vendredi 23 juin 2017

"Ne craignez pas ceux qui tuent le corps" (12ème dimanche du temps)



Quand Jésus s’est-il rendu compte que sa manière de comprendre la vie humaine le mettait en danger, lui et ses disciples, par rapport aux pouvoirs politique et religieux ? Sa compréhension de la foi, de la vie en société, du rôle de chacun vis-à-vis du prochain semblent assez vite l’avoir posé en porte-à-faux, non de façon circonstancielle mais structurellement, puisque ceux qui seraient ses disciples étaient menacés de la même violence.
La figure du prophète assassiné ou pour le moins persécuté se rencontre plusieurs fois dans les Ecritures avec Elie qui fuit Jézabel et Achaz, avec Jérémie que l’on jette dans une citerne pour s’en débarrasser, avec la mort de Zacharie, personnage assez inconnu, entre le temple et l’autel comme le dit Jésus.
Jésus semble avoir conscience assez rapidement que ce qu’il pense et vit le met en danger. Le conflit ne pourra pas se régler par un peu d’eau dans son vin, parce que l’amour du frère, le service du frère, ne tolère aucune limitation, aucun compromis. Pour Jésus, comme pour ses disciples, l’autre est un absolu avec lequel on ne saurait transiger, parce que le visage de l’autre est le Sinaï où se révèle son Dieu et père.
La vie des frères concerne Dieu lui-même, puisque tout homme a été créé à son image et ressemblance, de sorte qu’autrui ne peut qu’être toujours aussi une fin, et jamais seulement un moyen. S’il y a des choses avec lesquelles il faut s’arranger, parce que la vie, dans les circonstances de l’histoire, n’a pas la simplicité naïve et coupable d’un « y’a qu’à » « faut qu’on », ce sera tout le reste mais pas cela. Autrui est reconnu comme une fin, autrui est inaliénable parce qu’il est à l’image du créateur, la vie d’autrui est sacrée c’est-à-dire qu’elle concerne Dieu au premier chef.
Il faut que la prééminence du frère soit totale ou alors elle n’est pas. Jésus ne répond pas à la question « qui est mon prochain ? » A déterminer le prochain, on le choisit, et partant, on a déjà exclu certains, ce qui ne se peut. Jésus retourne la formulation. « De qui le samaritain s’est-il montré le prochain ? » Autrement dit, tu n’as pas à choisir ton prochain, mais débrouille-toi à faire en sorte que tout homme puisse trouver en toi un prochain.
Oui, il y a une radicalité de la religion, et même du christianisme. Il ne peut y avoir de foi et d’évangile sans radicalité. Mais la radicalité de Jésus n’est pas une doctrine qu’un pouvoir permettrait de défendre, fût-ce par la violence. La radicalité de Jésus est celle du service, jusqu’à la mort, le cas échéant. La radicalité évangélique est contraire à la puissance, et l’on sait combien l’inquisition, les croisades, les guerres de religions et autres abus de pouvoirs contemporains sont contre-témoignage. La radicalité évangélique, si elle conduit à la mort, c’est à celle du disciple. Mais veille encore le Père : « même les cheveux de votre tête sont tous comptés ».
Certes, il ne suffit pas d’avoir des ennemis pour avoir raison, il ne suffit pas d’être persécuté pour être dans le vrai. Mais que serait une vérité pour laquelle on ne s’engagerait pas totalement ? Ce qui ne justifie pas que l’on donne sa vie a peu de chance d’être vrai.
La vérité dont il s’agit avec Jésus, celle pour laquelle il est mort, cœur de son enseignement, réside en ceci : il n’y a qu’un commandement, l’amour de Dieu de tout son cœur, de toute sa force et l’amour du prochain. Parce que c’est l’autre au service duquel Jésus se met, le Père et les frères, la radicalité évangélique ne peut être source de la violence, seulement, parfois, cible de la violence.
Nous n’allons évidemment pas chercher le martyre. Mais si jamais notre vie n’est en porte à faux à cause du prochain que le Père a adopté comme son enfant bien-aimé, pouvons-nous nous dire disciples de Jésus ?
Jésus se prépare à être le prophète assassiné, non par masochisme ou parce qu’il serait suicidaire. Seulement par fidélité. Défendre l’autre le mettait parfois en danger, protéger la vie de l’autre, c’était pour Jésus donner sa vie. Et pour nous ?

2 commentaires:

  1. Il me semble,et je dis bien :il me semble,que vous réduisez le Christ à un héros humain absolument admirable certes, mais pas du tout le Fils de Dieu. Par ailleurs dans la citerne n'est-ce pas plutôt Joseph que Jérémie qui a subi cet enviable sort?

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  2. C'est facile, vous tapez sur internet Jérémie et citerne, et vous trouvez. Encore faut-il imaginer que l'on puisse ne pas tout savoir...
    Mais voilà, vous savez.

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