome du caporal-chef. Il a à peine un galon à l’épaule qu’il se prend pour le chef et veut tout diriger. Cela n’existe pas que dans l’Eglise ou le judaïsme. C’est de toujours. Cela n’en est pas moins insupportable.
La logique de l’institution est inscrite depuis longtemps dans les Ecritures. Depuis aussi longtemps, c’est pour être critiquée, ou du moins rendue à sa vanité. Josué comme Jean se font remettre gentiment à leur place. « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! »
La réponse de Jésus est plus saignante et d’une actualité à couper le souffle. Avant de vous préoccuper de qui est habilité ou non, gardez-vous de ne provoquer aucun scandale. On dirait ces versets écrits pour aujourd’hui ! « Car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. Mais, celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. » (On pourra se demander pourquoi la conjonction entre les deux parties du discours, que je traduits ici par mais, n’est pas traduite dans la version liturgique…)
Vous aurez remarqué, le propos de Jésus n’est pas anti-institutionnel. Il parle en nous. « Celui qui n’est pas contre nous. » Mais il est des défenses de ce nous qui sont malvenues, pire qui sont scandales.
Alors que la dénonciation du cléricalisme est devenue un refrain à la mode, il convient d’en dire quelque chose d’un peu précis pour sortir de l’incantation. Nombre de clercs sont convaincus que l’ordination leur donne un quelque chose de plus que les autres n’ont pas. C’est bien une forme de pensée de mecs ! Ainsi justifient-ils leur utilité. L’imposition des mains les configurerait de manière spéciale, entendez supérieure, au Christ. Et les non-clerc sont nombreux à penser de même des prêtres.
On a il est vrai écrit ce genre de choses. Un de ceux qui m’est cher, Antoine Chevrier, à l’école de l’évangile, véritablement engagés pour une Eglise au service des pauvres, pour la formation de prêtres pour les pauvres, un peu comme Vincent de Paul, écrivait que le prêtre est alter Christus, un autre Christ. Chez lui, sans doute pas la moindre trace de cléricalisme, au sens où il réserverait quelque chose aux prêtres. Mais il est pris dans une institution cléricale, pour qui l’alter Christus, ce ne peut être les baptisés mais seulement les prêtres.
Or, ceux qui ici et maintenant représentent le Christ, c’est chaque baptisé uni aux autres. Et si les prêtres ont un rôle à jouer, et je pense qu’ils l’ont, c’est d’être au service des baptisés pour qu’ils puissent être chacun et ensemble, un autre Christ. Et si l’on veut savoir à quoi sert un prêtre, il faudra répondre comme on le ferait de ceux qui sont au service. Quel est le technicien de surface, puisque c’est ainsi que l’on dit, dont on parle lorsque l’on présente une école, une entreprise ou tout autre lieu qu’ils entretiennent en faisant le ménage ? On n’en parle pas. Pourquoi faudrait-il alors parler des prêtres, les faire témoigner ?
La crise que l’on dit être celle des vocations est d’abord la crise des communautés qui ne sont pas suffisamment disciples pour être la source du ministère. Sommes-nous ici religieusement, pour notre besoin de religieux, ou pour restaurer et nourrir la configuration baptismale qui fait de nous tous des alter Christus ? Je le concède, l’obligation du célibat et la sobriété financière dans laquelle on place les prêtres ne facilitent pas à nos communautés l’engendrement de serviteurs, de ministres, de prêtres. La crise est ensuite celle du cléri-calisme, cette tare qui consiste à mettre le prêtre au centre, à le penser supérieur, ou séparé, alors qu’il est au service pour que chacun avec les autres puisse être encore un autre Christ.

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