04/09/2022

Culte des morts ou prière...

Mise au tombeau du Christ - Hôtel-Dieu de Tonnerre 


Madeleine en orante. Elle en laisse tomber son pot d'onguent.
Entre le culte des morts et la prière... il faut choisir.
 
Tonnerre, Hôtel Dieu
Mise au tombeau (1454) de Jean-Michel et Georges de la Sonnette.

Mise au tombeau du Christ - Hôtel-Dieu de Tonnerre

02/09/2022

La haine des siens : un évangile. Lc 14, 25-33 (23ème dimanche du temps)

Qu’est-ce que cela veut dire « préférer Jésus à ses proches », jusqu’à haïr ces derniers (Lc 14, 25-33) ? Comment retrouver l’évangile dans cet impératif, condition d’une authentique suite de Jésus, d’une vie de disciple ? L’exagération est telle que les traducteurs cherchent à l’atténuer. Ils suppriment la haine pour parler seulement de préférence.

Mais on n’a jamais intérêt à mettre les questions sous le tapis ; mieux vaut les affronter dans leur énormité. « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » C’est énorme !

Pour entendre, il faut situer ces versets comme conclusion de ce qui s’est ouvert au début du chapitre et que nous avons partiellement lu dimanche dernier, la « dernière place ». Si nous choisissons la dernière place, ce n’est pas par mortification ni par humilité. La dernière place est la nôtre, tellement nous sommes de pauvres types, de pauvres filles ; c’est là précisément que Jésus nous rejoint. Plus encore, la dernière place est la sienne, celle qu’il a prise pour nous rejoindre ; c’est là que nous le rencontrons.

Pour voir Jésus, mieux vaut se garder de l’adoration, comme l’on dit, de la spiritualité, comme l’on dit encore, car la spiritualité est une mondanité, très chic d’ailleurs. Et si vous faites une sociologie des adorateurs, vous verrez qu’on n’y trouve guère les pauvres, c’est grandement une dévotion de milieu et je m’étonne que l’on ne s’en étonne pas. Pour toucher, étreindre Jésus, il faut rejoindre les derniers. Pour vivre dans l’Esprit, de l’Esprit, la dernière place nous attend. Ailleurs, l’air est vicié, irrespirable. « Il ne sert à rien que Jésus soit dans le tabernacle, écrivait Maurice Zundel, si nous ne sommes pas nous-mêmes son tabernacle. » Et comment le serions-nous à demeurer ailleurs que lui, à une autre place que la dernière ?

L’exigence de haine des siens et de sa propre vie se comprend comme une expression frappée, une formule choc, hyperbole des objurgations à rejoindre la dernière place.

On a l’air de quoi à se dire disciples, à se croire tel, alors qu’on est incapable de ne pas s’emporter à la moindre contrariété ? On a l’air de quoi à se dire de Jésus, à passer des heures à la prière, alors qu’on est incapable de supporter qu’on l’on nous prenne, non notre manteau, mais seulement, d’un peu haut ? Aussi peu crédibles qu’un roi qui partirait en guerre sans avoir les moyens de l’emporter ‑ suicide et meurtres de ses soldats ‑, qu’un bâtisseur incapable d’achever la construction entreprise avec fierté ‑ il faut être un peu m’as-tu-vu pour construire une tour !

Nos versets, inaudibles, ne font que tirer la conclusion de la dernière place en mettant en évidence le ridicule, plus grave, le scandale de se dire disciple et de ne pas l’être. Ceux qui pourfendent Dieu lui font moins de tort que nos contre-témoignages. Disciples, avant d’être les témoins de Jésus, nous sommes ceux qui en dégoûtent. L’ampleur des conséquences de la trahison se mesure à l’exagération irrecevable de la haine des siens et de soi-même.

La haine et le renoncement, direz-vous, sont frontalement contraires à l’amour y compris des ennemis et à l’appel à la vie qu’ouvre le passeur de Nazareth. Le Zarathoustra de Nietzsche l’a bien montré. Pourtant, la haine de soi et des siens ‑ et non seulement la préférence pour Jésus ‑ est l’expression de la vérité de l’être disciple. C’est l’évangile qui est en jeu dans ces versets de prime abord peu évangéliques.

Avant de pleurer sur le nombre de disciples, toujours trop limité, pleurons sur ce qui empêche Jésus, dans notre fierté, voire notre arrogance, à nous dire disciples, ou encore seulement par le fait d’être repérés comme chrétiens. Nous prétendons être disciples et fuyons la dernière place. Nous prétendons avoir tout quitté, mais notre vie est bien moins dépossédée que celle de beaucoup. Nous n’avons que peu de crainte du lendemain, et tant mieux ! Nous tenons mordicus à nos idées, et c’est bien d’avoir des convictions. Mais disciples ? si peu, si peu. Lorsque la foi est certitude d’être justes, nous, pas comme les autres, elle est idéologie, en termes bibliques idolâtrie.

Quant à l’opposition entre amour de Jésus et amour des frères, cela ne craint rien. Préférer Jésus c’est aimer les frères, sans limite, jusqu’à renoncer à soi-même. Préférer Jésus, c’est s’aimer soi-même ‑ « comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ » ‑ parce que Jésus est vie.

31/08/2022

Darmanin, Hérode, vous êtes foutus !

C'est l'évangile de dimanche dernier (Lc 14, 12-14) On n'invite pas ses amis. On invite surtout ceux qui sont précaires. Du coup, on protège même ses ennemis. L'évangile continue à contester la toute-puissance et l'arbitraire des politiques. Personne ne peut avoir la tête de son ennemi sous quelque prétexte que se soit, plaire à sa cours, plaire à ses électeurs. Il y a d'autres manières de se protéger des criminels et de les sanctionner.

« La protection offerte par l’article 3 de la Convention présente un caractère absolu. Il ne souffre nulle dérogation, même en cas de danger public menaçant la vie de la nation. Il en est de même y compris dans l’hypothèse, où comme en l’espèce, le requérant a eu des liens avec une organisation terroriste. » Cour Européenne des Droits de l'homme, 30 08 2022. 

La France condamnée pour l’expulsion de deux Tchétchènes
La Cour européenne des droits de l’homme a rendu deux arrêts, mardi 30 août, dans lesquels elle estime que la France a violé la Convention européenne des droits de l’homme en les exposant à la torture et à des traitements inhumains et dégradants.
Journal Le Monde


 

26/08/2022

Où voir Jésus ? La dernière place - Lc 14, 7-14 (22ème semaine du temps)

Il est malin, Jésus. Il a bien vu comment cela fonctionne. Pour avoir les bonnes places, il ne faut pas trop jouer des coudes, surtout si on n’a pas tout à fait les moyens. On se fait trop d’ennemis ! Mieux vaut se la jouer modeste, jusqu’à sur-jouer l’humilité, histoire d’être un minimum remarqué. L’anomalie de ce que nous ne sommes pas à la place qui nous revient sera vite corrigée par ceux qui ont le souci des convenances. « Mon ami, monte plus haut ! »

La fausse humilité est une forme commune de l’orgueil et de la vantardise. Jésus donnerait-il aux intrigants non des idées ‑ ils n’en ont pas besoin ! ‑ mais une caution ? Jésus aurait-il ainsi procédé ? Il se serait bien raté. Parce que finir sur une croix, pour celui qui est fils de Dieu, c’est un échec, la faillite d’un système.

Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas feindre de prendre une place qui n’est pas celle que leur rang ou la société leur assigne. « Supposez qu’entre dans votre assemblée un homme à bague d'or, en habit resplendissant, et qu’entre aussi un pauvre en habit malpropre. Vous tournez vos regards vers celui qui porte l’habit resplendissant et vous lui dites : "Toi, assieds-toi ici à la place d'honneur." Quant au pauvre vous lui dites : "Toi, tiens-toi là debout", ou bien : "Assieds-toi au bas de mon escabeau." » (Jc 2, 2-3)

J’y vais un peu fort avec la citation de Jacques ? Mais non, c’est exactement ce que nous faisons dans la société. Les migrants sont traités comme moins qu’humains. Les pauvres sont communément soupçonnés de tricherie aux allocations sociales. Les détenus vivent, c’est bien connu, au Club-Med 365 jours par an. Les habitants des cités et des quartiers déshérités sont incapables de se remuer, les trafics rapportent davantage, etc. Nous n’accordons aux pauvres aucune place, pas même la possibilité de rester debout. Nous les écrasons, en faisons notre marchepied. N’est-ce pas de pomper les pays du Sud que nous sommes riches ?

La honte d’être pauvre. La honte d’être condamné. La honte de ne pouvoir inviter des copains à la maison. C’est à cette hauteur que s’entend le propos de Jésus. C’est à cette hauteur, « au très-bas », qu’il s’est mis. La croix, une faillite, un échec. Il n’avait pas grand-chose, et il a tout perdu. « A celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a » (Lc 19, 26)

Pourquoi choisir la dernière place ? Non par humilité. Mais pour y rencontrer celui qui prend systématiquement cette place, Jésus.

En prison, avec les migrants, je vous le dis, on rencontre Jésus. Non que j’identifie telle personne avec Jésus. Les migrants, les détenus sont comme nous tous, des salauds aussi. Mais dans la rencontre qui dépasse l’étiquette, dans la rencontre des personnes et non de leur statut, on touche Jésus. En prison, avec ceux qui n’ont rien, avec les migrants, on ne cesse de rencontrer Jésus. Certes, certaines de ces personnes sont des saints ‑ je pense en particulier à tel migrant, mais aussi à tel détenu qui fait de sa cellule un lieu de paix et de fraternité au milieu de la coursive ‑ mais telle n’est pas la question. Stop à la starification de la sainteté !

En prison, avec les migrants, avec les pauvres ‑ je pense à la retraite Pierre d’Angle, fraternité quart-monde ‑ dans la rencontre de personne à personne, dans l’accueil des personnes, à se laisser accueillir aussi, à partager seulement un même lieu, un échange de paroles, c’est Jésus qui est là. Je vous le dis, on le touche, on l’étreint. Non pas comme une apparition, magie et merveilleux que les pseudo-spirituels lisent chez les mystiques – « Je suis le Jésus de Thérèse », dit l’enfant à la sainte d’Avila ‑, mais dans son corps, dans sa chair.

Nous sommes si nombreux à dire que l’on ne voit pas Jésus. Mais si nous désertons les lieux où il se trouve, si jamais nous ne fréquentons les lieux où il se tient, nous ne risquons pas de le rencontrer. Ce n’est pas dans l’eucharistie que nous rencontrons le Seigneur, ou alors seulement sacramentairement. Il est présent chez les frères, à commencer ceux de sa prédilection, les pauvres. Le lieu de la révélation, c’est l’échec de la croix. C’est là et là seulement que Dieu se montre. Ceux qui rêvent d’une religion de la réussite, celle du Dieu tout-puissant et celle du croyant, il vaut mieux choisir l’Islam.

Mais alors, nous dira-t-il de monter plus haut ? C’est déjà fait. « Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté. » (2 Co 8,9) Nous sommes élevés dès que nous le rencontrons. Sa rencontre est une invitation « Amice ascende superius ! » car à tous il n’a de cesse de donner la vie, de nous faire vivre grand. Ce n’est pas une meilleure place qu’il nous attribue, mais la meilleure, il nous prend avec lui (2 Th 4, 13, Mc 5, 40 ; 9, 2, 14,33). 

25/08/2022

Comment dire ?

Pédocriminalité dans l'Eglise ?

Peut-être bien.

Una escultura del papa Francisco tirando a un bebé causa polémica en México

Certains crieront au scandale. Mais où est le scandale, dans la sculpture ou dans la pédocriminalité des clercs et la dissimulation par l'institution. C'est comme Piss Christ. L'art aide à ouvrir les yeux.

Un article en espagnol.


20/08/2022

L’idolâtrie du succès

« Il suffit que la figure du vainqueur s’impose visiblement avec un éclat particulier pour que les masses succombent à l’idolâtrie du succès. Elles deviennent aveugles au juste et à l’injuste, à la vérité et au mensonge, à la bienséance et à la vilenie. […] Le succès devient le bien tout court. Attitude qui n’est authentique et pardonnable que dans un état d’ivresse. Une fois qu’on est dégrisé, on ne s’y maintient qu’au prix d’une profonde fausseté intérieure, en se mentant délibérément à soi-même. »

D. Bonhoeffer, Ethique 6, 75 (dans l'édition de 1965, p.53)

Je pense en lisant ces lignes au « succès » des entreprises ecclésiales et pastorales qui veulent réussir manifestement au lieu de suivre l’obscure humilité du chemin à la suite d’une vérité qui ruine et dépossède.

 

Tonnerre (89) 1454