dimanche 24 avril 2011

Du tombeau vide à la foi (Pâques)

Sur quoi se base la foi des disciples ? Sur rien, pourrait-on répondre. Le tombeau est vide, il n’y a rien à voir. Pas de miracle, pas de merveilleux. Le vide. Et ce vide peut être interprété de façons contradictoires : le vol du corps ou l’indice de ce qu’il n’est pas retenu dans la mort.
Du coup, pourquoi Marie, et Pierre, et le disciple que Jésus aimait croient-ils qu’il est vivant celui qu’ils avaient déposé au tombeau, alors qu’ils auraient pu se mettre en quête du voleur, de celui qui aurait dérobé le corps. C’est d’ailleurs ce que fera Marie dans les versets qui suivent. Voyant le gardien du cimetière, elle l’interroge : « on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l'a mis. […] Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je l’enlèverai. »
Là où nous en sommes du chapitre de la résurrection de l’évangile de Jean, au début, l’ambiguïté est entière, même si le texte rapporte que le disciple que Jésus aimait croit. Rien qui ne ressemble à une évidence qui obligerait qu’on la reconnaisse. Rien à quoi se raccrocher, seulement le vide, l’absence.
Le chapitre présentera trois apparitions, l’une à Marie donc qui prend Jésus pour un jardinier, l’autre aux onze, en l’absence de Thomas, la dernière à Thomas, le jumeau. Il faut du temps pour que l’homme, jumeau de ce Thomas incrédule, parvienne à la reconnaissance de la foi. Il faut du temps parce que rien n’est démontré. Il n’y a au mieux que quelques signes, et encore fort ambigus, le vide du tombeau, un jardinier qui pourrait faire penser à l’Adam de l’Eden, les stigmates de la passion qui identifient un supplicié, qui peuvent cacher le ressuscité.
Si Marie, et Pierre, et le disciple que Jésus aimait et les autres, et nous aujourd’hui, pouvons croire que le tombeau vide fait effectivement signe non vers un vol de cadavre mais vers la vie plus forte que la mort, il faut en chercher les raisons ailleurs que dans l’évidence de la résurrection.
Où alors ? Dans ce qu’ils ont vécu, dans ce que nous vivons aujourd’hui avec Jésus. Je ne vois pas comment il nous serait possible de nous prononcer positivement sur la résurrection de Jésus indépendamment du fait que nous vivrions aujourd’hui en son amitié, que nous marchions en sa compagnie comme si tous nos chemins étaient route d’Emmaüs.
Et c’est bien parce que la non évidence de la résurrection exige l’amitié avec le Christ que ceux qui ne croient pas ne peuvent la ratifier, que certains, qui se disent croyants, au contraire se jettent dans une quête de merveilleux, de miracle. Si le tombeau est vide, c’est pour faire signe vers un ailleurs : ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant !
Ce qui nous fait confesser la résurrection n’est pas seulement l’événement survenu il y a deux mille ans ; ce dernier ne nous est accessible que dans le vide d’un tombeau et le témoignage des compagnons qui vivent ce que nous sommes invités à vivre aujourd’hui. Ce qui fait confesser la résurrection c’est d’abord ce que nous vivons aujourd’hui, comme les premiers disciples.
La résurrection du Seigneur n’est pas un savoir, elle est ce qui se repère dans ses effets : elle nous met debout comme elle a remis tant d’hommes et de femmes debout depuis Marie, et Pierre, et le disciple que Jésus aimait. La résurrection du Seigneur est sans doute son relèvement d’entre les morts, mais ce relèvement n’est perceptible qu’à travers le fait que la communauté des disciples est debout.
Certes, « nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés ; ne sachant qu’espérer, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; terrassés, mais non annihilés. Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. » (2 Co 4, 8-10)
Le corps du Seigneur ce n’est pas tant son cadavre que ses amis hier et aujourd’hui, et si ce corps est vivant, si nous sommes vivants, alors oui, le Seigneur est ressuscité.
Est-ce que cela change quelque chose à la vie ? A quoi nous sert de reconnaître en ce Jésus un compagnon pour les routes d’aujourd’hui ? Beaucoup vivent sans lui. Certes. Et rien non plus ne démontrera comme une évidence, hier comme aujourd’hui, la victoire sur la mort. Le tombeau demeure vide. Plus Dieu nous apparaîtrait présent, plus c’est son absence qui nous envahit.
Mais après Marie, et Pierre et les autres, nous sommes saisis par un surplus, un excès. Et nous tâchons de nous mettre au service de cet excès, en refusant en son nom, que l’homme ne soit qu’humain trop humain, parce qu’il est appelé à la vie divine, non pas autre qu’humaine voire inhumaine, non pas autre que du monde voire immonde, mais l’absolu de la grâce, d’un don gracieux.
Filons la métaphore pour expliciter. La marche, aisée et efficace peut n’être pas gracieuse ; elle n’en a cure ; il ne lui manque rien. Que fait alors sa grâce, la grâce ? Que fait au visage le sourire ? Une transfiguration indicible, insaisissable. C’est cet excès que tente de recueillir notre confession de foi, c’est de lui qu’elle est éprise.

9 commentaires:

  1. Je considère Jésus comme un Maitre en Humanité
    (je ne suis pas chrétien)
    Sa présence aujourd'hui comme maitre ne nécessite pas une survie surnaturelle.
    Mon parcours de vie est truffé d'épreuves.
    Ce maitre m'a montré le chemin des possibles
    Lui.... mais d'autres aussi....
    tous aussi "respectables".
    Je trouve souvent les chrétiens refermés sur leurs croyances.
    Le message de Jésus déborde largement la chrétienté....

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  2. Je ne comprends pas bien en quoi votre remarque est un commentaire. Sur quelle proposition du texte s'arrime-t-elle ?
    Je ne crois pas parler de surnaturel ou alors seulement pour prendre mes distances. Le dernier concile a fat tout son possible pour éviter ce vocabulaire. Il se pourrait que les chrétiens soient plus critiques que nombre de non croyants dans leurs affirmations ou négations à propos de Dieu.
    Oui, je partage votre avis, Jésus ne peut être confisqué par une religion. Cela ne signifie pas pour autant qu'on le comprendrait aussi bien voire mieux en dehors des Eglises. Et inversement.
    Oui, Jésus (plus que son message, car sa vie est bien autre chose qu'un enseignement) déborde les croyances. Et tant mieux si beaucoup le reconnaissent.
    Vous connaissez peut-être le propos d'Augustin à propos de l'Eglise, beaucoup sont dehors qui se croient dedans, et beaucoup sont dedans qui se croient dehors.
    L'aventure spirituelle, l'aventure de la foi, c'est justement que Jésus n'est jamais ce que nous en disons, toujours devant, sur l'autre rive, toujours autre.
    Bienheureux ceux qui le savent, croyants ou non, refusant d'enfermer dans leurs certitudes, dans leurs théories, celui qui est le chemin, la vérité, la vie.

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  3. Je partage pleinement votre dernier paragraphe. Les églises sont en effet enfermées dans leurs certitudes immuables, leurs dogmes et une vérité qu'elles croient être les seules à détenir.

    L'aventure spirituelle et mystique qui est la mienne conduit aux confins du Mystère. Il faut, à celui qui reçut une éducation chrétienne dans l'enfance, un effort particulier et une exigence de chaque instant, pour se garder des discours prêts à l'emploi que servent la plupart des religions, qui ont la nécessité d'une doctrine rassembleuse. Or, ces rassemblements se font toujours par exclusion des autres (les non-croyants, les mécréants, les impies…).

    C'est la raison pour laquelle il me semble que l'aventure spirituelle ou mystique nécessite absolument la rupture avec toute religion, quelle qu'elle soit.
    Il suffit de voir combien les grands mystiques qui ont gravité dans la chrétienté, ont toujours été rejetés par les autorités ecclésiastiques, emprisonnés, excommuniés, j'en passe et des meilleures…
    une religion, par définition, n'est pas aventureuse… Elle existe pour faire nombre, recruter des adeptes, mettre en place une hiérarchie, et des rituels obligés.

    Les croyants attendaient un sauveur… On leur a refilé une religion d'origine politique…
    Pauvre Jésus !
    Lui qui était venu parler de foi, d'amour, et d'abandon des pratiques religieuses vides de sens…

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  4. Les religions n'ont malheureusement pas le monopole de l'enfermement. Ce serait si simple. Il suffirait effectivement de s'en débarrasser. Mais souvent elles ont été des forces de libération contre d'autres enfermements.
    Votre naïveté risque d'être bien coupable, outre sa haine, à vous jeter dans les bras d'idéologies que vous remettez si peu en cause pour mieux dénoncer les religions.
    Et si, par exemple, les religions c'était en outre l'expression mystique non de l'individu, mais de la personne prise dans une communauté, ce qu'elle est toujours. L'individu en effet est une abstraction, un truc qui n'existe pas. L'homme n'est pas sans les autres, y compris dans sa quête religieuse.
    Enfin, je ne voudrais pas trop défendre les religions, je devrais davantage parler de foi, mais cela marche surtout pour le christianisme, de sorte que c'est bien de religions, malgré tout, qu'il faut parler.

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  5. Il semble que nous ne nous comprenions guère. Quand aurais-je parlé d'idéologies ? Je les rejette tout autant que les religions. Chrétienté finissante et ex-marxisme sont autant à rejeter que le petit livre rouge de Mao !…
    J'ai foi dans l'Homme qui pour moi n'est pas une abstraction…
    Il y a dans l'homme une quête spirituelle, et non pas une quête religieuse. cette dernière n'étant qu'un produit de la culture du "moment". ( Même si ce "moment" peut se compter en siècle…) La religion conduit à des pratiques et non pas à la foi. L'islam en est un autre exemple.

    Parlez-moi alors de votre foi personnelle. Le discours doctrinal que vous tenez n'en rend pas compte.

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  6. Vous n'avez pas parlé d'idéologie. Je me permets de penser que les poncifs que vous entonnez sur la religion relève du genre cependant. Je comprends bien que l'on puisse avoir des griefs contre les religions, contre le christianisme en particulier, même si ce n'est pas certain qu'il faille le considérer comme une religion.
    Sans doute partagerais-je bien des critiques avec vous à l'encontre des religions et du christianisme. Mais votre propos sans nuance aucune ne permet guère que l'on s'entende, comme vous le reconnaissez. Et ce n'est pas moi qui serais en cause dans cette incompréhension.
    Ceci dit, je trouve bien sympathique vos relances. Se pourrait-il que vous lisiez trop vite ? Ce n'est pas à propos de l'homme que j'ai parlé d'abstraction, mais de l'individu. D'autre part, si je peux comprendre l'expression "j'ai foi en l'Homme", je serais obligé de vous faire remarquer que l'Homme, comme vous dites, est responsable de bien des maux, au moins autant que les religions, ou du moins, y compris par le canal des religions. Car les religions sont bien des affaires humaines, trop humaines !
    J'espère que mon discours, que je veux fidèle à la foi de l'Eglise, exprime ce qu'il en est de ma foi personnelle, non sur le mode de l'anecdote, du reality-show, certes.
    Ce que je dis de l'excès pour déterminer le sens de la foi, voilà par exemple ce qui relèverait de mon interprétation de l'enseignement de l'Eglise.

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  7. Un fervent catholique me disait un jour : « vous, vous croyez en l'Homme ; moi, je crois en Dieu ! ». C'est dire si le dialogue n'est pas simple…
    J'ai foi en l'Homme, quand bien même est-il responsable de bien des maux. S'il était parfait, irréprochable en tout, cette foi n'aurait guère d'intérêt…
    Je crois en l'homme, plus apte au meilleur qu'au pire. La nature profonde de la personne humaine est constituée de potentialités positives, qu'il lui appartient de mettre en oeuvre… Ou pas… C'est l'enjeu des libertés individuelles et collectives…

    Je partage votre propos « l'homme n'est pas sans les autres ». Je compléterai volontiers ainsi : l'homme ne s'humanise pas sans les autres.
    Je dois reconnaître que sur mon parcours de vie, déjà fort avancé…, J'ai commis l'erreur de croire que la religion catholique se montrerait apte à m'aider à m'humaniser. Il n'en fut rien ! Mais je ne vais pas vous raconter ma vie…
    Il est curieux qu'une religion dite de l'incarnation, non seulement déconsidère l'homme, mais en plus éloigne de Dieu… Passe encore si j'avais été « un cas ». Mais je vois qu'ils sont légions ceux qui ont déserté la très sainte église catholique.

    En réagissant sur votre blog, sur lequel je suis tombé par le hasard d'une recherche sur l'Internet, je réalise que je cherche encore à en découdre. On ne se libère donc pas aussi vite que cela des souffrances que des gens d'église ont pu vous infliger au cours de votre existence. Je ne désespère pas d'y arriver… Et bien entendu je vous autorise à ajouter « avec la grâce de Dieu », après tout cela ne peut pas faire de tort…

    Jésus avait foi en l'Homme. Sa vie et ses actes en témoignent. Au moins ceux qui sont rapportés dans les textes officiels. N'ayant pas connaissance de ce qu'il a pu faire d'autre (je ne sais pas… Chaparder dans une boutique du village!!…) Je m'en tiendrai à ces textes. C'est ce qui m'intéresse en lui. Le degré élevé à laquelle il a porté sa propre humanité.
    Parce qu'il est fils de Dieu ? Et Dieu lui-même ? Ça, c'est de la doctrine…
    Lui, il parle de son Père…
    Avez-vous déjà essayé de faire abstraction de tout l'enseignement religieux que vous avez reçu ? De vous écarter, ne serait-ce qu'un instant, de la doctrine de l'église ?
    Et de vous interroger : pour un homme : qu'est-ce qu'avoir un Père ?
    Essayez ! Vous m'en direz des nouvelles…

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  8. Je vous remercie de la franchise de vos propos.
    Je ne sais qui est ce catholique fervent qui oppose foi en l'homme et foi en Dieu. A supposer certes que les expressions soient commensurables, il est évident que l'un ne peut aller sans l'autre, du moins si l'on est chrétien, c'est-à-dire, comme vous le soulignez vous-même, cohérent avec une religion de l'incarnation.
    C'est peut-être une des révolutions du christianisme, la révolution par rapport aux religions et de façon plus récente par rapport à nombre d'humanismes, de refuser l'opposition entre la grandeur de l'homme et celle de Dieu, entre l'humanisation de l'homme et Dieu. Dans mon vocabulaire, qui est d'abord celui des Pères de l'Eglise, la vocation de l'homme c'est la divinisation, non pour nier l'homme mais pour en dire la grandeur. On ne supprime pas l'humain, il devient Dieu en accueillant la vie même de Dieu.
    Cette divinisation, c'est l'admirable échange, l'admirabile commercium, un Dieu qui aime à ce point l'humanité qu'il l'épouse.
    Je ne me suis jamais amusé à faire abstraction de tout ce que j'ai appris parce qu'alors je ne saurais plus rien. Mais veuillez croire que l'exercice théologique, qui peut être, qui doit être, expérience spirituelle (de l'Esprit) est invitation à une critique radicale, à un abandon des certitudes, à une aventure de libération. La foi est accueil, non pas de quelque chose qui ferait violence à l'homme, mais de ce qui rend l'homme capable de la vie divine. Accueil, parce que la foi n'est pas un truc de l'homme, le fruit de son investigation. Mais dans le même temps critique radicale, passage au crible de la raison, sans quoi l'affirmation de foi n'est qu'ésotérisme, arbitraire, risque (souvent effectif) de déshumanisation.
    Que le christianisme ait cassé des gens, c'est certain. Et qu'est-ce qui le ferait oublier ? Rien. J'ose ajouter, même si cela risque de faire croire que je veux excuser, alors qu'il n'en est rien : que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre. Plus encore, et je l'ai déjà écrit dans une des réponses que je vous ai faite, il a aussi contribué, il contribue encore à l'humanisation de millions d'hommes et de femmes.

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  9. Puis-je inviter à relire la citation de Saint Augustin, en exergue de ce blog ?

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