samedi 12 décembre 2009

Arrêtons tout ! Il est là. (Avent, 3ème dimanche)

Que devons-nous faire ? La réponse du Baptiste est aussi décevante que laconique. Chacun sait très bien ce qu’il a à faire ? Pourquoi faudrait-il attendre d’un prophète, d’un témoin, homme providentiel ou héros, qu’il nous dicte ce qu’évidemment nous savons.

Nous savons très bien que faire. La morale n’a peut-être pas grand chose à attendre de la foi, et même les théologiens romains tachent de construire sur la loi naturelle une morale chrétienne de sorte que l’universalité de la recherche du bien soit manifestée, de sorte que l’action bonne à la suite du Christ ne puisse être autre chose que ce que chaque homme, dans le sanctuaire de sa conscience, avec la quête de l’humanité entière, peut établir.

Que les soldats se contentent de leur solde. Que le percepteur cherche la justice dans l’impôt, que chacun d’entre nous partage avec celui qui est dans le besoin. Rien que le bon sens ! Et plutôt que nous faire croire que nous prenons notre foi au sérieux à poser de telles questions, plutôt que croire que nous respectons le Baptiste ou tout autre autorité en posant nos questions, nous ferions bien de poser les vraies questions, ou plutôt d’accepter de les entendre.

Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et pour être sur de ne pas écouter nous parlons, nous interrogeons. Pendant ce temps là au moins, nous échappons aux vraies questions. Nous nous faisons croire que nous sommes très sérieux, même dans notre foi, mais c’est un stratagème pour éviter le seul terrain sérieux. Non que ces questions de comportements n’aient pas d’importance. Mais justement parce qu’elles en ont, elles servent de trop bel alibi à l’évitement des vraies questions.

Et que sont ces vraies questions ? Le texte le dit. Après avoir dépeint tous ces gens qui posent des questions bruyantes, l’évangéliste braque la caméra, d’un seul coup, sur les foules. « Or ». « Or le peuple était en attente. » Voilà la question.

Il se pourrait que nos arguties ne soient qu’une manière d’éviter d’être en attente. Il se pourrait que nos questions, même importantes, ne soient que des arguties. Quand on s’occupe, il n’y a plus besoin d’attendre. Nous n’aimons pas attendre. Il vaut mieux faire. L’activisme est encore la meilleure solution pour éviter d’attendre, pour maitriser tout.

« Or ». Or l’important se joue ailleurs. Non pas dans ce que nous faisons, mais dans le fait de consentir à ne pas faire. L’important réside dans l’accueil. Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu, proclamerons-nous avec l’évangile du jour de Noël. Et nous, le recevrons-nous ?

Nous pourrions être tellement pris dans les préparatifs de Noël, y compris les préparatifs spirituels ‑ plus grand attachement à la prière ou à la lecture des Ecritures, sens du partage avivé, ou que sais-je encore ? toutes choses excellentes, évidemment ‑ que nous pourrions passer à côté de l’essentiel. C’est Dieu qui donne, c’est Dieu qui s’offre : qui l’accueillera ? Qui le recevra ?

Le Baptiste ne s’y trompe pas. A l’attente du peuple, il répond par une parole apocalyptique. Il répond par l’annonce d’un jugement. Et ces paroles sont Bonne nouvelle, elles sont évangile, dit le texte. « Par ces exhortations et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle. » On pourrait transcrire : par ces exhortations, il évangélisait le peuple.

Quelle sont ces exhortations ? Non seulement des paroles, mais l’attitude. Le Baptiste se déclare comme venant après, trop tard, même s’il est là d’abord. Nous aussi, nous venons d’abord. C’est nous qui croyons, c’est nous qui cherchons, c’est nous qui voulons bien faire. Et pourquoi pas ? Et pourtant, c’est lui, le plus grand, celui qui vient d’abord, le premier, et nous ne sommes pas dignes de dénouer la courroie de ses sandales.

Annoncer la bonne nouvelle, évangéliser, c’est se faire répondant. Responsable comme le Baptiste d’un retournement, d’une conversion. D’abord l’autre, celui qui vient. Mais répondant aussi à un appel, celui que Dieu le premier nous a adressé, l’appel à la vie avec lui, l’alliance.

Noël, c’est cela. Un Dieu qui nous précède ; c’est lui qui a l’initiative en venant à nous. Arrêtons tout, même ce que nous faisons de mieux. Arrêtons tout, même de préparer sa venue. Il est trop tard. « Déjà même la hache est prête à attaquer la racine des arbres » dit le verset qui précède immédiatement notre texte. Il est l’heure, il est là. Il faut maintenant l’accueillir.

Texte du 3ème dimanche de l’Avent C : So 3, 14-18 ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18

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