lundi 19 octobre 2009

Un nouveau texte de Pietro de Paoli

Dans la peau d’un évêque, Plon, Paris 2009

Un nouveau texte, dans la même veine que les précédents : dispositif romanesque efficace au service d’une interrogation sur l’Eglise et sa mission aujourd’hui.

Quelques petites inexactitudes sans importance, telle description peu adéquate (par exemple des souvenirs du narrateur de son ordination épiscopale). L’ensemble se laisse lire très agréablement.

La fin me paraît cependant ratée, voire bâclée. Ce qui est dit sur les événements qui ont secoué l’Eglise au premier trimestre 2009 demeure fort conventionnel. Et j’ose espérer qu’il aurait été possible à un évêque tel que le rêve l’auteur de dire mieux et autrement. On aurait pu imaginer qu’après l’histoire de Recife, l’évêque s’invite dans un hôpital où sont pratiqués des avortements ou dans un centre de planning familial pour rencontrer par exemple les équipes qui travaillent auprès des femmes (et des hommes) qui décident ou se résolvent à un avortement. On aurait pu imaginer qu’un tel évêque ouvre la possibilité d’un discours qui dise à la fois l’attachement viscéral au ministère de Pierre et son désaccord avec tel acte ou propos du Saint Siège. On aurait encore plus apprécié qu’un tel évêque, plutôt que de réagir seul, comme et à côté de ses confrères, pose avec eux un geste ou prenne la parole avec eux, en Province, par exemple.

Quant à la résolution finale, celle dans laquelle s’engage le héros pour renouveler la pastorale diocésaine, elle n’est pas crédible. Il s’agit certes d’une nouvelle initiative pastorale pour rejoindre ceux que l’Eglise ne touche plus guère. Mais cette activité pastorale se rajoute aux autres plutôt qu’elle ne repense la mission du diocèse. D’autre part, cette activité est animée par l’évêque et quelques autres. Comme si quelques uns pouvaient encore faire quelque chose seuls. C’est un diocèse qu’il faut rendre missionnaire. Cet évêque visite une paroisse tous les dimanches. Autant dire qu’il se donne l’occasion de mettre son diocèse en disposition missionnaire. Même peu nombreux, les chrétiens le sont encore davantage qu’une équipe d’une dizaine de personnes ! Les ministères (ordonnés ou confiés à des laïcs) continuent à être pensés en soi, et non au service de la mission de la communauté. C’est la communauté qui doit être missionnaire et non seulement les personnes.

Cette fin un peu rapide est d’autant plus dommageable qu’elle décrédibilise l’ensemble du propos. Ceux qui pensent le contraire de l’auteur auront beau jeu de faire remarquer que si c’est tout ce que l’auteur peut proposer pour renouveler la pastorale française, il n’est pas plus avancé que les autres et que dans ces conditions, il est bien mal venu pour leur faire la leçon. Je crains une espèce d’effet boomerang que je ne pourrais que regretter tant je partage nombre des analyses de l'auteur.

Beaucoup d’évêques sans doute partageraient aussi ses analyses. Mais justement, lorsqu’il faut en venir au « que devons-nous faire », c’est là que le bas blesse et c’est là que l’on pourrait espérer de la verve de Pietro de Paoli de véritables propositions que le genre littéraire choisi permettrait aisément de formuler.

On aurait par exemple pu manifester très explicitement l’enregistrement pacifié de ce que l’Eglise est désormais minoritaire. On aurait pu tout aussi paisiblement enregistrer que pour beaucoup, chrétiens ou non, la foi n’est pas une affaire dirimante dans les choix de vie. On aurait pu se demander comment, sur plusieurs années, avec les prêtres autour de l’évêque, on pourrait avec les chrétiens qui le veulent, mener une réflexion sur l’actualité de l’Evangile. Admettons que ces personnes représentent 3% de la population d’un diocèse. Cela fait encore du monde ! Comment ces 3%, une fois replongés au cœur de la foi et de son intempestivité autant que de son assurance, peuvent là où ils sont dans la société (et non dans les communautés) témoigner du Dieu qui s’offre. Imaginons que ces 3% invitent, comme cela, gratuitement, pour un apéritif, leurs voisins, le même WE. On ne dit rien, on invite seulement, pour témoigner que la fraternité humaine, c’est un peu possible, et que les chrétiens l’exigent plus que beaucoup parce qu’il en va de l’annonce d’un Dieu Père qui fait de tous les hommes des frères. Mais déjà, je retombe dans une activité, alors qu’il s’agit d’être, au cœur de ce monde, sel de la terre et lumière du monde.

On pourrait imaginer que ces mêmes 3% se débrouillent à mettre en crise notre monde, car le jugement de ce monde est arrivé, non pas une condamnation, mais la présence de la miséricorde, la proximité du Royaume. Sachez-le le Royaume est tout près de vous. Evidemment, pour être un minimum crédibles, il faudra à ces 3% avoir laissé leur propre vie être mise en crise par l’évangile. Mais n’est-ce pas le cas de nombre des chrétiens, et pas seulement, dans notre pays ?

On pourrait imaginer, que non seulement aux messes ou rassemblements dominicaux, mais tous les mercredis soir de 19h à 19h05, ces 3% s’arrêtent pour le temps de la prière. Le silence pour dire Dieu, et d’abord à eux-mêmes. L’intercession pour le monde et sa capacité à entendre une Bonne Nouvelle, pour l’élan missionnaire des communautés. L’action de grâce à un Dieu qui veut faire de l’humanité une fraternité en se révélant Père.

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