Alors que les textes liturgiques invitent à lire les signes des temps, à voir les signes de l'approche du Messie, l'ouverture des yeux des aveugles en outre (Mt 11, 5), le cardinal Ouellet, préfet de la congrégation pour les évêques s'obstine à l'aveuglement. Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Dans un entretien donné à la revue Vida nueva dont on peut déjà lire quelques extraits et dont La Croix a rendu compte, on lit :
« C’est peut-être parce qu’ils ne se sentent pas capables,
manquent de foi, ont des difficultés dans leur vie ou préfèrent ne pas
risquer de nuire à l’Église » qu'un tiers des prêtres sollicités pour l'épiscopat refuse la proposition.
Des incapables, dans l'épiscopat, il y en a toujours eu, et mon regard n'a pas besoin d'indiquer à qui je pense aujourd'hui tant ils sont légion pour que chacun puisse citer dix noms. Ce ne peut être la raison du refus. Ou alors, les incapables d'aujourd'hui sont plus humbles que ceux d'hier. D'ailleurs, que la Congrégation pour les évêques sollicite des incapables suffit à identifier le véritable problème.
Le Cardinal, du moins dans les lignes parues jusqu'à l'heure, ne semble pas imaginer une seconde, qu'entrer dans l'ordre épiscopal suscite le refus de beaucoup parce que c'est l'ordre épiscopal qui est pourri et que beaucoup ont mieux à faire que de laisser leur ministère et leur personne attaqués par la pourriture.
(On trouvera toujours des types extra actuellement en fonction. Ce n'est d'ailleurs pas tant leur personnalité qui est en jeu, à part les quelques uns, tout de même nombreux, qui défrayent la chronique régulièrement, en France comme ailleurs. C'est l'esprit servile, courtisan, sans vision, paresseux et peureux, incapable de jouer la carte de la Pentecôte et préférant l'uniformité totalitaire de Babel. Que l'on n'ait pas entendu les évêques français sur le synode de l'Eglise d'Allemagne suffira comme illustration de leur absence de vision et de leur paralysie.)
Savez-vous encore pourquoi tant refusent ? Parce qu'ils auraient peur
de mettre l'Eglise en danger. Comment? Ouellet et ses services
sollicitent des personnes qui seraient moralement voire pénalement condamnables?
Savez-vous pourquoi Ouellet ne trouve pas d'évêques ? Parce que les prêtres n'ont pas la foi. Mais qui est-il ce monsieur pour insulter ainsi les prêtres ?
(Et je ne dis rien de l'opposition éculée entre pasteur et professeur, et autres balivernes.)
Ouellet est la démonstration, non pas vivante, mais moribonde, de la raison du refus de l'épiscopat. Il entraîne avec lui l'Eglise dans sa tombe. Qu'il démissionne et son successeur trouvera des noms. Ceux qui tuent l'Eglise aujourd'hui, ce ne sont pas les athées, les anti-chrétiens, ceux qui assassinent nos frères de par le monde (plus de 4000 en 2018), les prêtres qui n'auraient pas la foi. Ce sont les évêques, à commencer par les préfets de dicastère.
L'épiscopat est aujourd'hui la honte de l'Eglise. Oui, Monsieur le Cardinal, que vous vouliez le voir ou non.
14/12/2019
13/12/2019
L'humanité sur le point d'enfanter (3ème dimanche de l'avent)
Noel est dans dix jours et les textes que nous venons d’entendre
ne disent toujours pas un mot de la nativité. Décidément, le temps de l’avent n’est
pas une préparation à Noel, mais bien l’école de l’attente, l’expérience de la
veille.
Lorsque Dieu demande à Jérémie ce qu’il voit, au début de son
ministère, le prophète répond : une branche d’amandier. Cela fait jeu de
mot en hébreu avec veilleur. Ce que voit Jérémie, c’est une branche de
veilleur. (Jr 1, 11) La vocation du peuple d’Israël, et partant celle de l’Eglise,
c’est d’être des peuples de la veille.
Veiller aux frères, car contrairement à ce que dit Caïn, nous en
sommes responsables, ou du moins, nous devons répondre d’eux. Veiller, c’est la
même chose, à la venue du Seigneur. Veiller, dans la nuit ou de jour. Nous ne
savons pas quand il vient, ou plutôt, où il vient. Seuls les veilleurs ont une
chance de deviner son passage.
Dans le premier Testament, les signes avant-coureurs sont
précisément déterminés. La prédication évangélique n’y ajoute rien. Elle se
contente de se faire catéchèse, d’en amplifier l’écho. « Les aveugles
retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les
sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne
Nouvelle. »
Ce qui est à voir, à ne pas rater, c’est une libération inchoative.
Cela commence, la libération du mal. Cela a commencé depuis que le Fils de Dieu
habite l’humanité. Et il n’a pas attendu sa naissance. Comme semences de la
parole divine, il est présent au cœur de l’humanité depuis la fondation du
monde, de même qu’il est présent en tous ceux qui, aujourd’hui comme hier, ignorent
par la connaissance théorique tout de lui, mais savent tant de lui à servir les
frères, à vivre de l’amour.
Bien sûr, depuis sa mort et sa résurrection que sa vie publique a
permis de recevoir, il est décidément le libérateur de son peuple et la lumière
des nations. Bien sûr, depuis qu’il est passé dans le monde en faisant le bien,
il est possible de le connaître comme le sauveur. Mais cette connaissance ne
serait qu’un flatus vocis, un pet de
voix, si les pauvres n’étaient pas libérés de la dégradation mortelle de la
misère, si tout ce qui détruit la santé des hommes n’était pas renversé, si les
morts mêmes ne venaient à resurgir.
Bon, nous voyons des personnes revivre, au sens figuré. Plus encore,
car se voir reconnu dans sa dignité, trouver le chemin d’une socialisation, se
sentir accueilli et respecté comme n’importe qui, ce n’est pas figuré ! J’en
conviens, ce qu’il est impossible de voir, ce sont des gens qui après leur mort
revivraient. Mais cela, nous pouvons le pressentir.
Certains d’entre nous, nous les habitants de cette terre, vivent
avec le Christ. Et pas toujours en sachant le nommer. Certains sont ses
disciples, à le prier, à le servir dans les frères, à l’aimer et se laisser
renouveler par lui. Bref, certains vivent de lui. Peut-être beaucoup, tous, si
pour vivre de lui, il suffit des semences même anonymes de sa présence.
Si tout ce que nous vivons avec le Christ nous tient debout, nous
savons que ce n’est pas rien. Et ce pas-rien n’est pas submersible. Ce pas-rien
est prémices de résurrection, de surgir-de-la-mort. En ce sens, nous voyons les
morts ressusciter.
Bon, cela ne saute pas aux yeux. Même le Baptiste ne voit rien.
Voilà pourquoi nous avons besoin de ce temps de l’avent. Pour apprendre à
veiller et à voir. Voilà pourquoi le temps de l’avent ne prépare pas à Noel :
parce qu’il est préparation à la résurrection. Il apprend à veiller, pour
deviner le surgissement de la vie, pour saisir en son surgissement la libération
des pauvres et le salut de ceux que la mort attaque déjà.
L’avent nous apprend à entrevoir le royaume. Alors, il n’est plus
possible de désespérer de l’humanité. Dieu l’habite depuis toujours. Elle est
grosse de son insaisissable amour. Elle est sur le point de l’enfanter, comme
chaque seconde depuis la création du monde. Là enfin, il est sensé de parler de
Noël. Le royaume est là, tout près de nous. Notre humanité en reçoit de Dieu la
fécondité.
06/12/2019
Dieu n’a pas d’autre solution pour notre monde que de s’offrir (2ème dimanche de l'avent)
« Des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des
enfants à Abraham. » (Mt 3, 1-12) Si des cailloux peuvent être enfants d’Abraham,
c’est peu dire qu’il n’y a pas de quoi se targuer d’être de la descendance du
patriarche. C’est un motif de fierté déplacé voire mensonger si rien dans notre
vie ne nous rattache à la manière de vivre d’Abraham.
Le raisonnement du Baptiste est étonnamment accordé à notre
situation. Alors que certains s’opposent à l’arrivée des migrants sous prétexte
de grand remplacement et de disparition de l’identité chrétienne du pays, on
est en droit de s’interroger sur leur attachement à la foi qui nous rassemble.
On ne défend pas l’identité chrétienne en exhibant un passé ou une généalogie, en
se parant d’une tradition, mais en se convertissant, jour après jour.
Jésus, comme Abraham, ont été les champions de l’hospitalité.
Rappelons-nous l’accueil des visiteurs à Mambré que l’épitre aux Hébreux
commente ainsi : « N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à
certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. »
Vous avez peut-être vu passer ce dessin humoristique d’une crèche,
vide, parce qu’installée dans une maison où Juifs, Arabes et immigrés ne sont
pas les bienvenus. Voilà ce qu’est fêter Noël sans se mettre à la suite de
Jésus, ou, pour parler comme le Baptiste, sans se convertir. Cela ne signifie
rien de se dire fils et filles d’Abraham si l’on n’est pas engagé pour une
société de justice rendue possible par la conversion personnelle. Cela n’a pas
de sens de se dire disciples de Jésus et de continuer à vivre sans se soucier
des autres.
Les foudres apocalyptiques révèlent la supercherie. « Déjà la
cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de
bons fruits va être coupé et jeté au feu. » « La paille, il la
brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Jean est un personnage marginal, vivant dans la nature, se
purifiant loin du temple. Tout dans son allure et son mode de vie relativise
voire disqualifie la religion du temple, parce que Dieu en a ras-le-bol des
sacrifices et des pratiques extérieures. Il faut relire les versets qui ouvrent
pratiquement le livre d’Isaïe. C’est du Jean-Baptiste dans le texte !
« Ecoutez la parole du Seigneur, vous qui êtes pareils aux
chefs de Sodome ! Prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, vous,
peuple de Gomorrhe ! Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? ‑ dit
le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis
rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas
plaisir. Quand vous venez vous présenter devant ma face, qui vous demande de
fouler mes parvis ? Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai
horreur de votre encens. Les nouvelles lunes, les sabbats, les assemblées, je
n’en peux plus de ces crimes et de ces fêtes. Vos nouvelles lunes et vos solennités,
moi, je les déteste : elles me sont un fardeau, je suis fatigué de le
porter. Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau
multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous,
purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. Apprenez
à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur, rendez
justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. »
Est-il possible que le monde, notre monde, rempli de tant de
promesses, ne soit que champ de batailles, injustices érigées en lois, violence
et mépris des frères ? Cela fait plus de 2500 ans que ces paroles
prophétiques ont été prononcées. Et que voyons-nous ? Le monde est au bord
de l’effondrement. Rien ne changera sur
la terre des hommes si la justice meurt entre nos mains. Il nous sera vain de
parler du Royaume si la richesse encombre nos chemins.
Il y a une différence entre Jésus et le Baptiste. Elle ne réside
pas dans la relativisation de l’urgence de la conversion. Mais Jésus semble
conscient que nous n’y arriverons jamais. « Pour les hommes, c’est
impossible. » Il sait que la conversion n’est pas seulement une décision
éthique, mais la réponse à l’appel du Dieu
qui le premier nous as aimés. Le salut est offert, non pour nous dispenser
de changer de vie, loin s’en faut, mais parce que Dieu n’a pas d’autre solution
pour notre monde que de s’offrir.
29/11/2019
Nous n'en pouvons plus de t'attendre (1er dimanche de l'avent)
Vivre en disciples c’est vivre en compagnie de Jésus. Nous
sommes de ceux (qui sont) avec lui. Jour après jour, force est de constater
qu’il n’est guère présent à nos côtés. On explique cela de trente-six manières.
On se convainc que si, il est là. On raconte la parabole non biblique des pas
sur la plage : une seule trace de pas, non parce que nous serions seuls,
mais parce que Dieu nous porterait dans ses bras. Pourquoi pas.
Reste que vivre avec Jésus, c’est bien souvent vivre sans lui. Ce
n’est pas seulement le fait du péché. C’est le fait de la vie chrétienne selon
ce que Jésus lui-même enseigne : « il vous est bon que je m’en
aille » (Jn 16, 7)
Le théologien luthérien Dietrich Bonhoeffer écrit alors qu’il est
en camp, arrêté après une tentative avortée d’attentat contre Hitler.
« Devant et avec Dieu, nous vivons sans Dieu. » N’est-ce pas
exactement notre situation ? Nous nous tenons devant Dieu, nous tâchons de
mener notre vie devant Dieu et avec lui. Et cependant, nous sommes sans Dieu,
comme tous, dans un monde à bien des égards sorti du religieux.
La vie dans la foi n’est pas une illumination qui rendrait visible
ce que les autres, faute de foi, ne pourraient voir. Elle est une façon de
percevoir l’existence et, par suite, de mener cette existence. On pourrait
parler de la foi comme style. Nous vivons comme des répondants. Nous ne sommes
pas à l’origine de nous-mêmes, ni de notre subsistance, quand bien même nous
gagnons notre vie. Alors, nous vivons de telle sorte que nous répondions à
l’amour de Dieu qui, le premier, nous a aimés. Dans le même temps, cela nous
fait responsables de nos frères, répondant d’eux.
Jésus est le chemin (Jn 14, 6) de l’existence chrétienne. C’est lui
qui nous apprend, par sa vie et ses paroles, à vivre comme des répondants. Cela
paraît aujourd’hui folie, non que l’enseignement de Jésus, ce qui fait de nous
ses disciples, n’ait rien à dire en notre monde. Au contraire ! La
responsabilité des frères nous convoque à une subversion des logiques
mondaines, financières et commerciales. La paix comme la sauvegarde de la
« maison commune » passent par un renversement de la haine née du chacun
pour soi et du moi d’abord.
Cependant, Jésus n’est plus disponible, là. Il ne l’a jamais été.
« Ne me retiens pas », dit-il à Madeleine au matin de la
résurrection. Nous marchons comme si nous voyions l’invisible (He 11, 27),
mais… ne le voyons pas. Alors nous attendons de le rencontrer, alors, nous
attendons sa manifestation. Alors, nous sommes tendus vers lui, en veille, en
éveil, en avent.
C’est le sens de cet avent qui s’ouvre. Qu’enfin, il vienne et nous
rejoigne. Qu’enfin, sa présence accomplisse les prophéties, telle celle que
nous avons entendue dans la première lecture : « De leurs épées, ils
forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre
nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. » (Is 2,
4)
S’il est un moyen d’anticiper sa venue, s’il est un moyen de rendre
un peu plus claire notre vision (2 Co 5, 7), c’est de vivre comme Jésus a vécu,
répondant à Dieu, rendant grâce pour son amour premier, et répondant des
frères, à l’inverse du refus fratricide de Caïn, « suis-je responsable de
mon frère ? »
Consentir dans les actes à n’avoir pas l’initiative, mais à faire
de toute notre existence une réponse, consentir à passer derrière parce que
lui, et par lui tous les frères, sont premiers, cela lève le voile, révèle un
peu de sa présence. Ce sont toutes les belles rencontres, même au creuset de la
détresse, qui illuminent notre vie et nous soutiennent pour crier, avec les
chrétiens des premières générations « Marana tha, Viens Seigneur
Jésus ! » (Ap 22, 16. 20 et 1 Co 16, 22)
Voilà notre avent. Quatre semaines pour réapprendre ce cri :
« Viens, Seigneur Jésus, viens ! » Nous craquons, nous n’en
pouvons plus d’attendre le Seigneur pour un monde réconcilié entre frères, nous
n’en pouvons plus des haines, des violences, de la mort, et nous crions,
« Viens Seigneur Jésus, viens ». « L’Esprit et l’épouse
disent : "Viens !". »
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