14/12/2018

Il est vain de parler du Royaume (3ème dimanche de l'avent)


Juste entre les versets lus dimanche dernier et ceux d’aujourd’hui, trois versets ont été supprimés ; je les lis. « Jean disait donc aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : "Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la colère prochaine ? Produisez donc des fruits dignes du repentir, et n’allez pas dire en vous-mêmes : "Nous avons pour père Abraham". Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà même la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu." »
Quelle avoinée ! Quelle violence dans cette prédication ! Imaginons nous faire insulter ou engueuler de la sorte ; resterions-nous imperturbablement ici ? On entend souvent que si l’on vient à la messe ce n’est pas pour être agressé par des remises en cause, mais pour trouver la paix et la consolation. Alors que le monde est stressant, violent, le rassemblement dominical devrait apporter réconfort et bien-être. Nous préférons les chants sirupeux aux dissonances de la musique contemporaine. Pour retenir ceux qui encore viennent prier, ne vaut-il pas mieux des propos lénifiants qui manquent de tranchant ?
Au début de l’évangile, une fois que Jean et Jésus sont adultes, c’est la théologie prophétique qui se fait entendre. Elle sait le mensonge qu’est la religion. En pratiquant des gestes religieux, nous nous convainquons d’être des enfants d’Abraham, d’appartenir à la race élue de ceux qui font bien, qui sont bien, à qui la récompense de la vie est promise, histoire d’échapper à la colère qui vient. Jean renverse tout cela comme Jésus les étales des marchands du temple. Vous rigolez, être fils d’Abraham, être du nombre des élus ne signifie rien ; « des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». Méfiez-vous ; vous êtes sur le point d’être abattus à la racine comme un « arbre qui ne produit pas de bons fruits ».
Suffira-t-il alors pour attendre le Seigneur de remplir notre devoir d’état, de faire sérieusement et honnêtement ce que nous avons à faire. Le soldat n’use pas de sa force et se contente de sa solde ; ceux qui travaillent dans la finance n’en profitent pas pour s’en mettre plein les poches ; tous ceux d’entre nous qui ont vêtement ou nourriture en rab partagent avec ceux qui n’ont pas de quoi se vêtir ou se nourrir.
Ce serait déjà pas mal non ? Plus d’abus de pouvoir, d’intimidation ou de corruption. Si vous avez entendu le discours du prix Nobel de la paix cette semaine, le docteur Denis Mukwege, vous voyez ce que cela peut signifier. Mais il n’y a pas besoin d’aller chercher si loin des illustrations de ce que changerait le comportement seulement humain que propose le Baptiste. Plus d’indigents dans nos rues, tous pouvant vivre dignement ; plus d’exploités dans leur travail, tous étant justement rémunérés.
Alors, et alors seulement, se posera la question de savoir si, comme enfants d’Abraham, nous avons quelque chose de plus ou d’original à faire. On verra pour la prière et la religion après. Se réunir près du Baptiste pour se convertir, pour être plus religieux, sans changer d’un iota nos manières de vivre, c’est un mensonge digne des pires roueries, digne d’une « engeance de vipères ».
On dira qu’être chrétien ne se réduit pas aux droits de l’homme et que l’Eglise n’est pas une ONG. Admettons, mais commençons par vivre « honnêtement, comme on le fait en plein jour », et l’on verra pour le reste. Sans quoi, nous nous mentons et trahissons l’évangile.
Nous étions venus pour rendre grâce au Seigneur ; nous étions venus pour nous réjouir de l’imminence de sa venue. Et voilà que nous en prenons plein notre grade, que nous sommes comme renvoyés de cette maison de prière pour faire banalement, ce que nous avons à faire, vivre dans la paix, la justice et le partage. Voilà que nous pensions, mieux que beaucoup, être sérieux dans la vie en prenant du temps pour Dieu, en nous rassemblant en son nom, en en faisant plus, et nous nous entendons dire que, si la justice et le partage n’habitent pas notre vie, ce n’est pas la peine, pire, c’est mensonge et hypocrisie. Aussi importantes et nobles soient la foi, la prière, la théologie, elles n’ont pas de sens si la justice meurt entre nos mains. Il est vain de parler du Royaume si nous le piétinons par ailleurs.
Seigneur, donne-nous de nous convertir véritablement. Si nous restons ici malgré les avertissements du Baptiste, c’est pour que tu changes notre cœur. Tu accueilles les pécheurs. Viens, ne tarde plus.

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