samedi 17 octobre 2009

A quoi sert de servir ? (29ème dimanche)

En un mois, c’est à dire en deux chapitres de Marc, par trois fois, nous entendons des propos de Jésus sur le service qui vont tous dans le même sens, au point que l’on a l’impression que l’évangéliste se répète. Rappelez-vous le 20 septembre, 25ème dimanche : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous, et le serviteur de tous. » Suivait le propos sur l’accueil des enfants.

Il ya quinze jours, nous entendions que les enfants sont le modèle de ceux à qui le royaume est ouvert, non qu’ils seraient toujours adorables, ces petits ! Mais ils vivent en faisant confiance, en s’en remettant à l’autre, ne doutant pas de son amour. Que dire de mieux effectivement pour dépeindre le disciple, si ce n’est que de souligner sa confiance, quasiment le même mot que la foi, qui permet de s’en remettre à l’autre dont on ne doute pas de l’amour, dont on a rien à craindre et tout à recevoir ?

Enfin, ce 29ème dimanche, nous entendons : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. » Pourquoi cette insistance sur la figure du petit ou du serviteur, voire de l’esclave ?

La voie de l’enfance, de la petitesse, n’est pas toujours exempte de misérabilisme, que ce soit en fait ou dans la critique, parfois mais pas toujours injuste, qu’on porte à son égard.

Les propos de Jésus s’adressent dans ces versets en premier lieu aux plus proches, les Douze. Comme s’il fallait que les plus proches se mettent dans la tête qu’être disciples, voire avoir une responsabilité dans la communauté des disciples, ne passe pas par le chemin de la puissance, comme dans le monde, mais par le chemin du serviteur. Aujourd’hui comme hier, se pourrait-il que plus on est responsable dans l’Eglise, plus on a de mal à entendre ce chemin du serviteur ? Se pourrait-il que Jésus le savait et c’est pourquoi il insiste autant ? Les chrétiens sont-ils au service de leurs évêques et du pape, doivent-ils chercher à les comprendre, ou est-ce l’inverse, le Pape, serviteur des serviteurs comme cela est sans cesse dit, qui doit chercher à comprendre ?

L’humanité est-elle au service de l’Eglise ou bien l’inverse de sorte que c’est aux chrétiens, à la suite de Jésus, d’aimer jusqu’à l’extrême ceux qui sont dans ce monde, non parce que nous nous esbaudirions béatement, mais parce que pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut, seul l’amour est digne de foi.

Rappelez-vous ce que disais le prophète Malachie (3, 13-14) : « Vous avez des paroles dures contre moi, dit le Seigneur. […] Voici ce que vous avez dit : "Servir Dieu n’a pas de sens. A quoi bon garder ses préceptes, mener une vie sans joie en présence du Seigneur de l’univers ?" »

C’est pour ceci que nous sommes serviteurs ; nous sommes serviteurs parce que l’évangile nous a été confié. Nous le portons comme un trésor dans les poteries sans valeur que nous sommes, pour qu’il soit bien clair que c’est l’évangile et non pas nous qui méritons que l’humanité s’y arrête au moins un instant. Comme dit le psaume : non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom, la gloire, pour ton amour et ta vérité.

Là encore, point de misérabilisme. Point n’est requis de cultiver la plus grande médiocrité, la plus grande grasse. Apprendre ce que nous sommes, apprendre à ne pas faire écran à l’évangile est plus compliqué qu’il n’y paraît, et, à entendre les reproches contre l’Eglise, force est de constater que notre Eglise n’a pas toujours su être au service de la Bonne Nouvelle et qu’elle s’est plutôt servi de l’Evangile.

Il ne faudrait pas verser dans la mauvaise foi cependant qui serait l’autre face d’un même misérabilisme toujours aussi redoutable. Ils sont nombreux les témoins, souvent méconnus, qui ont fait entendre la grandeur de l’Evangile. Evidemment, qu’on ait pu aller jusqu’à les oublier ou les mépriser, n’est pas fait pour conforter notre conception trop mondaine de la réussite de l’existence, et comme les médias que nous critiquons si aisément, nous avons nous aussi nos reality-shows. Faites venir les franciscains du Bronx ou un cardinal si vous voulez rassembler. Ça, ce sont des témoins !

Et dire que l’évangile ne parle pas seulement de serviteurs mais d’esclaves !

Nous sommes serviteurs parce que la logique du monde, la logique mondaine, celle du pouvoir et de l’argent, cela ne va pas, et il faut dire stop. Quelle arrogance de notre part. Voilà justement pourquoi cela ne peut se faire que dans la logique du serviteur, celle de Jésus. Tant que nous et notre Eglise flirterons avec la logique du pouvoir, cela ne marchera pas. Nous n’avons été crédibles que lorsque certains d’entre nous ont opté radicalement pour la logique du serviteur. Est-il besoin de préciser qu’opter pour la logique du serviteur ne revient pas à condamner la logique du monde, seulement à la mettre en crise. C’est ainsi que parle Jean : Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils non pour condamner le monde, mais pour le sauver. Et le vocabulaire du jugement est utilisé, celui de la crise, justement.

Textes du 29ème dimanche : Is 53, 10-11 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45

1 commentaire:

  1. Très belle homélie. Une belle réflexion sur notre position, à la fois pour les catholiques et pour l'Eglise elle-même.

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