samedi 23 avril 2011

Le passage vers la foi / Ex 14 (Vigile pascale)

Nous avons entendu le récit de la traversée de la mer par les Hébreux. Et l’on s’interroge : pour libérer son peuple, Dieu devait-il exterminer tous ces Egyptiens ? Que Pharaon meure, endurci dans son péché, passe encore ; mais nombre de ses soldats n’avaient rien demandé à personne. Comme souvent, les chefs décident et les subalternes payent le prix, assument les conséquences. Dieu ne devaient-ils pas aussi sauvés ceux que la mer précipite dans la mort ?
L’affaire est de telle importance que l’on se demande comment le rédacteur du texte n’y a pas pensé. Il montre au moins autant un Dieu qui massacre qu’un Dieu de salut. La contre-pub pour Dieu est assurée. On voudrait trouver des raisons de ne pas croire, on ne lirait pas d’autres textes que celui-ci !
Et pourtant, ce texte est récit fondateur de la foi d’Israël en un Dieu d’amour ; et pourtant ce texte est lu par les chrétiens depuis les origines, comme la préfiguration du salut, du baptême. Devant la mer, ils sont comme morts, ainsi qu’ils le disent eux-mêmes : « Manquait-il de tombeaux en Égypte, que tu nous aies menés mourir dans le désert ? Que nous as-tu fait en nous faisant sortir d'Égypte ? Ne te disions-nous pas en Égypte : Laisse-nous servir les Égyptiens, car mieux vaut pour nous servir les Égyptiens que de mourir dans le désert ? » Alors, ils traversent l’eau et sont vivants. C’est bien ce qui se passe dans le baptême. Nous passons d’une vie sans Dieu, d’une vie comme morte, à la vie avec Dieu en traversant l’eau.
Comment expliquer ce décalage entre le scandale d’un Dieu qui fait mourir pour que d’autres vivent et la confession en un Dieu qui aime tous les hommes, qui commande même l’amour des ennemis ?
Peut-être avons-nous lu le texte trop naïvement. Peut-être n’avons-nous lu que ce qui nous arrangeait, à savoir une histoire de vainqueurs, une histoire de notre clan. Une histoire de prodige, de miracle, parce que nous aimons bien le merveilleux, parce que nous croyons que la foi, c’est justement croire n’importe quoi, surtout si c’est merveilleux. Est-il certain que l’on parle du passage de la mer ? D’un passage, assurément, mais lequel ?
Lorsque les Hébreux sont coincés entre la mer et les Egyptiens à leurs trousses, ils récriminent contre Moïse. Ils mettent Moïse à l’épreuve. Lequel n’y peut pas grand chose. Moïse n’est tout de même pas Dieu ! Mais ils lient le sort de Dieu à celui de Moïse, ils préfèrent être esclaves des Egyptiens plutôt que de servir Dieu. Moi qui croyais que servir Dieu rendait libre, voilà que les Hébreux préfèrent l’esclavage. Tout ça pour quelques raclures de légumes et des oignons. Quelle misère.
Lorsque les Hébreux sont coincés entre la mer et les Egyptiens, ils ont rejeté Dieu, ils ont préféré la mort de l’esclavage. Leur récrimination est profession de non-foi.
De l’autre côté de la mer, voilà ce que rapporte le narrateur : « Israël vit la prouesse accomplie par le Seigneur contre les Égyptiens. Le peuple craignit le Seigneur, il crut dans le Seigneur et en Moïse son serviteur. » Voilà que le peuple met sa foi dans le Seigneur, voilà que le peuple fait confiance au serviteur de Dieu.
L’histoire de la mer est l’histoire d’un passage, assurément, non d’une rive à l’autre, non par le choix d’un peuple contre un autre, mais le passage de la non-foi à la foi, de passage d’une conception de la vie, comme esclavage, à une autre, la liberté. Les Egyptiens ici représentent tout ce qui nous empêche de croire, tout ce qui nous coince, nous accule à un cul de sac, une impasse. Qui est assez saut pour croire que la mer puisse ainsi s’ouvrir ?
En croyant au miracle de la mer, on évite de croire au vrai miracle, que nous pouvons passer de nos esclavages, de nos peurs, de la non-foi à la foi. C’est plus pratique. Pas besoin de se casser la tête à être vraiment croyant. Il suffit de croire à n’importe quoi pour ne pas croire au plus important.
C’est cela le baptême, passer d’une conception de Dieu à une autre. Choisir de vivre, libre et d’abandonner nos esclavages, ce qui nous empêche de vivre. C’est cela la foi, ce qui nous libère. C’est cela que fait Jésus, coincé, acculé à la mort. Le service de Dieu c’est-à-dire l’amour de ses frères jusqu’à l’extrême, a été sa libération. Il est ressorti vivant et libre.
C’est cela la résurrection, non pas un truc quand nous serons morts, mais le fait d’emprunter le passage ouvert par Jésus pour traverser avec lui la mort et vivre, libérés.

4 commentaires:

  1. N'empeche que ceux qui "ne croient pas", ces horribles égyptiens, meurent noyés... eux les "bons soldats", bons pères, bons époux....
    Cela donne un "foi" .... curieuse dans son exercice et ses conséquences....

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  2. Qu'est-ce qui vous dit dans ce texte que les Egyptiens sont horribles parce qu'ils ne croient pas ? On peut tirer beaucoup de conclusions quand on ne s'astreint pas à une écoute patiente du texte.

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  3. Alors donc, on va supposer que c'était des gens très bien… Genre « nous », d'ailleurs, qui tenons en esclavage les pauvres de bien des pays que nous exploitons à distance, pour ne pas payer trop cher les ordinateurs avec lesquels vous et moi dialoguons en cet instant…

    Finalement, une révolte chasse l'autre…
    Dieu étant du côté de ceux qui sont en esclavage, notre sort n'est pas très enviable, puisque nous voici comparable aux Égyptiens d'alors.
    Et que fit Dieu ? La Bible nous éclaire :
    " D.ieu frappa tous les premiers-nés dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né du roi Pharaon jusqu'au premier-né du captif au fond de la geôle, et tous les premiers-nés des animaux, exactement comme Moïse l'avait annoncé. "
    plus loin il est dit que les hébreux se livrèrent au pillage avant de partir.
    "Ainsi, Dieu accomplissait dans ses moindres détails la promesse qu'il avait faite à Abraham que ses descendants quitteraient leur pays d'exil avec de grandes richesses."

    (l'exploité d'hier sera l'exploiteur de demain.... on n'y coupe pas... même dans les textes sacrés...)

    Le Dieu des chrétiens est quand même un curieux spécimen…
    Comment Jésus peut-il être le fils d'un tel barbare ?
    Qui ne cesse de guerroyer à longueur de pages…

    Expliquez-moi....

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  4. Votre lecture fondamentaliste est navrante. Et pourtant, vous liriez un conte de Perrault vous accepteriez de prendre un peu de hauteur. Qui se plaint de la mort du loup ? Admettons, si vous ne croyez pas, que ces textes n'ont rien de surnaturel, mais lisez-les avec la même intelligence que toute autre production culturelle.
    J'imagine que vous n'avez jamais été opprimé par un peuple étranger comme l'ont été les hébreux en Egypte, d'après ce que dit le texte, ou comme nombres d'autres hier et aujourd'hui. Que la libération des esclaves fasse quelques morts, voire de nombreux morts, est redoutable. Mais je ne peux tout de même pas donner protéger les bourreaux de toute violence.
    Sans compter que mon commentaire proposait une lecture allégorique des Egyptiens, non des personnes mais tout ce qui nous réduit en esclavage.
    La foi chrétienne, à la suite du judaïsme, n'a pas à rougir d'être du côté des victimes de l'histoire. On lui reproche assez le contraire. Et pourtant, elle a aussi été force de libération comme je le disais en réponse à votre autre message sur le texte du jour de Pâques.

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