vendredi 1 février 2019

L'hymne à la charité (1 Co 13) ou "Dieu au milieu des marmites" (4ème dimanche du temps)


Nous aimons l’hymne à la charité (1 Co 13). Le contexte des mariages où nous l’entendons souvent en oriente la compréhension. Pourtant, il n’a pas été écrit pour parler du mariage et, devrait-on même dire, il ne parle pas de l’amour conjugal. Evidemment, rien n’empêche, et au contraire, qu’il convienne aussi à ce que vivent les époux. C’est d’ailleurs un verbe de la même racine que le mot employé ici dont usent les successeurs de Paul lorsqu’ils recommandent au mari d’aimer sa femme.
Dimanche dernier, nous lisions le chapitre précédent de cette première lettre aux Corinthiens. « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, membres de ce corps ». La liste des types de personnes qui ont un rôle puis des dons, ou charismes, au service de tous indique l’unité et l’unicité du corps dans la diversité des fonctions et des dons.
Paul recommande de « rechercher les dons les meilleurs ». Mais quels sont-ils ? La formule est étrange qui fait suite à un plaidoyer pour la diversité et pour le respect et l’intégration des membres les plus faibles et les moins honorables. Paul ne le dit pas ; il se contente d’indiquer une voie supérieure, celle de l’amour. « Recherchez avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence. »
L’amour n’est donc pas un don pour faire vivre le corps mais la façon dont chaque charisme est au service de tous. Il n’est pas le don de quelques uns mais le chemin de tous. « Tout ce que vous faites, que ce soit toujours avec amour », résume Paul à la fin de sa lettre.
Le mot employé en grec est agapè. Les latins ont traduit par caritas, charité, ce qui est cher, que l’on chérit. La traduction paraît bien réductrice. En français, aimer ou amour peuvent se dire de bien des manières et le mot charité paraît désuet ; il est de moins en moins synonyme d’amour. Faudra-t-il traduire par solidarité ou partage ? Certains diront que l’on en réduirait le sens dans une dimension seulement humanitaire, sans référence à Dieu. On pourrait cependant espérer que la solidarité soit commandée par un amour plus grand, soit la voie d’excellence pour mener sa vie, que l’on soit chrétien ou non, croyant ou non.
Ainsi donc, le chemin supérieur pour faire vivre dans sa diversité l’unique corps du Christ auquel tous ont part, c’est quelque chose comme l’amour, la solidarité (des membres), le partage, l’attention à tous, à commencer par les membres plus faibles et moins honorables. « Dieu a disposé le corps de manière à donner davantage d’honneur à ce qui en manque, pour qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais qu’au contraire les membres se témoignent une mutuelle sollicitude. » L’amour, voie la meilleure, est sollicitude de chacun envers chacun. Le partage et la solidarité vont en effet pas mal avec la « sollicitude mutuelle ».
L’excellence de l’amour ne consiste pas à faire des trucs extraordinaires. « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, j’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, distribuer toute ma fortune aux affamés, me faire brûler vif » « si ne n’ai pas l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien, cela ne me sert à rien. »
La voie de l’excellence, ce n’est pas être le meilleur, y compris en matière de foi. C’est disparaître, s’effacer, placer l’autre d’abord. La description de l’amour qui « rend service et ne recherche pas son intérêt » nous ramène au cœur de l’évangile et de ce que j’ai tenté dernièrement d’exprimer grâce au poète, « l’effacement soit ma façon de resplendir ». Le portrait de l’amour est celui de Dieu même : il s’efface pour que nous vivions et ainsi resplen­dit. Dans la tradition johannique, le même mot d’agapè permet de dire : « Dieu est amour ».
On ne risque pas de perdre Dieu à s’engager dans la solidarité et le partage, dans la charité ; au contraire, on a toute chance de le trouver, parce que « Dieu est amour », Dieu est charité, Dieu est solidarité et partage. Plus que partage, il donne tout, sa propre vie, lui-même.
On comprend que le chapitre se termine en affirmant que des trois, la foi, l’espérance et l’amour, le plus grand des trois, le seul à demeurer, c’est la charité. Dieu est plus grand et demeure. « S’il me manque l’amour, je ne suis rien ». Si Dieu me manque, je ne suis rien. La plus haute mystique rejoint le service des plus petits. « Le Seigneur est là, au milieu des marmites », dirait Thérèse de Jésus. Voilà peut-être le meilleur titre de l’hymne à la charité.

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