vendredi 4 mars 2022

Cramer les baguettes magiques (1er dimanche de carême)

Je ne sais dans quel monde nous vivons, mais le monde, hier comme aujourd’hui, c’est aussi le mal. Ce n’est pas que le mal : nous savons vivre dans la paix, nous savons nous aimer, même quand ce n’est pas facile. Mais que l’on ait cinq, dix ou cent ans, il y a le mal.

Et nous voulons nous en sortir, et nous voulons le faire reculer. Comme ce serait bien d’avoir une baguette magique. Comme ce serait bien d’avoir un président de la République qui puisse faire les réformes nécessaires pour une société plus juste et respectée. Mais les hommes ou les femmes providentiels, tout comme les baguettes magiques, cela n’existe pas.

Qu’enfant, l’on rêve à changer les choses en un miracle, je le comprends. On a raison, il n’est pas admissible qu’il y ait du mal, et le supprimer est tellement nécessaire. Mais quand les adultes votent pour un soi-disant candidat qui, lui, va changer les choses radicalement, là, on est dans le mensonge, pire, on porte le mensonge au pouvoir.

Regardons ce que cela fait un homme tout-puissant ; cela déclenche la guerre ! On pourrait imaginer que cela change le monde, se mette au service de la paix et de la justice. Je ne crois pas que nous puissions citer un seul homme ou une seule femme de pouvoir qui ait changé le monde dans le sens de la justice. Les Ecritures sont très critiques y compris contre les meilleurs des rois, Salomon et David ! Faire le bien n’est pas une histoire de pouvoir, de force, de magie ou de miracle. On ne peut pas faire le bien par la force.

Pensons à Jésus avec sa volonté de changer nos vies, sa volonté de faire le bien, sa volonté que l’on puisse vivre en paix, que l’on puisse s’aimer. Comment s’y prend-il ? Tant de gens meurent de faim. Et lui aussi a faim dans ce désert. Hop ! un miracle et les pierres sont pain. Hop, un coup de baguette magique, et l’on est riche pour acheter tout ce qui manque, tout ce que l’on veut.

Tant de gens se disputent jusqu’à se faire la guerre, jusqu’à faire la guerre et tuer. Hop, la toute-puissance, et l’on contrôle tout, et tout est soumis. Tant de gens ne reconnaissent pas Jésus et sa mission. Hop ! un miracle. Sauter du haut du temple et atterrir sain et sauf. Si avec cela, tous ne deviennent pas disciples ! Il ne faut pas confondre fan et disciple.

Pendant quarante jours - selon le texte, comprenons toute sa vie - Jésus a pesé le pour et le contre. Il ne cesse de décider de renoncer aux soi-disant solutions, « y’a qu’à », « faut qu’on ». Il s’est retroussé les manches, en allant simplement rencontrer chacun, en personne. Et toi, et toi, et toi, comment feras-tu pour faire reculer le mal ? Accepteras-tu de renoncer à la solution toute-faite, la magie, la facilité, celle du mensonge ou du fric, du pouvoir ?

Cramer nos baguettes magiques. De toute façon, nous savons bien que ça ne marche pas (et pourtant, comme cela nous est difficile de les abandonner !). Mais qu’est-ce qu’on fait après ? On ne peut laisser le mal en nous et autour de nous. Il faut bien lutter contre le mal.

Il n’y a pas que Jésus pour proposer un plan d’action. Mais regardons celui de Jésus. Il ne se présente pas comme une solution. Nous n’avons pas cramé notre baguette magique pour en prendre une autre, sous prétexte que ce serait celle de Jésus. Je connais des chrétiens qui se servent de Jésus comme d’une baguette magique : pas besoin de vaccin, puisque Dieu nous protège. « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Le plan d’action de Jésus, c’est le service. Ce n’est pas seulement l’amour, parce que parfois, les autres ne nous aiment pas, parce que parfois, nous avons du mal à les aimer. La solution, qui n’en est pas une ‑ cela ne va pas tout changer comme par magie, « y’a qu’à », « faut qu’on » ‑ c’est de se faire serviteur. Et quand on sert, on finit par aimer.

Nous aurions dû tous rentrer dans cette église avec nos baguettes magiques, celles de nos rêves, et venir les cramer. Puis prendre ce que nous avons de disponible, des mains, pour servir, une tenue de service. Voulez-vous que nous abandonnions nos baguettes magiques pendant ces quarante jours de carême et portions le tablier du service ?

2 commentaires:

  1. Merci, c'est pas la magie qui sauvera le monde mais l'évangile qui nous fera faire des " miracles"

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  2. Merci Patrick, j'aime beaucoup ce que tu as écrit aujourd'hui.

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