12/10/2013

Tous sont guéris, un seul fait eucharistie (28ème dimanche C)

Voilà un évangile eucharistique (Lc 17,11-19). Le mot n’est malheureusement pas traduit dans notre version, mais il est en toute lettre dans le texte. On lit au verset 16 : Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce, en l’eucharistiant.
Bien qu’il n’y ait nulle trace de pain ni de vin, de présence réelle ni de tabernacle, le récit est une catéchèse eucharistique. C’est que l’eucharistie n’est pas ce rite hypertrophié qu’on en fait parfois. Elle est l’action de grâce, le remerciement de l’homme rendu à la vie, débarrassé de sa lèpre.
Le récit de la guérison met en scène une réinsertion dans la société de ceux qu’on a exclus pour ne pas risquer la contagion d’une maladie aussi terrible qu’incurable. Ils ne sont déjà plus de ce monde, les lépreux, tant que la médecine n’a pas trouvé comment les soigner. Ils vivent comme des morts, dans les tombeaux de la société, dans ses poubelles.
Qu’il s’agisse dans l’évangile de lèpre, comme dans la conversion de saint François d’Assise, signifie bien d’avantage que s’il l’on avait parlé d’une autre maladie. Ces hommes, ces dix hommes, ne reçoivent pas la guérison, mais sont rendus à la vie, sont ressuscités. Ces dix lépreux expriment la multitude qui reçoit la vie, non de sa naissance du sein d’une mère, mais de la renaissance, celle de l’homme nouveau. Eucharistie et résurrection vont toujours de pair. Don de la vie et action de grâce pour ce don, pour la vie ; action de grâce qui donne de pouvoir vivre de ce qui fait vivre plus consciemment.
C’est que la vie nouvelle ne se voit pas tant que cela. Tous ne la connaissent pas même si tous en sont les destinataires et les bénéficiaires. La vie paraît tellement due, évidente, destinée de l’homme, que l’on s’aperçoit de sa gratuité lorsqu’elle manque. Mais lorsqu’elle est là, on peut ne pas la voir. La vie nouvelle est grâce, gratuité, sans raison. Or, hier comme aujourd’hui, tout ce qui n’a pas de prix, tout ce qui ne coûte rien, ne compte pas.
Drôle d’expression d’ailleurs, que ce ça n’a pas de prix. On veut justement dire que c’est de l’ordre de la démesure, de ce qui échappe à la mesure. La vie de l’homme n’a pas de prix, la vie de l’homme non pas comme produit biologique, mais comme existence devant l’autre, devant Dieu. Et voilà ce dont tous, les dix, il n’en manque pas un, voilà ce dont tous, la multitude, sont les bénéficiaires. Sang versé pour la multitude, sang versé pour tous, qu’il n’en déplaise à ceux qui imaginent que Jésus aurait écarté quelques uns de son don !
Que faire à recevoir cette vie ? Que faire comme hommes nouveaux ? Rien, pensent certains. Tout cela n’est que dû. Ou plutôt, ils ne pensent pas qu’il y ait quelque chose à faire tant la vie est due. Un seul revient. Drôle de type, un étranger, un schismatique, un hérétique, un juif pas tout à fait juif, un type venu d’ailleurs. Non seulement il errait dans les tombeaux de la société, mais encore il n’était pas de cette société, marginalisation au carré.
Cela doit demeurer une curiosité l’action de grâce, l’eucharistie. Recevoir la vie comme un don, la vie nouvelle, et non la réclamer comme un dû, voilà qui étonne hier comme aujourd’hui. Tous ne font pas eucharistie, mais un seul. Tous, la multitude a été guérie.
Et notons que ce pour quoi ce samaritain fait eucharistie, notons que l’eucharistisation de Jésus si j’ose transcrire littéralement, n’est pas un morceau de pain et en droit un peu de vin qui en pratique n’est jamais distribué. Nous ne rendons pas grâce pour le pain et le vin. Nous ne faisons pas d’action de grâce après la communion comme si ce que Dieu nous avait donné c’était ce pain et ce vin ! Ce qu’il donne, c’est la vie. Et nous rendons grâce en venant encore nourrir cette vie, en recevant encore, en mangeant le pain et buvant le vin.
La gratuité de l’eucharistie, de l’action de grâce, répond à celle du don par Dieu de la vie. Un seul revient, tous, la multitude est guérie.
Le Seigneur n’est pas caché dans le tabernacle. La présence réelle n’est pas autre chose que l’Esprit, invoqué sur les oblats et sur l’assemblée, qui donne la vie, qui ressuscite, qui donne son souffle, divin, à l’homme nouveau. Et lorsque nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous donnons chair, matière, au don par Dieu de sa vie. Le don de Dieu ne se voit pas. Le sacrement, signe visible et efficace le rend visible.
Catéchèse eucharistique que ce récit de la guérison des dix lépreux. Invitation à ouvrir les yeux non sur les espèces consacrées, mais sur ce qu’elles désignent. Le sage indique la lune et l’imbécile regarde le doigt. Il ne faudrait pas que nous soyons les imbéciles de l’eucharistie à regarder l’hostie et à ne pas voir le don de Dieu, à réduire le don de Dieu à une hostie !


05/10/2013

"Augmente en nous la foi." Et puis quoi encore ? (27ème dimanche C)

Augmente en nous la foi (Lc 17,5-10) Quelle demande ! La foi se quantifie-t-elle, peut-on l’avoir plus ou moins ? Faut-il en faire une possession, un truc qu’on se procure comme n’importe quel bien de consommation ? Augmente en nous la foi. Quelle demande incongrue ! Quel blasphème ! Quel sacrilège ! On se croit bon, bon élève, à demander que le Seigneur augmente en nous la foi, mais on est l’hypocrite, le marchand du temple, qui transforme le plus sacré, la prière et la foi, en mercantilisme.
Pour preuve la réponse de Jésus. « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. » A Rio, sur la plage de Copocabana, trois millions de personnes, un pape, des centaines d’évêques, des milliers de prêtres et de religieuses. Ils auraient bien été incapables d’envoyer un arbre dans la mer ! Tout ce monde, ce beau monde, n’aurait-il pas la foi même comme une graine de moutarde ?
Demande que Jésus traite avec miséricorde, répondant par une boutade. Est-il possible d’avoir moins de foi qu’une graine de moutarde ? Moins signifierait rien !
Demandez-vous d’aimer plus vos enfants ou parents ? Que signifierait aimer plus son conjoint ? Machine à culpabilisation, soupçon de n’en faire jamais assez, évidence prétendue qu’on pourrait en faire toujours plus. Méfions-nous de ne pas en faire trop ! Nous formulerions des demandes blasphématoires. Mieux vaut un mot d’esprit pour remettre les choses en place : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. »
Si la foi est un attachement à Jésus, pouvons-nous lui être attachés plus ou moins ?
Evidemment, si la foi c’est croire des trucs, le catéchisme, on peut y adhérer plus ou moins. On peut même y adhérer sans y croire, comme Maurras ! Certaines choses vont bien : on croit en un être supérieur qui est à l’origine de tout. Il faut bien qu’il y ait quelque chose ! Il faut bien avoir un peu d’espoir, alors, oui, après la mort, nous retrouverons ceux que nous avons aimés, alors non, ils ne sont pas vraiment morts, ils continuent à vivre, à nous habiter, voire à habiter à côté, juste à côté, de l’autre côté du chemin.
Mais la foi, ce n’est pas, fondamentalement, une histoire de trucs auxquels il faudrait adhérer, Les sept dons de l’Esprit, la virginité de Marie, la marche sur les eaux, etc. Non, la foi c’est la suite de l’ami, la poursuite du frère, ou peut-être mieux encore, le consentement à se laisser poursuivre par celui qui nous saisit.
Vous consentez ou non ? Y a-t-il en matière de relation du plus ou du moins ? Je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout. Comptine crypto-érotique qui met en scène le désir, excite mais qui ne parle pas de la relation. Une nouvelle fois, que signifierait que j’aime mon père un peu plus ou un peu moins ? Un peu plus que quoi, un peu moins que qui ? C’est plutôt une autre chanson, ouvertement dragueuse qui est dans le vrai : tu veux ou tu veux pas ?
Le catholicisme est un système culturel et social, et l’on peut y tenir plus ou moins. Mais la foi n’est pas le catholicisme. Il faudra même sans doute que meure le catholicisme pour que la foi soit mieux comprise. Et la crise de l’Eglise me semble être exactement cela. Nous sommes les contemporains de l’agonie du christianisme. Et c’est tant mieux ! Et le vieux pape précédent ne s’en remettait pas. Oui, avec le mariage pour tous, avec l’euthanasie et l’IVG, avec la recherche embryonnaire, avec le capitalisme triomphant meurt la régulation chrétienne de la société. Un monde ancien s’en est allé. Un monde nouveau germe déjà, a déjà bien bourgeonné, ne le voyez-vous pas ?
Et que se passe-t-il dans ce monde ? Se pose notamment, la question de la foi. Elle ne se pose peut-être pas en priorité. Car ce sont les désespoirs des hommes qui doivent nous préoccuper d’abord, comme cette semaine à Lampedusa. Mais puisqu’aimer ce monde, aimer le frère, c’est suivre Jésus, alors, la question de la foi se pose aussi dès l’abord. Tu consens ou non ? Tu veux ou tu veux pas ?
Et nous qui prétendons explicitement avoir consenti, qu’aurons-nous ? Question encore plus blasphématoire et sacrilège que Jésus ne laisse pas le temps de poser, répondant par avance. Y a-t-il récompense à aimer notre conjoint et nos enfants ? Comme si ce n’était pas déjà joie parfaite d’aimer. Faut-il que nous n’ayons rien compris à la foi pour demander ou penser demander ce qu’il y aura pour nous. « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir.' » Le Seigneur n’est pas ingrat. Il nous demande juste d’ouvrir sur les yeux de la chance que c’est de se savoir aimé par lui, d’avoir la foi. Qui ne voudrait pas être aimé ?


28/09/2013

Faire main basse sur l'évangile (26ème dimanche C)

Le catholicisme a perdu la classe ouvrière, disait-on. Le catholicisme occidental voit ses effectifs s’effondrer avec l’accroissement de la richesse. Et c’est vrai partout dans le monde, plus on est aisé, moins on est croyant. Ce n’est pas pour rien si la majorité des chrétiens se trouve aujourd’hui dans l’hémisphère sud. Un riche et le pauvre Lazare…
Inversement, les communautés qui demeurent dans les pays riches sont plutôt constituées de gens aisés. Nos communautés ne sont évidemment pas monolithes, mais force est de constater que leur sociogramme ne coïncide pas avec celui de la société. Les riches auraient-ils fait main basse sur l’Eglise ? Les propos de François, pape venu de l’hémisphère sud, pourraient le laisser entendre. Un riche et le pauvre Lazare…
Il ne s’agit pas de culpabiliser ou de faire la leçon. En s’interrogeant sur une évidence, aussi désagréable soit-elle, il s’agit seulement de ne pas passer à côté de l’évangile. L’évangile est provoquant, intempestif et, si nous ne voulons pas l’entendre, pouvons-nous encore nous dire disciples de Jésus ?
Il s’agit tellement peu de faire la leçon qu’il faut commencer par recevoir une leçon. Nos communautés chrétiennes sont généreuses. Elles ont entendu que le pauvre Lazare est le frère dont nous sommes responsables. Combien de milliards d’euros nos communautés occidentales donnent-elles chaque année en dehors de l’impôt ou des structures étatiques et obligatoires qui régissent la solidarité et le partage ?
Nos communautés riches font d’ores et déjà du partage une dimension importante de leur vie. Mais alors, la parabole aura-t-elle encore quelque chose à nous apprendre ? Pourquoi l’écouter encore si nous avons intégré sa leçon, si nous sommes exemplaires et qu’à bien des égards, les chrétiens sont des prophètes du partage dans ce monde ? On ne va pas faire la liste des ONG catho qui viennent au secours des plus pauvres. En cette année de quatre centième anniversaire de l’œuvre saint Louis, nous pouvons nous réjouir d’avoir reçu en héritage une institution qui fait du don le centre de ses actions, qui, au nom de l’évangile, vient en aide à ceux qui en ont besoin à hauteur d’au moins 250 000 euros par an !
Le riche et le pauvre Lazare… Pourquoi cet antagonisme évangélique entre richesse et évangile ?
Le riche est celui qui fait main basse sur tout ce qu’il veut. C’est celui qui possède. Sans doute légalement, il a acheté, ou du moins se faisant croire que sous prétexte qu’il a de l’argent il peut tout se permettre, acheter ce qu’il veut, les esclaves d’aujourd’hui, le travail des enfants, etc. On est dans la loi, dans la morale, on peut sans que rien ne soit dit, mettre la main sur tout ce qu’on veut et participer à l’exploitation des plus pauvres. C’est ainsi que nos pays ont colonisé ceux que nous disons aujourd’hui pays pauvres, c’est ainsi que l’on peut comprendre qu’en cette période de crise, les plus riches, certains d’entre nous sans doute, ce sont enrichis encore, alors que les plus pauvres le sont davantage.
Les riches, nous, allons jusqu’à faire main basse sur l’Eglise. Et là se noue l’antagonisme, de façon non pas plus grave, mais plus terrible. Au nom de l’évangile, on tue l’évangile. En défendant l’évangile, nous les riches, nous l’annulons. Et François dénonce le scandale. La saillie de la semaine : « On ne connaît pas Jésus en première classe. » Certains applaudissent, d’autres sont gênés, mais n’osent trop rien dire. Les évêques en ont pris plein la mitre, mais qu’en est-il de nous tous qui sommes aisés ? Faudra-t-il comme saint François tout donner, tout abandonner ? Un copain me confiait il y a quelques temps qu’avec 6000 euros par mois à deux salaires avec deux enfants, ils n’avaient pas l’impression d’être riches…
Les riches font main basse sur l’Eglise non seulement en versant ou pas le denier de l’Eglise. C’est une manière comme une autre de prendre le pouvoir sur les prédications. Les riches font main basse sur l’Eglise en occupant l’espace. Les pauvres, ici comme ailleurs, ont droits aux marges. Les riches font main basse sur l’Eglise parce qu’ils ont réussi à se faire les défenseurs de l’évangile. Ils sont du bon côté même s’ils se moquent dans les faits de tout ce chapitre de Luc qui crie l’opposition entre richesse et évangile.
Comme ces paroles sont dures ! Qui pourra les entendre ? Un riche et le pauvre Lazare… Je ne sais pas que dire de plus. Je sais bien que je suis du côté des riches. Est-ce une raison pour ne pas entendre l’intempestif, la violence de l’évangile ? Ce n’est pas parce que nous ne savons pas que faire, ne savons pas changer nos vies et le monde qu’il faudrait ne pas entendre l’évangile et sa violence provocatrice. Un riche et le pauvre Lazare…

14/09/2013

" C'était mon fils et je l'aimais" (24ème dimanche C)

L’évangile de Luc est parfois appelé évangile de la miséricorde. Le chapitre quinze que nous venons de lire avec ses trois paraboles mais aussi plusieurs traits spécifiques comme le pardon au « bon » larron, explique cette dénomination. L’opposition suscitée par l’attitude de Jésus, par sa manière d’être d’amour et de pardon, n’en est que plus violente. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Peut-on tout pardonner ? Peut-on frayer avec les salauds d’hier et d’aujourd’hui ? Un drôle de type, avec un fils sans doute un peu rangé des voitures depuis quelques années, mais qui avait un casier chargé, a dit à l’occasion de l’assassinat de ce fils à Marseille la semaine passée : C’était mon fils et je l’aimais.
Les pharisiens et les scribes de la presse, de ses lecteurs, qui n’allaient pas pleurer sur un règlement de compte dans le milieu, nous donc, en avons eu pour notre grade. Leçon d’évangile, non qu’il faille canoniser ce père, leçon de vie, dictée par ses seules entrailles : C’était mon fils et je l’aimais.
Entrailles, c’est l’étymologie du mot miséricorde. Etre pris aux trippes, mieux, car ce n’est pas l’estomac dont il s’agit, mais de la matrice, des entrailles maternelles qui ont porté tous les enfants du monde et qui se révoltent, blessées à mort par la mort de leurs fruits.
Une semaine avant, à Aranjuez, un tableau de la mort d’Absalon. Et devant ce fils suspendu dans les branches d’un arbre, résonne le cri du père, David, qui apprend la nouvelle de la mort de son traite de fils, de celui qui était décidé à le tuer pour prendre sa place. Absalon, mon fils, mon fils, Absalon. C’était son fils, et il l’aimait.
C’était dimanche sur France culture, devant Eichmann en sa prison ou Saddam Hussein sortant hirsute de son trou à rats, devant l’homme à terre, même bourreau, peut-on tirer, faire feu, ignorer, ne pas être pris aux entrailles ? Pourtant, cette semaine encore, des rebelles syriens se sont vengés sans jugement aucun en exécutant leurs prisonniers de guerre. Pourtant nous sommes ou avons été jaloux d’un frère ou une sœur pardonné, pourtant nous sommes intraitables avec les salauds. Que l’on partage son repas avec eux nous révulsent.
Les paraboles du chapitre quinze, la confession d’un père orphelin de son fils et la lamentation de David nous empêchent de parler comme nous le faisons, scandalisés par l’injustice de la réhabilitation des pécheurs, ce qui nous semble l’injustice de la réhabilitation des pécheurs. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Dieu aime, comme un père, inconditionnellement. Il n’y a aucune condition à l’amour de Dieu. Contrairement à ce que nous racontons souvent, au caté ou ailleurs. Si tu es sage, si tu fais des sacrifices, si tu agis bien, le Seigneur sera ton appui. Même les psaumes disent cela. C’est mon fils et je l’aime dit Dieu. Tu es mon fils, ma fille, et je t’aime dit Dieu. Or le Seigneur ignore le conditionnel. Voilà un temps qui ne s’enseigne pas dans les écoles du paradis, ou alors seulement pour rêver : si les hommes étaient comme leur père, amour et vérité se rencontreraient, justice et paix s’embrasseraient.
Ce qui rend non seulement acceptable mais indispensable cette inconditionnalité divine, ce n’est pas que même des hommes en soient capables, comme ce marseillais, comme David. C’est que nous sommes des salauds. Il ne s’agit pas de misérabilisme, de coulpe battue pour s’humilier et ainsi se croire humble.
L’inconditionnalité de l’amour du Père nous révèle à nous-mêmes tels que nous sommes, non pour nous écraser, mais au contraire pour nous relever, nous ressusciter. Evangile de résurrection que ce chapitre. L’inconditionnalité de l’amour est bonne nouvelle, est l’évangile. Nous voulons accueillir cet amour inconditionnel pour nous-mêmes alors nous ne pouvons qu’y consentir en faveur de tous. Comment pourrais-je réclamer que les publicains et les pécheurs soient laissés à leur vilénie si je veux être relevé de la mienne ?
C’est seulement cela, si l’on ose dire, la vie éternelle. Etre cherché, retrouvé, relevé par l’amour inconditionnel. Pour accomplir le dessein de l’amour du Père, le fils nous aima jusqu’à l’extrême. Et nous sommes vivants. Relevé, c’est ainsi qu’on dit ressuscité en grec.
Nos paraboles parlent effectivement de résurrection. C’était mon fils et je l’aimais. En disant cela, le père écrasé par la douleur relève son fils de son mal et interdit toute condamnation facile et posthume. Saluant son fils, il en sauve la mémoire. Le père de la parabole ne fait pas autre chose. Son amour est salut, relèvement, ce que l’on appelle résurrection. Mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie. Et pour que nous entendions bien la bonne nouvelle de la résurrection, parce que nous ne ouvons espérer la vie pour nous sans la vouloir pour les frères, même détestés, l’évangile répète : ton frère était mort et il est revenu à la vie.

13/09/2013

Canonisation de Jean-Paul II ?

Pour notre plus grande joie, la réception de Gustavo Gutierrez ressemble à la nomination par Jean XXIII des Congar, Lubac et autres comme experts au concile.
Pour notre plus grande tristesse, cela donne raison à nos réserves sévères quant aux deux précédents pontificats, qu'il faudra juger aussi impartialement que ceux de Pie XII et Pie X, quoi qu'il en soit de la canonisation du dernier et de celle proche de JP II. Et je n'invente rien, tout cela est écrit dans les livre de G. Miccoli, Le pontificat de JP II, un gouvernement contrasté, Lessius, Bruxelles 2012 (l'édition italienne est de 2007).
Avec la théologie de la libération, il y eut le limogeage de Pedro Arrupe. Par deux fois en deux mois, François est allé se recueillir sur sa tombe au Gésu. Il y eut l'aveuglement devant ce brigand pervers de fondateur des Légionnaires. Et si vous avez besoin d'aide pour allonger la liste, allez lire Miccoli ! Et l'on n'aura pas même besoin de parler de ce qui a conduit B XVI à démissionner (Quel humble pasteur !).
L'Eglise ne veut pas se déjuger. Même François n'en est pas là. Il n'aura pas le cran de ne pas canoniser JP II. Il se contente de réhabiliter. Dans la liste des réhabilités, il faut ajouter Romero.
Désolé d'avoir eu raison à critiquer les précédents pontificats. Désolé pour ceux que ces lignes exaspéreront, encore plus pour le risque d'insultes que je recevrai, mais assez de la papolâtrie, que le Pape mène bien la barque ou non d'ailleurs. Nous ne sommes pas les disciples du Pape, mais du Christ.

07/09/2013

Le savoir de la foi (23ème dimanche du temps C)

L’extrait du livre de la Sagesse (9,13-18) que nous avons entendu expose une théorie de la connaissance. Qu’est-ce que l’homme peut savoir de Dieu, alors que déjà il ne comprend pas grand-chose au monde qui l’entoure ? Que peut-il savoir sans Dieu qui lui envoie la sagesse ? Ce qu’il y a de droit dans la connaissance de l’homme, c’est ce qui vient de Dieu, ce qui est conforme à la sagesse divine.
Je ne conteste pas la limitation de notre connaissance. Ce que nous savons chacun est si peu par rapport à ce que nous savons ensemble, et ce savoir de l’humanité est fort peu, aussi impressionnant soit-il, par rapport à ce que nous ignorons encore.
Je ne conteste pas non plus le mouvement descendant de la connaissance. Ne dit-on pas : une idée m’est venue. Cette idée, qui est bien de moi, c’est comme si elle m’était venue d’ailleurs. Rien de mieux que le mythe pour exprimer ce statut paradoxal de la connaissance. On trouve cela chez Platon qui ne renierait rien des versets du livre de la Sagesse. Reste juste à dire ce que cela veut dire. Si on avait eu recours au mythe c’est justement parce que l’on ne savait pas rendre compte de ce qu’est la connaissance, mienne et cependant transcendante.
Je ne conteste pas enfin que la justesse de la connaissance puisse s’exprimer comme conformité avec un modèle, et pourquoi avec le savoir divin. Mais qu’est-ce que le plan de Dieu sinon une expression mythologique ou pour le moins anthropomorphique ? (J’exprimerais cependant des réserves, car la compréhension du vrai comme adéquation entre le dire et le réel a du plomb dans l’aile. Est-elle valide en dehors de ce qui est vérifiable et mathématisable ? La vérité d’un amour n’est pas affaire d’adéquation, mais d’engagement dans une manière, toujours située, perspective, de se comprendre et de comprendre le monde.)
Certains imaginent que leur amour est vrai puisqu’il est conforme au plan divin, que c’est Dieu qui les a fait se rencontrer, ou entrer au séminaire, mais là justement réside la difficulté. Comment savoir ce que Dieu pense ?
Oui, d’accord avec le livre de la Sagesse, je ne pourrais rien savoir de Dieu si Dieu ne s’était fait connaître. Mais concrètement, comment se fait-il connaître ? D’accord avec le livre de la Sagesse, Dieu a quelque chose à voir avec la vérité, y compris celle de nos existences, si fragiles et historiques. Mais comment ? Le discours biblique n’est pas une épistémologie, une théorie de la connaissance, et le lire ainsi, c’est le trahir, lui faire dire autre chose que ce qu’il vise.
Depuis le XVIe siècle, la tarte à la crème de la théologie, la solution passe-partout, c’est la révélation. Or jamais dans l’histoire de la pensée chrétienne, la révélation n’avait désigné un contenu, un message sur ce que Dieu pense. La révélation est l’acte d’un Dieu qui donne, qui se donne. Dans la foulée des Modernes, nous autres, surtout les techniciens et les ingénieurs, avons tendance à penser la vie selon un modèle scientifique, et nous nous enfuyons dans l’irrationnel dès qu’il s’agit de parler des sentiments, de la philosophie ou de la foi. A la fois nous prétendons voir l’action de Dieu dans notre vie comme on voit quelqu’un dans la rue, à la fois, si l’on nous demande de nous justifier, nous répondons, c’est le mystère. Le fait que nombre des prêtres aujourd’hui aient fait des études d ingénieurs, loin des humanités, leur ferme les portes de la théologie sauf s’ils font un véritable effort pour penser autrement. Ne faisons du premier degré du mythe la réalité de Dieu ! Nous serions comme des enfants qui croient au père Noël ! Mise à part le fait que Dieu se donne, nous ne savons rien de Dieu et la révélation est une non réponse. Ou alors elle est mythologie, dans ce cas mensongère, qui dissimule notre ignorance et fait croire que l’on sait.
Mais Dieu n’envoie pas des messages par un téléphone céleste ! L’évangile le dit, c’est à l’homme de s’asseoir et de réfléchir pour savoir ce qu’il peut engager, construction d’une tour, déclaration de guerre ou accord de paix. Que l’on ne croie pas que la foi donne des réponses là où la connaissance humaine fait défaut. La foi bouche-trou n’est pas la foi, comme l’écrivait Bonhoeffer. Laissons aux pentecôtistes de tout poil ce sinistre privilège de communiquer avec le divin. Leurs sectes font des ravages, aux Etats Unis et surtout dans les pays pauvres. Et nous autres catholiques, méfions-nous de ne pas être contaminés. Je vois tant d’entre nous qui manifestent leurs différences d’avec les protestants, mais quand il s’agit d’évangélisation, sont comme les baptistes ou les évangélistes, fondamentalistes, non certes des Ecritures, mais du catéchisme de l’Eglise catholique !
Pour nous, la volonté de Dieu, n’est pas une affaire de divination, de message divin, ni même de prière ou discernement. Qui peut parler au nom de Dieu ? Lorsque l’Eglise s’y est essayée, elle a écrit les pages les plus sombres de son histoire. Nous sommes invités à beaucoup plus de modestie. La folie des grandeurs est source des pires violences. Nous ne savons de Dieu que ce que la trace de son absence inscrit en nous, un immense désir amoureux. Nous ne savons de Dieu que ce que nos propos et toute notre vie, compris comme des réponses, laissent deviner d’un appel inaccessible, évanescent. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas une révélation au sens de messages et encore moins un catéchisme ! D’ailleurs s’il y a un catéchisme, c’est bien que les prétendus messages de Dieu ne sont pas si clairs !
L’évangile de ce jour (Lc 14,25-33) nous donne une clef pour la connaissance. Celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. Vous me direz, ce genre de clefs mène au fanatisme et fait que l’on tue père et mère sous prétexte de préférer le Christ. Mais on aura mal lu. Car si l’on renonce à tout ce qui nous appartient, on renonce aussi, et d’abord, à ce que l’on croit savoir de Dieu. Le chemin de la connaissance de Dieu, c’est le consentement à ne plus rien savoir, ou plutôt à savoir que tout ce que nous disons de Dieu, ce n’est pas ça, pas ça, pas ça, jamais ça.
C’est étonnamment le même chemin que celui du chercheur, de l’amoureux et du chrétien. Ce n’est jamais cela ; c’est pour cela qu’ils continuent à avancer dans la nuit de l’ignorance, éclairés seulement pas ce qui de cette quête est à l’origine, insaisissable, qui se laisse deviner seulement dans le fait qu’elle nous a mis en route sur le chemin de la connaissance et de la vie.

31/08/2013

Le monde à l'envers (22ème dimanche C)

Mettre le monde à l’envers, ou plutôt, montrer que le monde marche sur la tête. Que le premier se fasse dernier est sans doute une hyperbole, une exagération que les deux petites paraboles évangéliques du chapitre 14 de Luc mettent en scène. Il ne s’agit pas d’humilité, ou du moins il s’agit de bien plus, de plus important au point qu’à parler d’humilité, sous prétexte justement d’humilité, on obstrue le sens, on triche, on ment, pour ne pas entendre cette chose à laquelle personne ne veut véritablement croire, même si beaucoup le savent : ce monde marche sur la tête.
Faut-il des exemples ?  Les paraboles nous en fournissent comme un creux. Tout homme est fondamentalement égal à l’autre, même si les circonstances de sa naissance ou de sa culture le contestent. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, dit la déclaration des droits de l’homme de 1789. Ce n’est pas assez. Car ce n’est pas dans les droits seulement qu’il en est ainsi, mais de droit.
Or cette égalité, nous la bafouons sans cesse. Qu’entre ici l’Ambassadeur ou notre mendiant aux pieds nus, lequel aura notre considération ? Oui, je sais, j’exagère. Mais ne venons-nous pas d’entendre : quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ? L’évangile, et Jésus, sont politiques !
L’évangile n’est pas condamnation de ce monde. Ce n’est pas possible s’il est vrai que Dieu a tant aimé ce monde. Mais assurément, ce monde que nous sommes invités à aimer comme Dieu lui-même l’aime, nous devons le regarder comme il est, non pas chez le voisin, mais chez nous, à l’envers. Il est bien facile de dénoncer le renversement, le pervertissement du monde, paille dans l’œil du frère quand on ne voit pas la poutre dans le nôtre.
Alors pas de fausse humilité qui nous fait être discret mais une révolution y compris politique. Pas de vertu qui nous fait nous absenter des lieux d’injustices ou y prospérer anonymement, mais un retournement de nos propres manières de penser, dans nos familles, dans nos sociétés, pour la planète, dans l’Eglise.
Alors que l’année commence, il serait déplacé que le prédicateur propose un examen de conscience, accusateur, qui le mettrait d’ailleurs dans une posture impossible, celle de dénoncer avec la poutre de son œil la paille dans l’œil de son auditoire. Mais qu’au moins, il puisse faire résonner dans nos cœurs plus encore que dans cette nef, la parole de Jésus : remettons le monde dans le bon sens, non la chose la mieux partagée, car ce bon sens là est souvent celui de la loi du plus fort ; remettons le monde dans le bon sens, dans le mouvement même de l’évangile, exposé par Luc dès le chapitre premier : il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles, il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides, il relève son serviteur.
Nous savons d’ailleurs que nous avons été nous-mêmes élevés quand nous avons été obligés de reconnaître notre petitesse, ou que nous avons consenti à notre faiblesse.
L’appel de Jésus à prendre la dernière place est indispensable plus encore pour qui prétend savoir et dénoncer que le monde va à l’envers, sens dessus dessous. Nous nous ferions dénonciateurs de ce monde en usant de la puissance comme le monde ? Voilà le suprême orgueil, la suprême violence de l’abus de pouvoir, à l’opposé de l’humilité que nous voulions lire dans nos textes. Si Dieu a jamais dénoncé ce monde, quand Dieu condamne un monde au service des puissants, il ne le fait jamais, contrairement à ce que montre par exemple le Jugement dernier de Michel Ange, par la puissance mondaine et violence ou les médisances assassines qui condamnent et humilient. Sa manière de dire définitivement non au mal, à la violence, à la loi de la jungle, du plus fort, de l’argent, des honneurs ‑ car il a effectivement prononcé le non définitif ‑­ c’est de prendre la dernière place.
N’est-ce pas lui, le premier qui se fait dernier, le maître qui se fait esclave ? Comment serions-nous ses disciples à agir autrement ? Comment le reconnaîtrions-nous à ne pas fréquenter des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles, puisqu’il a pris place parmi eux ?
Nous l’avons bien compris, s’il s’agit d’argent, il s’agit au moins autant de reconnaissance de l’autre. Nous l’avons bien compris, s’il s’agit de dernière place, c’est pour interdire aux disciples de se faire donneurs de leçons. Prononcer un non radical en face du mal ne fait pas que nous n’aimons pas ce monde comme il est ni que nous en serions les juges. C’est même de l’aimer comme il est qui nous fait prononcer le non radical au mal. Mais ce non n’est sensé, ce non a un sens, le bon, que dans la bouche de l’esclave. Renversement des valeurs, diraient Nietzsche ! Non pas cependant pour le misérabilisme, le racorni, le rétréci, ni même l’humilité. C’est plutôt l’amour seul au pouvoir, révolution même dans l’Eglise, c’est-à-dire, un seul chemin de vie, celui du service.

24/08/2013

Peut-on être saint et roi ? Peut-on être chrétien dans le monde d'aujourd'hui ? (Fête de saint Louis)

1 R 3,11-14  -  1 Co 2,1-10  -  Mt 5,38-48

Lorsqu’Henry de Saureulx, en 1613, rédigea son l’acte de fondation de l’œuvre qu’il voulait créer au service des pauvres, il la mit sous le patronage de saint Louis, roi de France. Ainsi depuis 400 ans, ce qui allait devenir, à côté de l’hôpital et du collège, une paroisse porte le nom de saint Louis, fêté le 25 août, le jour de sa mort en 1270, aux portes de Tunis.
En quoi Louis peut-il être pour aujourd’hui un modèle de sainteté, un saint patron ? L’homme qui partit deux fois en croisade peut-il être invoqué comme un frère qui indique par sa vie un chemin pour suivre le Christ ? Il est évident que ce qui nous révulse aujourd’hui, l’idée d’une guerre sainte, n’avait pas le même sens pour les contemporains. Et l’on ne peut comprendre que l’on fait œuvre de justice à faire la guerre au nom de Dieu. Déjà au treizième siècle, les croisades sont critiquées. Plusieurs décennies avant le départ de Louis pour l’Orient, saint François d’Assise avait rencontré pacifiquement le sultan ; et les contemporains de Louis, dans un pays qui s’était enrichi, n’avaient plus envie de laisser leur terre peut-être pour toujours à l’abandon, préférant assurer la direction de leur exploitation et l’administration des affaires civiles.
Pour une dynastie médiévale, la canonisation de l’un des siens n’est pas sans intérêt, et l’on avait déjà essayé de faire reconnaître la sainteté de Philippe Auguste, le grand-père de Louis. Il fallut attendre presque trente ans pour qu’en 1297 Boniface VIII reconnaisse la sainteté de Louis, non sans qu’il ait quelques avantages dans cette affaire, tant étaient difficiles les relations avec le roi de France du moment, Philippe le Bel, petit fils du saint.
On peut retenir au moins trois véritables raisons de reconnaître en Louis un authentique disciple du Christ, son amour de la croix, sa promotion de la justice, sa volonté d’être saint.
Le culte des reliques n’est plus vraiment à notre goût. Lorsque Louis achète la couronne d’épines, relique de la passion, et fait construire la sainte chapelle comme écrin pour la recevoir, il exprime, comme en d’autres occasion, un véritable attachement à Jésus, roi d’humilité, à son humanité que ses souffrances rendent plus attachant encore. Pour accueillir la couronne du roi pauvre et bafoué, le roi s’humilie et vit comme son Seigneur. Les courtisans lui reprochent son excès d’ascèse, non seulement personnelle, mais imposée au royaume à travers l’interdiction des jeux et de la prostitution. Le roi sa fait pèlerin en terre sainte comme en son pays, à marcher nu-pieds derrière le Christ. « Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. » Non seulement c’est le cœur de la foi qui est ainsi médité mais l’on se prend à rêver que les puissants de ce monde, les gens riches, nous pour partie, consentent à vivre dans un peu de frugalité pour un peu plus de justice. Louis donnait lui-même à manger aux pauvres, aux lépreux, comedor social de l’époque, imitant François d’Assise, époux de Dame pauvreté. Il est connu pour ses larges aumônes, ce que l’on appelle aujourd’hui le partage.
Son sens de la justice passe surtout pas des ordonnances qui organisent le royaume et luttent contre la corruption des institutions. Il faut que le pauvre comme le riche soit traité correctement, on ne pourra condamner personne sans qu’il y ait procès, on reconnaîtra toujours la présomption d’innocence. En ce qui concerne ses relations avec l’empereur et le pape, Louis essaiera d’avoir le même sens de la justice, invitant à la concorde, ne jetant jamais d’huile sur le feu. « Donne à qui te demande, ne te détourne pas de qui veut t’emprunter. […] Moi je vous dis, aimez-vos ennemis. »
Louis qui juge, image de Dieu souverain juge, cherche d’abord à faire correctement son métier de roi. On peut penser qu’il se serait bien fait mendiant, de l’ordre de Dominique ou François, Mais que sont ces velléités, et nos retraites spirituelles et séjour en monastère, si notre manière de tenir nos responsabilités ou notre incurie laissent proliférer l’injustice ?
Certes, Louis vit comme un moine, aime réciter l’office, pratique le jeûne et l’aumône. C’est que la sainteté n’est pas réservée aux gens de religion. Louis est convaincu que lui aussi peut et doit suivre Jésus, être disciple. Une sainteté, peut-être pas encore pour tous, mais qui est déjà arrachée au monopole des clercs et religieuses. Il est possible dans ce monde, quelles soient nos responsabilités, par exemple celles d’un roi du treizième siècle, d’être disciples de Jésus, de l’aimer, de le chercher, de le servir dans les frères à commencer les plus pauvres.