vendredi 2 novembre 2018

C'est même chose, servir les frères et aimer Jésus (31ème dimanche du temps)


Qu’est-ce qu’être chrétien ? La réponse n’est peut-être pas aussi simple qu’on pourrait le penser. Nous qui sommes ici ce matin, nous pourrions répondre qu’être chrétien c’est aller à la messe le dimanche. On pourrait repérer les chrétiens comme les pratiquants. Nous savons que ce n’est pas juste. Même les sondages et les sociologues qui inventèrent ce repère sont obligés de le modifier tant il est étroit et obsolète.
Serait chrétien celui qui aurait été baptisé. Ici, au contraire, le critère est trop vaste. Ils sont nombreux ceux qui ont été baptisés à ne pas se reconnaître disciples de Jésus, à ne pas revendiquer ce que souvent leurs parents ont décidé pour eux.
Pensera-ton que l’on aura une réponse dans la confession de foi ? Mais combien sont-ils ceux qui ne savent pas grand-chose de Jésus et sont pourtant de ses disciples ? Combien sont-ils qui connaissent parfaitement le dogme et sont si peu disciples ?
Faudra-t-il chercher pour désigner les chrétiens du côté des actions posées ? La pratique dans l’évangile, en effet, ce n’est jamais le fait d’aller à la messe, mais écouter la parole et la mettre en pratique. Alors on comprend l’importance de la question posée par le scribe à Jésus (Mc 12, 28-34) : quel est le premier de tous les commandements ?
Mais la pratique des commandements est encore trop courte pour définir le chrétien. Ils sont nombreux ‑ et heureusement ! ‑ les non-chrétiens qui observent les commandements aussi bien que nous, voire mieux. Et certains d’entre eux aiment le Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de tout leur esprit, de toute leur force. Quant à nous, nous sommes nombreux à ne pas observer les commandements comme il conviendrait…
Ainsi, rien de la prière (et des sacrements), des commandements et de la charité, de la profession de foi ne suffit à dire qui nous sommes. Augustin écrivait vers 410 : « Beaucoup de ceux qui paraissent au dehors [de l’Eglise] sont au-dedans, et beaucoup de ceux qui paraissent au-dedans sont au dehors ».
Il est aujourd’hui de bon ton de dire que la foi chrétienne ne doit pas être confondue avec la solidarité et l’action humanitaire, lutte pour la reconnaissance de la dignité de chacun; l’Eglise n’est pas une ONG ! On aimerait que cette attention à dire une spécificité chrétienne ne dispense aucun d'entre nous de la pratique du second commandement, égal au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Si l’on ne peut dire qui est chrétien, c’est que ce n’est pas à nous d’en décider. Nous autres qui désirons l’être, nous savons tout ce qui manque en nous pour que nous le soyons. Disciples de Jésus, nous le sommes… si peu. Etre chrétien n’est pas une identité, un acquis, un fait accompli, mais une tâche et une espérance, ce vers quoi nous tendons. Il s’agit d’ailleurs moins d’y tendre par nous-mêmes que de nous laisser mener.
La réponse de Jésus au scribe est notre boussole. D’abord, un constat dont nous ne pouvons rendre compte, mais qui s’impose à nous en premier. Nous aimons Dieu tel que Jésus nous le fait connaitre, nous aimons Dieu qui est amour. Nous voulons nous rassasier de cet amour. Nous ne savons pas bien ce que veut dire aimer Jésus. Et pourtant, cet homme est pour nous compagnon de route. Il ne fait pas que montrer le chemin ni nous accompagner sur ce chemin ; il est lui-même le chemin. Vivre pour nous, c’est reconnaître que notre chemin d'hommes et de femmes, c’est Jésus. « Vivre, pour moi, c’est le Christ ». Certes, nous ne l’avons jamais rencontré, et pourtant, nous le connaissons bien davantage que nombre de ceux avec qui nous vivons.
Ne l’ayant jamais rencontré – il en est ainsi pour tous les chrétiens depuis la mort du dernier apôtre, et c’est pourquoi l’Eglise est apostolique, témoignage continu depuis les apôtres – n’ayant jamais vu Dieu ‑ car « Dieu, nul ne l’a jamais vu » ‑, pour n’être pas dans l’illusion à dire l'aimer, nous savons que c’est à servir les frères que nous le rencontrons.
Mieux, c’est même chose servir les frères et aimer Jésus ; les deux commandements n’en sont qu’un. Pas d’humanitaire dans cette affaire, à supposer que ce ne soit pas en soi suffisant d’être engagé dans la solidarité pour la dignité de tous. Pas d’humanitaire, parce qu’avec Jésus, tout ce qui est humain concerne le divin, est appelé à la divinité, et tout ce qui est divin ne cesse de se donner à l’humanité. « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »

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