samedi 2 avril 2011

Changer de dieu pour ne pas pécher (4ème dim. de Carême)

Est-ce lui ou ses parents qui ont péché ? Quand un malheur arrive, même si c’est la cécité d’un nouveau-né, il faut un coupable. Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour… ? Religion de rétribution, religion de magie, religion d’un dieu qui est maître es vases communicants : si l’homme commet le mal, le dieu, qui s’en trouve lésé, se paie par quelque malheur dont il frappe l’homme comme en représailles.
Il faut tout de même avoir du dieu une drôle de conception pour penser ainsi. Pas sûr que ce genre de raisonnements n’appartienne qu’au passé d’une civilisation première. Nous n’en avons jamais fini avec l’idée d’un dieu qui ne pourrait qu’être concurrent de l’homme, qui ne pourrait que vouloir le mal de l’homme.
Nous lui jalousons sa toute puissance, nous avons la conviction qu’à n’avoir pas tout, nous n’avons rien, qu’à n’être pas tout nous ne sommes rien. Nous continuons à imaginer que la toute-puissance de Dieu lui permettrait de faire n’importe quoi. Nous rêvons d’un dieu qui pourrait changer les choses, arranger les choses, intervenir comme un magicien. Et nous lui en voulons de nous laisser dans notre malheur. Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour… ?
Jésus invite à démythologiser dieu lui-même. La vie avec Dieu n’est pas affaire de satisfactions que l’homme devrait procurer au dieu. Renversement du tout au tout, c’est Dieu qui vient pour servir l’homme. C’est lui, Dieu qui veut le bonheur de l’homme, sa vie. Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie.
Mais un dieu qui n’est pas un dieu tout puissant, au sens d’un dieu qui pourrait faire n’importe quoi, au sens d’un dieu qui devrait être le concurrent de l’homme, un tel dieu au service de l’homme, n’est pas digne d’un dieu et personne n’en veut.
C’est le renversement dont même les chrétiens n’ont pas toujours conscience, quand ils se réjouissent du retour des religions, du sacré. Jésus interdit le religieux parce que Dieu n’est pas à satisfaire par quelque sacrifice, Dieu n’est pas à acheter.
Dieu est la gratuité, le sans pourquoi, la grâce. Il n’est d’aucune utilité. Non, une nouvelle fois, qu’il soit optionnel, mais qu’il est celui dont l’amour, gratuit, oblige.
Alors, il y a, il ne peut y avoir qu’incompréhension entre le Dieu philanthrope et ce que les hommes pensent du dieu. Alors, les hommes qui se savent si savants, eux qui ont le regard perçant comme Œdipe, ne peuvent que vouer aux gémonies ceux qui ne partagent pas leurs évidences. Ainsi, ceux qui disent qu’ils voient sont des menteurs. Ils ne voient pas, nous ne voyons pas.
Voilà le péché, voilà la forme concentrée du péché : interdire à Dieu d’être ce qu’il est. Et si le dieu est concurrent de l’homme, alors évidemment, l’homme est justifié à haïr son frère. C’est en méprisant son frère que l’homme se croit à l’image du dieu (de la haine).
Si nous ne convertissons pas notre image de Dieu, non seulement, nous persistons dans notre sacrilège, mais aussi, nous justifions l’intérêt et le rapport, nous disqualifions la grâce et la gratuité, nous réduisons ce monde à ce qu’il produit, et nous engendrons la guerre, la haine.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, la religion n’est pas le propre des religions, puisque justement le christianisme n’en est pas, puisque l’idéologie du rapport, de l’efficace, parfaitement agnostique voire athée, se comporte comme les religions, charrie la même idée du dieu. Il est des athéismes qui sont encore trop religieux, il est des agnosticismes trop peu critiques qui adoptent ce qu’ils prétendent condamner. Il ne suffit pas de rejeter un dieu de concurrence pour détruire la haine entre les hommes.
La conversion, le fait de se tourner vers le Dieu philanthrope, au service des hommes, serait-elle la voie de la paix ? J’ose le penser si cette conversion pouvait être totale, non seulement observer les commandements de Dieu et de l’Eglise, mais plus que cela, se laisser détourner par Jésus de tout ce qui n’est pas l’amour de Dieu et l’amour de l’homme. Il n’est pas de commandement plus grand que ces deux là. J’ose le penser, parce que dans de nombreuses traditions, de celles que l’on dit religieuses, ou d’autres, la quête de l’Ami se mue en hospitalité universelle, en fraternité.

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