08/05/2026

Un autre défenseur. Contre qui ? Jn 14, 15-21 (6ème dimanche de Pâques)

 

 

N’est-il pas curieux que nous ayons besoin impérieux de défenseur ? L’un se démet au moment de mourir, mais promet un successeur. Serions-nous accusés ? Par qui ? Devant qui ?

Devant Dieu, bien sûr ! Il est l’accusateur ou du moins le juge et nos vies comportent leur lot de vilénies, délits, crimes, connus ou non, lâchetés, trahisons, silences complices et coupables. Comment être fier de soi ? Ou plutôt, si l’on est fier de la façon dont nous affrontons la dureté de l’existence, nous ne pouvons occulter ni faire disparaître notre faute.

Il y a les fautes personnelles, il y a les structures collectives d’oppression et de péché. La richesse de l’Occident n’est possible qu’à piller les pauvres. La richesse n’est possible que parce que d’autres tirent le diable par la queue. Pourquoi y a-t-il une telle haine des pauvres, s’ils ne représentaient pas l’accusation vivante de notre mépris et de nos refus de partager, pour accumuler toujours plus, pour confisquer le bien commun ?

Les gouvernements disent vouloir lutter contre la fraude aux prestations sociales et tous regardent vers de potentiels profiteurs. D’une part, cette fraude est sans rapport avec la fraude fiscale, et d’autre part, elle n’est que marginalement le fait des « assistés » comme l’on dit si péjorativement, pleins de dénigrement.

L’accusation que nous portons contre les pauvres, contre les autres, différents, détenus, étrangers, gitans, bouc-émissaires, celles que nous portons contre nous-mêmes, n’est pas celle de Dieu. Nous n’avons pas besoin de lui pour accuser et être accusés.

Penser que Dieu serait l’accusateur et que nous aurions besoin d’avocats, c’est lui tirer un très sale portrait. Penser qu’il serait un juge que seule la plaidoirie de bons avocats détournerait d’une sentence implacable et terrible, c’est haïr Dieu !

Dieu est miséricordieux et il est lui-même, en son jugement, l’avocat.

Le défenseur dont nous avons besoin, c’est contre l’accusateur que nous sommes pour nos frères, que nos frères sont pour nous-mêmes. Personne ne peut être réduit à ses bassesses, ou alors seulement ceux qui ne choisissent que le mal, pour le plaisir de détruire, pour le plaisir du mal, de faire main-basse, de braquer la société.

Oui, nous avons besoin de l’Esprit pour nous défendre contre ceux qui nous accusent, qui jugent sans aimer. Nous ne sommes pas blancs, mais nous ne sommes pas nos délits et crimes. On ne peut juger équitablement sans aimer, d’abord la victime, mais aussi le coupable. Une justice qui serait haine ne serait-elle pas forcément vengeance, prolongement du mal, mal lui-même ? Comment guérir la haine à demeurer dans la vindicte ? « Tu ne jugeras pas. »

Le mal ne guérit pas mal, mais le bien. Et c’est précisément ce que nous appelons Dieu, le bien qui désarme le mal, le fait disparaître comme neige au soleil. Le bien refuse la logique du mal sans quoi, il n’est plus le bien, s’est laissé contaminer. Faire souffrir ne corrige pas le coupable et ne supprime pas le préjudice pour la victime. Au mieux, la peur de la sanction nous retient-elle parfois. La prison ne rend pas meilleur, elle détruit.

Un autre défenseur, l’Esprit pour rendre justice, c’est-à-dire pour rendre justes ceux qui ne le sont pas, tout en relevant les victimes de la fange où l’injustice et la violence des coupables les ont jetées. Nos efforts pour changer de vie sont indispensables. Mais d’une part, ils sont souvent vains, et d’autres part, ils ne rachètent pas le passé. Un autre seul, le défenseur, peut rendre juste, sanctifier.

Oui, nous avons besoin de l’Esprit pour nous défendre contre nous-mêmes. Comme il est difficile de ne pas se juger soi-même. « Tu ne jugeras pas. » Il ne s’agit pas d’excuser notre faute au point de la dissoudre, mais de vivre, d’être rendus justes contre nous-mêmes par cet autre défenseur, celui qui sanctifie, qui donne la vie. C’est une fois encore la finale du Journal d’un curé de campagne : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. »

 

Ambon Madeline Diener, Saint-Honoré-d'Eylau, Paris

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