15/04/2016

Vous avez dit vocation ? (4ème dim. de Pâques)



Au séminaire, nous recevions l’ancien doyen de la faculté de théologie. Il nous parlait de sa vie de prêtre. Le plus beau jour de ma vie, nous dit-il, a été celui de… mon baptême.
Comment pouvait-il se rappeler son baptême ? Il avait été plongé dans la mort et la résurrection de Jésus quelques jours après sa naissance. Mais il disait vrai. Le moment le plus important de notre vie est le jour de notre baptême, ce jour où a été prononcé sur nous l’incroyable : nous sommes enfants du Père, aimés de Dieu lui-même et ainsi frères de tous.
Le propos est intempestif. Non seulement inactuel puisqu’il défie le temps, mais à contre-courant, notamment de la mode des témoignages. Combien de fois m’a-t-on demandé de parler de ma vocation ? Cela se fait beaucoup. Outre le fait que l’intime n’a pas sa place dans la sphère publique, outre la contamination des cathos par les reality-shows et la tyrannie de l’émotionnel, outre le fait que le témoignage, le martyre, n’est pas de mots mais de vie et parle de Jésus non de notre petite personne, on devient prêtre certes pour de bonnes raisons, mais aussi pour de moins bonnes. Comme toute vie adulte, la vie des prêtres est loin de la pureté édifiante ; s’y mêle le péché.
Et c’est une bonne nouvelle, puisque Jésus est venu appeler les pécheurs. Il n’y a en toute rigueur évangélique pas de vocation pour les justes. D’ailleurs, l’exercice du ministère, comme la vie de famille, se charge de vous rappeler, et ce n’est pas souvent facile à accepter, que vous n’avez pas grand-chose d’exemplaire, que vous vous trompez, que parfois vous faites mal. A raconter sa vie, on ne dit guère les vilenies ou alors celles du passé. Quand, dans le meilleur des cas, la vie se fait chemin de sanctification, elle demeure l’histoire de pécheurs.
Les prêtres comme tous les baptisés consentent, plus ou moins, à la conversion. Tout disciple est appelé à se dépouiller, à se décentrer, à se quitter plus qu’à tout quitter, pour suivre Jésus et se laisser conformer en témoin. La vie chrétienne est un nomadisme qui exige une tenue adaptée à la route, pas même une chemise de rechange dit l’évangile hyperboliquement. Une communauté pour un temps, pas même de famille ; ainsi les seuls frères et sœurs sont l’humanité qu’il s’agit de recevoir et de transformer en fraternité.
Ce n’est ni pour se plaindre, ni pour se flageller que je dis les chrétiens, et les prêtres, rétifs à la conversion, à la sainteté. C’est seulement le fait de l’observation. Toute sacralisation, toute héroïsation est dès lors autant menteuse qu’hypocrite. Serait-ce pour rien que les premiers disciples ont tous été décrits comme des pécheurs, des traitres, Judas, Pierre et tous, qui abandonnent Jésus ? Serait-ce pour rien que l’évangile décrit avec tant de soin l’hypocrisie des pharisiens ? Il ne s’agit pas d’antisémitisme puisque tous les écrivains du Nouveau Testament et une grande partie de leurs destinataires sont Juifs ; mais le pharisaïsme est une plaie terrible que l’Eglise naissante connaît en son sein. Celle d’aujourd’hui encore ; le Pape ne cesse de le répéter.
Ainsi donc de pauvres types essayent de répondre à un appel, ce que l’on appelle une vocation. Dans un monde sans Dieu – je le dis une fois encore, un monde où même les disciples vivent sans Dieu, qu’ils ne croisent pas à chaque coin de rue ! – l’appel n’est pas ce qu’en dit une mythologie, un cœur à cœur avec Dieu, une voix ou une force qui pousse à s’engager. Laissons les ventriloques du divin à leurs illusions trompeuses !
Penser que Dieu nous appelle est doublement fautif. D’une part, comme ce n’est pas vrai, seuls les tarés entrent dans les ordres. C’est terrible pour l’Eglise même si pour les familles chrétiennes, c’est un soulagement. Ouf, voilà nos enfants, à qui nous nous sommes appliqués d’inculquer le réalisme et le bon sens, écartés d’une pareille folie. La mythologie de l’appel est la stratégie pour qu’aucun chrétien ne perde sa vie. Mais ceux qui la sauvent la perdront !
D’autre part, imaginer que Dieu nous appelle, c’est penser la vocation en dehors de la mission, en dehors des hommes et des femmes auxquels l’évangile et l’Eglise envoient. On n’est pas prêtre tout seul. Si le mot de vocation a un sens, c’est comme con-vocation. Un appel avec les autres, grâce aux autres. Personne n’est appelé autrement que par les frères ; personne n’est appelé sans les frères. C’est en Eglise que la vocation fait sens.
Et si le mot de vocation doit encore faire sens, c’est qu’il dit que nous ne faisons que répondre. Chaque engagement chrétien est une réponse à l’appel du Seigneur. Parler de vocation ne dit qu’une chose : le service de la fraternité est réponse à un appel, à la convocation baptismale. « Nous, nous aimons, parce que lui, le premier, nous a aimés. » (1 Jn 4, 19)

01/04/2016

Deviens croyant ! (2ème dimanche de Pâques)



Dire que les disciples, les plus proches de Jésus, ses compagnons, les femmes et plus encore les douze, eurent du mal à croire la résurrection de Jésus, c’est peu. Marc n’en parle quasiment pas. Après la confession de foi du centurion qui, voyant mourir Jésus, le déclare fils de Dieu, la visite des femmes au tombeau se termine sur un silence rempli d’effroi. La reconnaissance de Jésus par un païen marque l’aboutissement de la Bonne Nouvelle ; il n’y a rien à ajouter. La résurrection semble ne pas être l’objet de la prédication de Marc.
Matthieu n’est guère plus bavard. Certes il y a un tremblement de terre qui ouvre les tombes, accomplissement de la prophétie d’Ezéchiel. C’est bien la seule chose spectaculaire. Les anges puis Jésus apparaissent aux femmes avant que les disciples, en Galilée, continuent de douter. L’évangéliste est préoccupé par la disparition du corps, un vol selon les Juifs. S’il prend ses distances par rapport à cette interprétation, il ne donne pas la sienne. C’est une parole de Jésus attestant de sa présence qui met fin à l’évangile. D’autres disciples, à venir, croiront les dernières paroles de Jésus et de l’évangile.
Chez Luc et Jean, la difficulté à croire la résurrection est thématisée par une accumulation d’apparitions qui ratent. Il faut s’y reprendre au moins à trois fois pour qu’enfin la confession de foi, si évidente dans les Actes des apôtres, puissent ici naître timidement.
Nous venons de lire les derniers versets du chapitre 20 de Jean. Thomas résiste et finalement devient croyant. Les premiers chrétiens ont dû trouver cela bien faible pour avoir besoin d’ajouter un chapitre, malgré la conclusion de l’évangile que nous avons entendue (beaucoup d’autres signes, ceux-ci ont été écrits pour que vous croyez… encore croire !) qui s’adresse à ceux qui n’ont pas été témoins de ces événements, nous parmi bien d’autres.
Jésus est mort. Le tombeau est vide. Ses proches peinent à croire. Il est triplement mort. Il ne reste rien de lui, rien à quoi se rattacher, pas la moindre relique.
La foi en Jésus est une lutte contre les idoles. Toutes les idoles. Depuis le gri-gri jusqu’à l’idole conceptuelle, depuis le fétiche jusqu’au catéchisme transformé en id(é)ologie, en idole. Le dogme dirait la vérité alors que la vérité est ce qui fait parler et ne peut jamais être dite, alors que la vérité est ce qui fait qu’on la cherche toujours ? Croire qu’on la tient, y compris dans la foi, et c’est perdu. Si l’on ne cherche plus, ce n’est pas la vérité. Intranquilité de la foi, inquiétude bien loin d’un catholicisme de confort.
Pas la moindre relique de Jésus, donc. Ce qui demeure, c’est ce que les disciples avaient vécu avec lui, même enterré avec lui, derrière la pierre si lourde que personne ne peut la rouler. Malgré sa mort, malgré le deuil et la peur, les paroles de Jésus demeurent vivantes en eux. Malgré le traumatisme de son martyre, comme celui des chrétiens du Pakistan, une parole, dans le silence de l’effroi, quasi inaudible, demeure vivante. Elle peut germer malgré un enfouissement si profond. Elle peut revenir de loin, très loin.
Pour peu que nous la laissions venir au jour, cette parole se fait lumière, éclaire nos vies. C’est ainsi que Jésus entre, alors que tout est verrouillé, que les portes sont closes. Il entre comme s’il n’avait pas de corps celui qui intime à Thomas l’ordre de toucher ses plaies, son corps. Il faut entendre cette contradiction, cet oxymore. Le corps de Jésus n’est pas plus sans matière que saisissable ; mais à dire cela ensemble, s’exprime ce que nous cherchons, une vérité, l’expérience justement d’une parole, parfois enfouie si profondément, et qui pourtant demeure vivante.
C’est cela la foi. C’est cela la résurrection. Tout récit de résurrection est confession de foi. La résurrection ne va jamais sans la foi, parce que c’est seulement dans l’interpellation reconnue : « la paix soit avec vous », « avance ton doigt », « mets ta main », qu’une fissure laisse germer la parole si profondément enfouie, celle qui fait vivre. Les raisons de l’enfouir sont nombreuses. L’impossible de la vie plus forte que la mort, la peur ou le refus de vivre sans savoir ‑ « Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. » ‑ la peur ou le refus de croire dangereusement, nous invite à la conversion.
L’apparition à Thomas, le jumeau, c’est ce qui arrive au jumeau du jumeau aussi. Et qui est-il le jumeau de Thomas ? Connaissez quelqu’un qui tient à ses certitudes plus qu’à la vie ? Pour lui, pour nous, ce commandement du Seigneur « Deviens croyant ».

28/03/2016

L'Eglise persécute l'Eglise

"Les attaques contre le Pape et contre l’Église ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais les souffrances de l’Église viennent proprement de l’intérieur de l’Église, du péché qui existe dans l’Église. Ceci s’est toujours su, mais aujourd’hui nous le voyons de façon réellement terrifiante : que la plus grande persécution de l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église et que donc l’Église a un besoin profond de ré-apprendre la pénitence, d’accepter la purification, d’apprendre d’une part le pardon, mais aussi la nécessité de la justice. Le pardon ne remplace pas la justice."

Propos de Benoît XVI (11 mai 2010) qui peuvent aujourd'hui concerner les résistances à la réforme de la curie vaticane, les affaires de pédophilie, le racisme ordinaire partagé par bien des catholiques. (Je pense aussi bien à l'accueil des sans-abris au bois de Boulogne et à la réaction des habitants du quartier, qu'à l'attitude de nombres européens devant la crise migratoire, y compris des évêques comme en Hongrie. Parmi les habitants du XVIe comme parmi les européens, nombre de catholiques...)
Sans nier les persécutions contre les chrétiens, trop réelles comme hier encore au Pakistan, la vague de dénonciation de la "christianophobie" dans nos sociétés pourrait elle-même être agression de l'Eglise.

25/03/2016

Ressusciter (Résurrection du Seigneur)



Pour les chrétiens, en général, la résurrection désigne la vie après la mort. Ce n’est peut-être pas faux, mais un peu étroit, limité, voire pas très juste. La résurrection c’est plutôt la vie avec Dieu. Par conséquent, c’est déjà possible maintenant, avant la mort. Nous avons été baptisés, plongés avec le Christ dans la mort, pour avoir part à sa vie. « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui ! » (Col 2, 12-13). Paul n’écrit pas à des destinataires outre-tombe, mais à des vivants, aux habitants de Colosse.
C’est pour cette vie que nous sommes disciples du Christ. Nous ne sommes pas des épargnants pour une vie après la mort. C’est ici et maintenant que nous avons soif de l’amour infini du Père. « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ », dit Paul un peu plus loin (3, 1).
Cette « petite » précision change un peu, beaucoup, la donne. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. Nous ne cherchons à engranger des bons points pour une autre vie. Mais nous voulons ici et maintenant vivre une vie nouvelle. Si la foi ne permet pas de transfigurer cette vie, d’en faire un lieu de la présence de Dieu, elle risque de n’être qu’une illusion ou une espérance, vaine de n’être pas vérifiable, efficace.
Etre baptisé, entrer dans la résurrection, c’est non pas attendre une autre vie, éternelle, mais vivre cette vie comme éternelle. « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d'en haut, non à celles de la terre. » (3, 1-2) Entendons-nous bien, penser aux choses du ciel non pour déserter la terre mais pour faire de la terre un ciel.
Que la terre soit un ciel, un paradis, voilà notre foi, notre espérance, notre mission. Les quelques goûtes d’eau baptismale renferment l’énormité d’une telle affirmation. En recevant le baptême, nous entrons dans une communauté qui a reçu la mission de changer le monde.
C’est dangereux bien sûr. Surtout si cette communauté prend le pouvoir. Certes, à côté des pires atrocités de la chrétienté, il y eut aussi le secours des plus pauvres, la création des hospices, des écoles, des universités, le droit d’asile et j’en passe. C’est dangereux aussi, parce que si nous introduisons le ciel sur le terre, le ver est dans le fruit, les injustices sont dénoncées. Tout système est déjà jugé. Nous en sommes les accusateurs.
Mais changer le monde, introduire le ciel sur la terre n’est possible qu’en dehors de toute revanche, projet de gouvernement ou volonté de puissance. Ce n’est possible qu’à la suite de Jésus, dans la faiblesse, la miséricorde, la tendresse. Ce n’est possible qu’en aimant ce monde aux pieds duquel nous nous mettons, surtout quand il est pauvre ou pécheur. Etre baptisé, être ressuscité avec le Christ, c’est avoir un projet politique, un projet pour la cité, sans violence, avec l’amour, la tendresse, contre une terre qui respire le sang d’Abel.
Le livre de la sagesse sait ce qui advient alors : « Traquons le juste : il nous gêne, s’oppose à nos actions, nous reproche nos manquements à la Loi et nous accuse d’être infidèles à notre éducation. Il déclare posséder la connaissance de Dieu et il se nomme enfant du Seigneur. Il est devenu un reproche vivant pour nos pensées et sa seule vue nous est à charge. Car sa vie ne ressemble pas à celle des autres et sa conduite est étrange. » (Sg 2, 12-15) Encore faudrait-il que nous demeurions justes, de la justification baptismale.
Avec Jésus, c’est la condamnation du mal et déjà la victoire de la justice. Cela change le cœur de l’homme, notre cœur. C’est une conversion, comme lorsque l’on décide de recevoir le baptême. On ne change pas de religion, mais de vie. Cela change la cité, c’est en ce sens, politique. Nous sommes engagés à mettre le ciel sur la terre, à vivre en ressuscités, à laisser la vie éternelle devenir la nôtre. Si nous vivons avec Dieu, la vie éternelle a déjà commencé. Ressusciter, c’est vivre avec Dieu, d’abord aujourd’hui, après la mort on verra.
« Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves » dit la première lettre de Pierre. Alors que nous fêtons la résurrection du Seigneur, savourons notre joie, exultons, renouvelons les promesses de notre baptême, au service d’un monde juste, sans violence, empli de la tendresse du Père.


For many Christians, the idea of resurrection refers to what happens to life after death. It is perhaps not wrong, but it’s a bit narrow, limited in its view, and not very fair to Scriptures. What the idea of resurrection refers to is rather the life “with” God. Thus it is that resurrection is already possible in the now, before our very death and long before the last judgment. For we were baptized, that is immersed with Christ in death, so as to have a share in his risen life. "When you were baptized, you were buried with Christ, and you were raised up with him because of your faith in God’s power. God’s power was shown when he raised Christ from death. You were spiritually dead because of your sins and because you were not free from the power of your sinful self. But God gave you a new life together with Christ. He forgave all our sins." (Col 2: 12-13). Paul does not write to recipients beyond the grave, but to living people, the people of Colossae.
It is for this life that we are disciples of Christ. We are not investors in some sort of “life after death” insurance policy. It is here and now that we thirst for the infinite love of the Father. "Given therefore that you have been raised with Christ," says Paul a little further (3, 1).
This "small" precision changes how we must apprehend resurrection quite a lot. We are already risen with Christ. We are not trying to earn enough points to win another life. We rather want to live a different sort of life already in the here and now. If faith does not allow us to transfigure this life, to make it a place of God's presence, that faith runs the risk of being a mere illusion or a vain hope, something which efficiency is incapable of any form of verification.
To be baptized and to thus partake into the risen life is not to wait for another, eternal, life. It is to live this life as eternal. "Given therefore that you have been raised with Christ, set your hearts on things above, where Christ is, seated at the right hand of God." (3: 1-2) Let’s be clear, this is about conducting our lives in accordance with heavenly standards, so that this earth could become heaven, it’s not about deserting this earth for some sort of lives on clouds with little harps in our hands.
That the earth may become a heaven, an Eden, this is our faith, our hope, our mission. The few drops of baptismal water contain the enormity of such a statement. By receiving baptism, we enter a community that has received the mission to change the world.
It's dangerous of course. Especially if the community takes power! Although besides all the awful atrocities that Christianity in power has committed, there was also the relief of the poor, the creation of hospices, schools, and universities, the invention of the right of asylum, etc. But it’s dangerous also in another way, because living by heavenly standards leads us to denounce injustice, making us social pains in the neck. Yet all social systems (all kingdoms) are judged. And we are called to be their accusers.
But changing the world, bringing heaven on earth, becomes possible only when we manage to do it without any resentment or desire for revenge, without any desire to coerce people or to acquire power for ourselves. Changing the world in a Christian way becomes only possible when we follow Jesus, i.e.: along his path of weakness, mercy and tenderness. It only becomes possible if we love that world enough to become its servants, especially if we are dealing with a poor man or a sinner. To be baptized, to be raised with Christ, is to have a non-violent, loving and tender political project for a land from which the blood of Abel is still crying out to God from the ground.
The book of wisdom knows full well what will happen to us if we start doing that: "Righteous people are nothing but a nuisance, so let's look for chances to get rid of them. They are against what we do; they accuse us of breaking the Law of Moses and violating the traditions of our ancestors. They claim to know God, and they call themselves the Lord's children. We can't stand the sight of people like that; what they are contradicts our whole way of thinking. They are not like other people; they have strange ways." (Wisdom 2: 12-15) But for this to happen, we would need to remain true to our baptismal righteousness.
With Jesus, evil is already condemned and justice victorious. That’s what changes the heart of man, our hearts. It's a conversion, as when one decides to be baptized. In so doing, we do not change our religion, we change our lives. And because this has the effect of changing our communities, it is (in this sense) political. We are committed to bringing heaven to earth, to live as already raised ones, to let eternal life become our own life. If we remain with God and true to Him, then eternal life has already begun. To be raised is to already live with God today, and as for after our death, we'll see.
"That’s why you should be filled with joy, even though you must suffer at the same time different kinds of troubles for a short while still" (1 Peter 1:6) says the First Letter of Peter. As we celebrate the Lord's resurrection, let’s savor our joy, let’s exult and renew the promises of our baptism, in order to be ever more committed to the bringing about of a better world, without violence and full of the tender love of the Father.
Translation Jean-François Garneau

Pas de paix sans justice



Les attentats n’arrêtent pas, dans de nombreux pays. Malgré les discours guerriers ou les réactions bravaches (on vivra comme avant, même pas peur, etc.) nous sommes confrontés à notre vulnérabilité (les pray for… en sont l’illustration). La société qui se pense si forte ne sait pas défendre les citoyens. Nombreux sont les pays visés, riches, moins riches ou pauvres, de tradition chrétienne, musulmane ou animiste.
Les analyses n’ont pas manqué depuis un an ; elles sont indispensables mais peu efficaces. Les interventions militaires et les mesures de sécurité sont fort utiles, mais demeurent grandement insuffisantes. Nous restons avec notre vulnérabilité.
L’éradication du terrorisme n’est pas pour demain. La troisième guerre mondiale, ainsi que dit parfois le Pape, a commencé il y a déjà longtemps, que ce soit avec la chasse, si peu réussie, aux Talibans, les guerres du Golf ou le 11 septembre. La Lybie sera-t-elle le prochain théâtre des opérations ? Rien ne semble pouvoir arrêter le terrorisme qui se revendique de l’Islam et massacre les musulmans eux-mêmes. Nous restons avec notre vulnérabilité.
Pour une large mesure, les apprentis sorciers d’une politique internationale portent la responsabilité de l’émergence de Daech. L’instrumentalisation de l’Islam radical pour contrarier l’invasion de l’Afghanistan est un des premiers actes d’un piège qui se referme sur les Occidentaux. Nous nous croyions les plus forts et nous voila avec notre vulnérabilité.
La mise en évidence de notre vulnérabilité est une chance, une bonne nouvelle. A nous croire tout-puissants que n’avons-nous pas fait, combien de guerres n’avons-nous pas justifiées ? Nous sommes à deux doigts de détruire la planète après être passés à deux doigts d’une destruction atomique massive.
La mondialisation permet la rencontre des cultures, pour peu qu’aucune ne s’impose hégémoniquement, colonialement, économiquement ; sinon elle est l’agression d’une identité que le rejet de l’autre protègerait. L’idéologie identitaire et le refus de voir des cultures transformées à la rencontre des autres sont partagés par les droites extrêmes en Europe, qui prospèrent, et par l’intégrisme musulman. L’extrémisme politique, quoi qu’on en pense, a droit de cité alors qu’on s’emploie à détruire l’intégrisme musulman. Chercher l’erreur !
Les souverainismes ne supprimeront pas plus la violence qu’ils ne la contiendront d’un côté de la frontière. Le terrorisme se moque des frontières, comme internet. Nous avons construit un monde du libre échange où la réciprocité et le partage n’ont pas de place, mais la domination et l’exploitation de plus des trois quarts de l’humanité. Cherchez l’erreur !
Les terroristes usent du libéralisme déréglementé et des moyens de communication les plus modernes (l’économie de Daech n’est quasiment pas isolable du reste du marché). Nous en appelons à la morale et à la justice quand on meurt dans nos rues, que dis-je, quand on tue des nôtres. Mais si d’autres meurent, dans nos rues, à nos frontières, de justice et de morale il n’est plus question. Le terrorisme tue ainsi que notre système économique ; le premier doit être détruit, le second est légal. Cherchez l’erreur !
Le terrorisme islamiste n’a pas pour but de renverser les inégalités. Ce n’est pas Zorro ou Robin des Bois. Il exploite les injustices pour déstabiliser les sociétés, joue de tout ce qui peut opposer, richesses, identités, religions, etc.. Les inégalités et injustices qui, comme Daech mais avec d’autres armes, sont violence, labourent le terrain pour la guerre.
Le terrorisme révèle nos contradictions. Pour l’éradiquer nous sommes sommés de sortir de nos contradictions. Nous resterons vulnérables, parce que c’est le plus grand progrès de ces dernières décennies, pour ne pas détruire l’humanité et la planète. Mais la vulnérabilité n’est vivable que dans la confiance. Construire la paix et la confiance coûte moins cher que la guerre. Mais cela rapporte moins que les armes, les insecticides, et autres systèmes de destruction massive des populations et de la planète…
La confiance ne supprimera pas tous les fous et les furieux dont il faudra continuer à se protéger ; le paradis n’est pas à notre portée. Mais tant que nous refuserons de partager les richesses, tant que nous nous refermerons sur nous-mêmes, tant que nous participerons à une mondialisation injuste, la confiance sera impossible. Il n’y a pas de paix sans justice.
Le contraire de la peur n’est pas la témérité ou l’intrépidité, mais la confiance ou la foi (c’est la même chose). N’ayez pas peur dit le Ressuscité à ceux qui n’ont pas confiance. Croyant ou non en la résurrection de Jésus, nous devons passer de la peur à la confiance pour vivre paisiblement vulnérables. Même laïcisé, même dé-théologisé, l’évangile demeure chemin de vie. A combien plus forte raison, lorsqu’il est confession du Ressuscité !