dimanche 7 avril 2019

Quelle mission s'impose à une Eglise minoritaire ?


Régulièrement, on lit sur internet, dans la presse catho ou dans des livres de théologie ou de pastorale, des méthodes pour relancer la mission, pour faire face au déclin numérique de l'Eglise.
Oui des paroisses vont disparaître, beaucoup, et cela fait des décennies que ça a commencé. Et alors.
Depuis les années 80, on nous annonce la solution, et tous les mouvements avec leurs leaders (souvent condamnés par la justice) connaissent la même crise que le reste de l'Eglise, les uns après les autres. Souvent, ils avaient parlé de l'Esprit Saint...
Ils étaient juste la force qui aurait pu aider les paroisses mais sont allé voir ailleurs. La division dans l'Eglise a participé au suicide de l'Eglise.

Je comprends que nous soyons inquiets pour l'Eglise. Mais cette réaction est encore bien païenne, je veux dire contraire à l'Esprit Saint qui bannit la crainte.
L'Eglise est et sera pour longtemps un petit troupeau. Et alors. Pour qu'elle ne soit pas une secte, les dispositions sont connues, et c'est là qu'est l'enjeu. Le discours du Pape au Maroc la semaine passée ne vaut pas que pour le Maghreb.
Plutôt que de s'inspirer des sectes évangéliques états-uniennes, des shows qui font chaud au cœur, où l'on se ré-assure parce qu'on se retrouve entre nous, à la différence des autres, on pourrait prendre 3mn pour lire le texte du Pape.

La solution réside dans notre conversion. "Si le sel ne sale plus, avec quoi pourra-t-on saler ?" Aujourd'hui, et depuis longtemps, les chrétiens vivent comme les autres. Ils ne sont pas moins bien, certes, mais ils ne sont pas meilleurs, Les affaires de ces mois le disent. A quoi bon être chrétiens dans ces conditions ? Sans la sainteté, la prière est une fumisterie. Mais que font les missionnaires sauveurs de l'Eglise ? Ils multiplient les adorations et les effusions de l'Esprit. Trahison, idolâtrie !
Sans la sainteté, il est normal que l'Eglise s'effondre (même s'il y a d'autres raisons). Aujourd'hui, en France, en Europe, les cathos, les chrétiens, apparaissent-ils comme saints ?
Je note qu'on l'on nous rebat les oreilles de "l'Eglise n'est pas une ONG"; cela nous permet juste de ne rien changer à notre vie. C'est une pseudo justification pour n'être pas saints, pour ne pas partager avec qui est dans le besoin, pour ne pas avoir le souci des pauvres et des blessés.
Vous avez vu le temps qu'il aura fallu, et on n'y est pas encore, et certains parlent de Barbarin comme d'un bouc-émissaire victime, pour que les cathos prennent soin des victimes des pédophiles ? C'est Barbarin la victime des pédophiles ? Là, cela ne coûtait rien, pas un centime ; là il ne s'agissait pas des migrants ou des sdf. Il s'agissait même de ce que nous disons avoir de plus cher, nos enfants. Cela obligeait juste un changement de regard, une fin d'inquiétude pour l'Eglise et un souci des victimes. Même ce changement de regard, cette conversion, n'a pas été le fait, dans l'immense majorité, des chrétiens. Ils y ont été contraints. Et certains renâclent encore. Ils ont modifié un codicille de leur discours, "on pense aux victimes, on condamne", mais cela ne change rien à leur manière de penser l'Eglise. Foutaise, hypocrisie.

Il ne s'agit pas de penser que notre salut personnel sera au bout des œuvres. Mais on pourrait se demander chaque jour, si avoir été disciple de Jésus a changé quelque chose dans ma vie, si chaque jour je lui ai ressemblé, si chaque jour, à nous voir, on a pu deviner un peu le Christ. Pour le reste, les stratégies pastorales, les méthodes d'évangélisation, les redécoupages paroissiaux, on verra plus tard.

"Notre mission de baptisés, de prêtres, de consacrés, n’est pas déterminée particulièrement par le nombre ou par l’espace que nous occupons, mais par la capacité que l’on a de produire et de susciter changement, étonnement et compassion ; par la manière dont nous vivons comme disciples de Jésus, au milieu de celles et ceux dont nous partageons le quotidien, les joies, les peines, les souffrances et les espoirs (cf. Gaudium et spes, n. 1). Autrement dit, les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15).

1 commentaire:

  1. Merci pour votre texte. Oui, là se trouve un chemin de mission opérante.
    Voici un lien à une conférence de l'ancien évêque de Laghouat, en Algérie, qui va dans un même sens. http://www.chautard.info/2019/04/temoignage-de-claude-rault-eveque-emerite-du-sahara-algerien.html
    Continuez de nous aider à vivre notre foi, à devenir de vrais artisans.
    Jean-Claude

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