L’enseignement du dernier concile, particulièrement dans Gaudium et spes, résonne comme quelque
chose de proprement surprenant, comme une bonne nouvelle. Avec la défense des
valeurs familiales, on l’avait presque oublié ! Le mariage n’est pas tant
la source d’un modèle familial que le chemin certains d’entre nous choisissent
pour vivre en disciples[1].
Non seulement, on pourrait être disciples de Jésus en étant
mariés, mais plus encore, on trouverait dans le mariage un chemin privilégié
pour être disciples de Jésus, un moyen privilégié vers la sainteté. Cela
n’ajoute rien à la grandeur de l’amour humain, mais en dit de façon peut-être
inattendue, au moins pour nombre de ceux qui préparent leur mariage, la
dimension proprement chrétienne. Non pas un petit coup de badigeon religieux
sur une réalité humaine, mais l’évangile qui pénètre au plus profond nos
conditions de vie. Il s’agit d’un acte de foi. Nous croyons que la vie à deux
et en famille est un chemin de conversion, de sainteté.
Le mariage c’est, comme toute vie, un chemin de
décentrement, de mort à soi. Celui qui ne
prend pas sa croix ne peut pas être mon disciple (Lc 14,27). Tout ne tourne
pas autour de moi ; mon vouloir et mon pouvoir sont bien limités. Le vœu d’obéissance
des religieux dit la même chose autrement. Et dès qu’on a des enfants, on sait
bien que l’on ne fait plus ce que l’on veut. Un autre te mettra ta ceinture et tu iras là où tu ne voulais pas aller
(Jn 21,18). Le chemin du serviteur passe bien souvent par de banals trajets en
voiture !
Evidemment, ce n’est pas très romantique et moins
jubilatoire que la naissance des enfants. Il ne s’agit pas de mépriser la
jubilation des corps, de leur fécondité, des enfants qu’on voit grandir. Mais le
mariage conduit sur un chemin de déprise. Je ne me possède pas, c’est des
autres que je reçois la joie et la vie. Le vœu de pauvreté des religieux dit-il
autre chose ? J’ai en outre la responsabilité d’offrir à chacun le cadre
où il peut recevoir la joie.
Reste la chasteté ? Et là encore, il s’agit d’une mort.
Sans mort qui ressusciterait ? Les autres ne sont pas à ma disposition.
Mon conjoint doit-il s’adapter à mon rythme, celui de mes désirs, fringale ou petit
appétit ? Mes enfants doivent-ils penser comme moi, partager nos
valeurs ? Laisser les autres exister pour eux-mêmes, jusqu’à penser qu’ils
n’ont pas besoin de nous pour faire leur vie, ou du moins, que je dois les
respecter jusqu’à me retirer peu à peu pour qu’ils aient l’opportunité
d’inventer les chemins périlleux de leur bonheur.
Le mariage célébré par le sacrement est un chemin de
dénuement où l’on reçoit de Dieu d’être saints comme il l’est, d’être ses
disciples. Autrement dit, il est un chemin privilégié pour vivre le
commandement du Seigneur : Aimez-vous
les uns les autres comme je vous ai aimés[2].
[1] Tant que
la sexualité est regardée comme peccamineuse, tant que l’état de vie seul digne
de l’évangile est celui des consacrés, il est difficile à l’Eglise de ne pas
considérer le mariage que comme ce qui rend licites les paraît-il
incontournables pulsions sexuelles en offrant à la procréation un cadre stable.
[2] Pour ne
pas commencer ce texte sur une partie qui aurait pu apparaître trop négative,
je rapporte, en note seulement et pour finir, les objections aux raisons
souvent avancées pour justifier le mariage à l’Eglise.
Serait-ce
une évidence qui s’impose ? Il y a rien de moins évident à se marier, même
à l’Eglise, lorsque près d’un couple sur deux divorce. Il n’est pas prouvé que
les mariages célébrés religieusement tiennent plus que les autres. Et que l’on
veuille bien croire que la quasi-totalité de ceux qui se marient le font
honnêtement. S’il n’y avait que les gens pas sérieux pour divorcer, quelle
sécurité ce serait pour les autres !
Serait-ce
par tradition ? Reconnaissons que la tradition, on en prend et on en
laisse ; pourquoi maintenir celle-ci et en abandonner d’autre ?
Serait-ce
alors les valeurs ? Mais y a-t-il des valeurs spécifiquement
chrétiennes ? Lesquelles ?
S’agirait-il
alors de demander la protection de Dieu ? Ne fait-il pas lever son soleil sur les bons comme sur les méchants
(Mt 5,45). L’amour de Dieu est assuré à tous quels que soient leurs choix.