jeudi 24 décembre 2009

Le Magistère. Echange avec Pietro di Paoli

Depuis quelques semaines, Pietro di Paoli, l’auteur de Vatican 2035, explique un mot de la foi chrétienne sur le « blog de Bérule » (http://berulle.over-blog.com/). Il met sa propre parole en perspective par quelques lignes intitulées « Ce que dit le Magistère de l’Eglise catholique ». J’avais envoyé le premier message ci-dessous qui donna lieu à un petit échange que je me permets de recopier.


Posté par PR :

Pourquoi concluez-vous vos textes par un « Ce que dit le Magistère de l'Eglise Catholique » ? Ne faites-vous pas jouer à ce magistère un rôle que théologiquement et à raison vous pourriez lui contester, par exemple celui d'aune ?

Qui plus est, vous ne citez pas le magistère, mais le Catéchisme de l'Eglise Catholique qui n'est qu'une production, et sans doute pas la plus autorisée juridiquement, de ce magistère. Ne laissez-vous pas penser que le magistère est un texte ou un recueil de textes, alors qu'il est un ministère. Bien ou mal assuré, je préfère un ministère, un service, à un corpus idéologique ou dogmatique.

Si vous pensez utile de mettre en perspective votre propre présentation, pourquoi ne pas faire chaque fois une citation des Ecritures ou d'une autorité de la Tradition, telle citation d'un Père de l'Eglise ou d'un texte épiscopal ou papal (et pourquoi pas de temps en temps le CEC), d'une hymne liturgique ou d'un théologien ?


Réponse de Pietro di Paoli :

Je fais volontairement le choix:

- de ne pas être exhaustif

- d’être subjectif

- de ne pas user des termes dogmatiques les plus usités.

J’ai décidé de citer systématiquement une façon de s’exprimer du magistère catholique, pour que le lecteur puisse retrouver aisément, sur le même sujet, une forme « autorisée ».

Le CEC présente l’avantage d’être une forme récente de l’expression du magistère de l’Église en matière d’enseignement dogmatique.

Il arrive parfois, que je choisisse une autre source, ce sera par exemple le cas dans le mot suivant, « bible », qui paradoxalement est presque totalement absent du CEC qui lui préfère le terme « Écritures ».

J’acquiesce à l’idée d’un partage entre magistère et ministère.

Mettons que le CEC est une parole maîtresse et la mienne, une parole servante.

Je vous remercie de votre attention

Pietro


Réponse de PR :http://www.gravatar.com/avatar/9e402122b312f5ce7e5a749ac89f3177?d=http%3A%2F%2Ffdata.over-blog.net%2F99%2F00%2F00%2F01%2Fimg%2Favatar-user-blog.gif&s=35

Vous me pardonnerez de vous répondre.

Je tique sur votre expression « Mettons que le CEC est une parole maîtresse et la mienne servante ».

Si le magistère est possible dans l'Eglise, et contrairement à une étymologie qui pourrait dénoncer un atavisme irrémédiable, le magistère demeure un ministère, c'est-à-dire un service. Votre parole et la sienne sont au service de ce que vous confessez ensemble, certes positionnées différemment d'un point de vue juridique.

Il me semble qu'autrement nous faisons le lit d'une autorité déconnectée du sensus fidei, ce qui n'est pas acceptable théologiquement, quand bien même c'est trop souvent la pratique de facto.

Merci pour ce brin de conversation.


Réponse de Pietro di Paoli

Patrick,

Poursuivons donc la conversation, ça fera monter le blogrank de l’ami Bérulle.

J’avoue vous avoir volontairement emmené à ce point où vous dites que le magistère est un ministère. C’est entre autre, contre cette dénaturation du langage que je peste. Comment peut-on espérer avoir une parole droite, fondée, féconde, si on pervertit les mots au point de gommer que, magistère et ministère sont deux vrais antonymes. Nous voilà dans une terrible impasse, les mots et les notions ont été tellement triturés qu’on ne sait plus « Ce que parler veut dire [1] ».

Et comment peut-on être entendu si nous n’avons même pas une communauté de mot ou si les mots n’ont plus de sens commun.

Pour le reste, j’assume, sur le fond, ne serait-ce que du fait que ma parole est publiée, donc publique, d’exercer à la fois un service et une autorité (Je n’ignore pas qu’il y a une autorité de la chose imprimée). Cependant, dans le cadre de mes publications, aussi bien chez l’éditeur de papier que chez Bérulle, l’autorité finale revient au lecteur.

Qu’il me soit permis, ici, une fois encore de les remercier et vous tout particulièrement ; si j’étais doué de schizophrénie, je crois que je me joindrais volontiers à une partie des critiques que vous faites à mon opus*.

Pietro.


[1] Pierre Bourdieu, Fayard, 1991

* J'avais exprimé mon avis sur le dernier texte de Pietro di Paoli, Dans la peau d'un évêque, Plon, Paris 2009, sur ce blog (http://royannais.blogspot.com/2009/10/un-nouveau-texte-de-pietro-de-paoli.html)


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