samedi 10 octobre 2009

Pour les hommes, c'est impossible... (28ème dimanche)

Ce n’est pas moi, je crois, qui radote, mais c’est l’évangile de Marc, pourtant court, qui répète, qui enfonce le clou. J’aurai d’ailleurs à nouveau à le souligner dimanche prochain. Ce dimanche, c’est encore l’exagération, l’extravagance voire l’extrémisme des propos de Jésus. Et Marc de noter : « Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles ».

La rencontre de l’homme riche donne à Jésus de dire le jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême dit aussi l’évangile de Jean (Jn13,1) : une seule chose te manque. J’aurais envie de dire, s’il n’y en a plus qu’une, ce n’est pas très grave. A moi, n’en manque-t-il pas bien davantage. Une seule chose de manque, va. Vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres et suis-moi.

Ce qui est curieux, c’est que ce qui manque, c’est justement de manquer. Cet homme a tout fait, tout ce qui est commandé. Il aurait pu dire « j’ai tout fait » et évidemment, il faut entendre « j’étouffais ». Il en crève de sa perfection à ne plus pouvoir respirer, vibrer à l’air de la liberté et de la joie, tenu par sa morale et ses règles, ou plutôt, tenant la morale et les règles, comme si c’était cela, tenir la règle, qui nous rendait parfaits.

C’est la maladie de toutes les religions éthiques, le judaïsme, le catholicisme. Croire qu’à observer la loi, les règles on atteint le ciel, ce que le Seigneur attend de nous. Il nous manque la seule chose, l’unique nécessaire, le manque du manque.

Il n’y a pas qu’avec l’argent que nous avons peur de manquer. Même dans la foi, nous avons peur de manquer. Alors il faut tout faire quitte à étouffer. Ce qui n’empêche pas que nous choisissions ou concédions où manquer ou exceller. On peut ainsi aisément justifier qu’il n’est pas besoin de venir à la messe tous les dimanches pour être chrétiens. N’a-t-on pas tout fait en vivant la foi au jour le jour dans l’amour du prochain et le refus de désespérer ? Que manque-t-il ? Pas même la communauté des frères pour l’action de grâce !

Mais le manque du manque ne suffit pas encore pour l’exagération. Ou alors, cette exagération peut et doit se dire encore autrement, plus radicalement s’il est possible ! Pour les hommes, c’est impossible. Ne cherchez pas, vous ne pouvez pas y arriver. Vous ne pourrez pas arriver à la sainteté, à la perfection. Pour les hommes, c’est impossible.

Ne cherchez pas à réussir votre vie. Pour les hommes, c’est impossible. Ne cherchez pas à être heureux, pour les hommes, c’est impossible. Il se pourrait qu’il n’y ait pas que les disciples du premier siècle à être de plus en plus désarçonnés.

Peut-être pourrions-nous être un peu plus lucides que ces derniers. Qui peut prétendre, à regarder sa propre histoire et celle de l’humanité, qu’aux hommes c’est possible, le bonheur ? Pas un instant de bonheur, mais l’intensité des moments pour toujours ? Qui peut prétendre que c’est possible la vie toujours et que la mort ne s’y mêle pas d’une manière ou d’une autre ?

C’est déjà quand, entre nous, nous comptons sur l’autre, que la jubilation est grande, non pas pour nous défausser, mais parce que c’est de l’autre que se reçoivent l’amour et la joie. Nous le savons bien que pour nous, c’est impossible, et que seulement d’autrui, c’est possible. Mais même tous ensemble nous n’y arrivons pas, ne serait-ce que parce que, lorsqu'on est plus nombreux, ce n’est pas la joie seulement que nous multiplions, mais aussi les guerres !

Le manque du manque laisse peut-être apparaître ce qu’il en est de la réalité, celle du manque, de l’impossibilité. N’allons pas désespérer. Des choses formidables se vivent, mais ça rate, ça manque encore. Dire que pour les hommes c’est impossible, ce n’est pas tant enfermer les hommes dans leur incapacité que refuser que nous nous satisfassions de trop peu. Il ne s’agit pas de limiter les capacités de l’homme pour justifier la nécessité d’un sauveur. Le sauveur est inutile puisqu’il est la grâce, la source de la gratuité. C’est parce que nous voulons la vie en grand, le plus grand, parce que notre vocation c’est la vie de Dieu, que pour nous, c’est impossible et que cependant, nous ne voulons pas nous contenter d’une vie qui serait suffisamment heureuse, suffisamment humaine. Parce que la vie humaine, en totalité, jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême de l’extravagance, c’est la vie divine. Il les aima jusqu’à l’extrême.

Si donc nous en appelons à Dieu pour que ce soit possible, ce n’est pas d’abord à cause de notre incapacité, notre petitesse ou notre refus de nous retrousser les manches. Evitons au moins de réduire Dieu au bouche-trou si nous ne savons pas espérer assez grand ! Notre destinée est trop grande pour que nous puissions nous la donner et cependant nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas y renoncer. Si nous proclamons avec Jésus que pour les hommes, c’est impossible, c’est que nous nous disposons à accueillir de l’autre, de Dieu, ce que lui seul peut et s’apprête à nous donner, sa vie.

Textes du 28ème dimanche : Sg 7, 7-11 ; He 4, 12-13 ; Mc 10, 17-27

1 commentaire:

  1. Je trouve les homélies que je viens de découvrir sur ce site très pertinents....
    Nos prêtres n'ont pas toujours le temps de les préparer car ils sont très sollicités par les enterrements ... Ne disons pas les baptêmes en diminution ni les mariages à l'église (c'est trop engageant.... Tournesol

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