28/05/2025

F. Roux, La vie rêvée des hommes (roman)

Couverture du livre La Vie rêvée des hommes

réédition en livre de poche, mai 2025. 1ère édition Albien Michel, Paris 2021

A la libération de Paris, deux soldats, Stanley et Paul, passent une semaine à s’aimer puis chacun retourne chez lui, à sa vie, celle de fils d’un riche entrepreneur new-yorkais dont il est l’un des adjoints, celle d’un marin-pêcheur breton.

Deux manières différentes voire opposées de vivre avec ce qu’ils sont au plus intime sont décrites durant les Trente glorieuses, puis 68, Stonewall et la « libération sexuelle ». Pour exister socialement, n’être pas rebus, il leur faut cacher l’inacceptable aux yeux tant du Maccarthysme que des structures sociales et familiales, de ses propres interdits. Etre homosexuel dans ces années-là, mais sans doute depuis toujours et pour longtemps encore sous bien des latitudes, signifie secrets et mensonges ou marginalisation, exclusion.

Sortir du mensonge n’est pas seulement une affaire de coming-out ou d’outing. La liberté des mœurs – c’est la vie de l’Américain – ne garantit pas la vérité, celle qui rend libre. Stanley demeure enfermé sous le non du père, même longtemps après le décès de ce dernier. A bien des égards, son mépris urbain renouvelle le rejet paternel. Les noms dupèrent !

Paul, par l’entremise de quelques personnes, finit par se réconcilier avec ce qui lui était interdit et qu’il s’interdisait d’être au prix d’une vie triste, enfermement, impasse. Longtemps, sa fidélité, mortifère, le fait demeurer là où il a dit qu’il serait, époux, père, patron, syndicaliste, etc. ‑ quand bien cela repose sur un mensonge. A défaut de l’estime de soi, cela permet au moins la sollicitude envers autrui et l’hospitalité. Paul tâtonne, marche sans écraser, sans reproduire ce qu’il a subi.

Eros et Thanatos sont passablement difficiles à séparer. Choisir la vie est une aventure que certaines situations transforment en parcours du combattant, en agonie même. Oxymore pascal.

 

« Si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous » (Jn 16, 7)

 La gare de Perpignan de Savador Dali (musée de Cologne)

« Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé,
et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?”
Mais, parce que je vous dis cela,
la tristesse remplit votre cœur.
Pourtant, je vous dis la vérité :
il vaut mieux pour vous que je m’en aille,
car, si je ne m’en vais pas,
le Défenseur ne viendra pas à vous ;
mais si je pars, je vous l’enverrai. »
Jn 16, 5-7
 
 
Paraclet, c'est quoi exactement ? Défenseur de quoi, de qui ? Auprès de qui, de quoi ? On n'a tout de même pas besoin d'un avocat devant Dieu ?
 
C'est manifestement ou l'Esprit ou Jésus. On ferait bien de moins dire la présence de Jésus, pour laisser l'Esprit vivre en nous, changer nos vies, les convertir. La présence de Jésus, ou le bourrage de crâne quant à la présence de Jésus, empêche l'Esprit. On se dit disciple, la preuve, on s'agrippe à son cadavre même vivifié -Noli le tangere !- et l'on refuse d'ouvrir les mains pour recevoir l'Esprit. Faut dire que lui, moins objectivable, il ne se repère que dans la transformation de nos vies, et qui a envie de transformer sa vie ?

25/05/2025

Passer en faisant le bien. Leonardo Boff

Jésus dit les choses absolument sans détour, d'une façon qui s'impose. Tout ce qu'il a dit et fait est transparent, cristallin et évident. Les humains le perçoivent au plus haut point. Au contact de Jésus, chacun se retrouve avec lui-même et le meilleur de ce qu'il y a en lui : chacun est mené à l'originaire (8). Pour moi, le plus important qui se dit de Jésus dans le Nouveau Testament n'est pas tant qu'il est Dieu, Fils de Dieu, Messie, mais qu'il passa en faisant le bien, guérissant les uns et consolant les autres. Comme j'aimerais que cela soit dit de tous et de moi (9).

Jesús... dice las cosas con absoluta inmediatez y soberanía. Todo
lo que dice y hace es diáfano, cristalino y evidente. Los hombres lo
perciben al punto. En contacto con Jesús, cada uno se encuentra
consigo mismo y con lo que de mejor hay en él: cada cual es
llevado a lo originario (8) Para mí, lo más importante que se dijo de
Jesús en el Nuevo Testamento no es tanto que él es Dios, Hijo de
Dios, Mesías, sino que pasó por el mundo haciendo el bien,
curando a unos y consolando a otros. Cómo me gustaría que se
dijera eso de todos y también de mí (9).

(8) L. Boff, Jesucristo y la liberación del hombre, Madrid 1981, 122s.
(9) L. Boff, Una espiritualidad liberadora, Estella 1992, 15.

Conférence de Jon Sobrino, Jésus est-il une bonne nouvelle ?

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Du jubé de Notre-Dame de Paris

 

23/05/2025

Cœur-à-cœur avec Dieu ? (6ème dimanche de Pâques)

 


Les versets que nous venons d’écouter (Jn 14, 23-29) répondent à une question de Jude : « Seigneur, que se passe-t-il ? Est-ce à nous que tu vas te manifester, et non pas au monde ? » Comme souvent chez Jean, on cultive le quiproquo, on donne l’impression que questions et réponses ne correspondent pas. Cela oblige à chercher leur lien.

En supprimant la question disparaissent le monde et le nous qui laisse le lecteur à une suite individuelle, un attachement personnel à Jésus ; si quelqu’un m’aime, nous viendrons chez lui. Le texte parle de l’inhabitation du Père et du fils dans le cœur du disciple et cette inhabitation n’a rien à voir avec le cours du monde ; elle concerne uniquement ce que l’on appelle de façon détestable la vie spirituelle, cœur à cœur. Mon Jésus et moi.

De façon détestable, parce qu’on laisse entendre qu’il y a, à côté de la vie professionnelle, familiale, de loisirs, etc., un temps pour la vie de foi et plus spécifiquement pour la prière. Cette manière de voir est païenne en ce qu’elle laisse réserve un temps pour le culte, et que le reste de la journée ou de la semaine, on peut vaquer à ses occupations. Or la vie spirituelle, c’est la vie, toute la vie, dans l’Esprit ou selon l’Esprit. Il n’y a pas un moment qui ne soit prière, s’il faut obéir à l’injonction de l’Apôtre de prier sans cesse. L’habitation de Dieu avec Jésus ne se fait pas dans le sanctuaire, dans le cœur, mais dans l’ordinaire de la vie, au cœur de la vie.

Pour sortir de ce qui ramène l’évangile au paganisme, il faut, comme toujours, se tourner, se retourner vers Jésus. Qu’a-t-il vécu et comment ? Il est mort pour avoir osé dire et manifesté que le relèvement des écrasés est la manifestation de l’amour de Dieu, de son salut. Luc le dit le plus explicitement avec le Magnificat par exemple ou la prophétie d’Isaïe qui ouvre la mission de Jésus à la synagogue de Nazareth, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. C’est intempestif, inaudible, toujours à redire quitte à conduire à la mort. Le salut, l’amour de Dieu – et c’est bien ce dont parle le texte d’aujourd’hui – renverse les structures d’oppression quelles qu’elles soient, sociales, politiques, économiques, religieuses.

Si Jésus est conduit à la mort, c’est parce que sa vie, manifestation de l’amour de son père, lieu du salut, s’oppose à l’ordre du monde, entendons l’ordre de ceux pour qui ça va bien, ceux qui sont du bon côté. Et tant mieux pour eux ! mais il y a tous les autres.

Si le Père et le Fils demeurent en quelqu’un, c’est que celui-ci aime comme Jésus, qu’il se range du côté des écrasés et qu’ainsi il dit qui est Dieu, parce que c’est aux humiliés et affamés en premier qu’est annoncé l’évangile. L’inhabitation trinitaire n’est pas une mystique éthérée, anhistorique. La mystique selon l’évangile est toujours historique et charnelle.

L’Esprit fait se souvenir de tout ce que Jésus a dit, non comme un joli message, fût-il d’union avec le divin, mais comme ce que Jésus a vécu, une posture, un style de vie, avec et pour les écrasés. Impossible de parler de l’Esprit sans parler des petits, à moins de blasphémer, péché impardonnable. Le souvenir de l’Esprit est la conformation de nos vies selon celle de Jésus. Ainsi nous nous souvenons de tout ce qu’il nous a dit. Le souvenir de l’Esprit ne donne pas sens à la mort en croix, mais révèle jusqu’en cette mort, le salut, l’amour du Père et du Fils pour les plus petits, puisque la vie de Jésus s’est articulée pour et avec eux.

« La mort de Jésus n’est le sens final de sa vie que dans la mesure où la mort où l’a conduit sa vie montre en même temps le sens historique et le sens théologique de sa vie. C’est donc sa vie qui donne le sens ultime de sa mort […] Il s’ensuit que ses disciples ne doivent pas d’abord centrer leur attention sur la mort comme sacrifice mais sur la vie de Jésus qui ne sera donc la leur que si elle entraîne aux mêmes conséquences que celle de Jésus. […] Quand il dit avec insistance qu’il est une tête vis-à-vis d’un corps, et qu’il enverra son Esprit par lequel son œuvre se poursuivra, il vise le cours historique de sa vie éternelle. […) Ni le culte ni même la célébration de l’eucharistie ne sont le totum de la présence et de la suite de Jésus : la continuation historique est nécessaire en ce qu’elle poursuit ce qu’il a réalisé, comme il l’a réalisé. […] Voilà pourquoi il faut se demander qui continue à accomplir sa vie et sa mort dans l’histoire. » (I. Ellacuria, Le peuple crucifié, p. 72-73)

 

Patricia Trudeau, 2013 Station 5, Simon de Cyrène

16/05/2025

L’amour les uns pour les autres comme profession de foi (5ème dimanche de Pâques)


 

Lors de sa rencontre avec les cardinaux au lendemain de son élection, le nouvel évêque de Rome formula en quelques propositions ce qui constitue la nouveauté de Vatican II. Il commença par « le retour à la primauté du Christ dans l’annonce ». Les exégètes du Concile le disent, mais voilà qu’une thèse herméneutique devient un enseignement du magistère ordinaire du Pape. Allant de soi, dit paisiblement, sans créer de polémique, l’herméneutique d’une certaine rupture : on avait sorti donc le Christ du centre et il fallait l’y remettre.

Qu’avait-on mis à sa place ? Sommes-nous définitivement protégés de l’exclusion du Christ du cœur de la foi et de la pratique ecclésiale ? La prédication, la pratique et la vulgate contemporaines insistent, dans un monde dont Dieu semble absent, sur sa présence et les signes que nous en avons : ce que l’on ressent dans la prière jusqu’aux miracles de Lourdes en passant par la prière d’adoration et la présence réelle.

Evidemment, on n’exclut pas volontairement le Christ du discours, mais son nom n’est pas prononcé. Simultanément, tout est mis sur le même niveau, comme si les miracles et les guérisons, la prière et l’adoration, pouvaient venir avant ou avaient la même importance que la mort et la résurrection du Christ et sa fraternité avec chacun, à commencer par les rejetés.

Le dernier concile, dans un contexte œcuménique, a avancé le concept de hiérarchie des vérités. A mettre toutes les affirmations de foi sur un même plan, on construit un système religieux et une perception du monde qui ne sont plus chrétiens. On s’interdit de voir tout ce qui unit les chrétiens – le Christ lui-même – et se retrouve face à que ce qui les oppose.

La hiérarchie des vérités de la foi permet de ne pas bâtir, à partir du secondaire et même du second, un discours et une pratique qui omettent le centre, pour confesser la foi catholique et non un catholicisme plus guère chrétien.

Dès le Premier Testament et explicitement dans le Second, la présence de Dieu réside dans la considération des frères et sœurs, à commencer par les plus déconsidérés. La parabole du jugement dernier de Matthieu affirme : ce que l’on fait ou pas à l’un de ces petits qui sont les siens, c’est à lui, Jésus, qu’on le fait ou non.

L’évangile de ce jour (Jn 13, 31-35) parle explicitement de la présence de Jésus par son absence imminente. Ce qui authentifie que nous sommes dans le coup, ce n’est pas la prière ou les guérisons et leur merveilleux, ni les sacrements (dont l’eucharistie et son ultime dérivation, l’adoration), mais l’amour que nous avons les uns pour les autres. En outre, la charité comme centre de la foi est missionnaire ; c’est à elle que sont reconnus les disciples.

Quant au verset souvent invoqué de la présence de deux ou trois réunis en son nom, il faudrait s’assurer qu’il ait un rapport direct avec la prière, ce que pourrait laisser entendre le verset précédent mais pas le suivant. Etre réunis au nom de Jésus, n’est-ce pas la vie des disciples lorsqu’ils aiment ? La première lettre de Jean exprime comme le commandement de marcher comme lui a marché. Jamais Jésus n’a marché seul, toujours avec les disciples. Dès les premiers instants, c’est net chez Marc et Jean, son ministère est une marche avec d’autres.

Guérison, adoration, prière, présence réelle. Tout cela peut se prononcer sans les frères. Cela devrait nous prévenir qu’il s’agit davantage d’un ordre du monde à défendre que de la discipline du Christ. L’amour mutuel – la voie éminente, dit Paul : si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’un cuivre qui résonne – est le cœur de la confession de foi parce qu’il est la pratique de Jésus, lui qui passait en faisant le bien.

Tout est dit dans l’amour pour les frères et sœurs, il n’y a pas à ajouter un amour pour Dieu. « L’amour de l’homme pour Dieu n’est pas une sorte de relation exclusive pour un "être surnaturel" au-delà de l’horizon du monde, mais il doit, par son caractère sans limites et sans conditions, ressembler à l’amour de Dieu lui-même, qui embrasse tout et maintient tout ce qui est par son amour ; il doit ressembler à Dieu qui est présent en tout avec amour et en tant qu’amour. » (T. Halik, L’après-midi du christianisme, 191)

12/05/2025

Fioretti




 
Regardez bien, le regard des surveillants, la main, c'est le détenu qui tient la main, le pape, trop faible sans doute, ne peut plus rien saisir.
 

Jean-François, un jeune détenu, me demande ce que je pense du nouveau Pape. Que répondre ? Qu'il aura à cœur, comme François, les méprisés.
Tu sais où s'est déroulée la dernière sortie de François du Vatican, le jeudi, quatre jours avant sa mort ? On ne l'a vu à aucune des messes ou célébrations de la Pâque. Il est apparu dimanche, après la messe pour la bénédiction et un tour sur la place. Mais sa dernière sortie, qui épuise ses forces plutôt que les offices de la semaine sainte, c'est pour les détenus.
Je ne sais qui de Jean-François ou moi était le plus ému.
 
 
 

Jean-François n'en peut plus de l'incarcération. Six jours plus tôt, dans une cellule toute proche de la sienne, un copain est mort subitement, retrouvé au matin.


09/05/2025

Prier pour les vocations ? (4ème dimanche de Pâques)

Marie Madeleine pénitente (1605 – 1610), 118 × 105 cm, collection privée.

Prier pour les vocations, nous dit-on, réciter des prières pour les vocations, textes écrits laborieusement par des évêques eux-mêmes, Mais depuis le temps que l’Eglise y est engagée, le plus officiellement, on constate que cela ne marche pas. Rien d’étonnant en soi. La prière n’est pas faite pour fléchir le Seigneur, « comme les païens » qui rabâchent !

Dans l’imaginaire. Dieu aurait un plan pour chacun, décidant de la vie des uns et des autres, religieux ou religieuse, prêtre et pourquoi pas évêque ou pape. Et ce serait rater sa vie que de refuser l’appel. Dieu ne veut qu’une chose pour nous, la joie : « Je veux que tu vives ».

Certains détenus pensent que Dieu qui sait tout les conduit en prison, qu’il leur faut prendre la punition pour repartir plus forts sur le bon chemin ou l’épreuve comme un test de fidélité. Ce discours donne du sens à l’incarcération. Mais à quel prix ! Celui de l’illusion. Sans rien dire du démenti qu’apporte statistiquement la récidive. Dieu n’est pas un magicien ou le grand ordonnateur du monde et de nos vies.

Il faudrait se demander pourquoi, si l’on veut maintenir l’image d’un Dieu qui dirigerait le monde et l’Eglise depuis les cieux, il se fait sourd aux prières de son Eglise. Ce pourrait-il que Dieu ne veuille pas qu’il y ait des prêtres, encore moins sur le modèle qu’on lui réclame ? Et si la réduction drastique du nombre de vocations spécifiques dans l’Eglise était la volonté de Dieu. Il est plus urgent de déchiffrer les signes des temps que de se réfugier dans la prière. Sous prétexte de dévotions, la nuque raide, nous refusons de nous convertir.

Le peuple de Dieu en nombre de ses membres trouve non pertinentes les vocations telles qu’on les réclame. On ne pourra dire que le saint peuple de Dieu a déserté la vraie foi sous peine de nier le sens de la foi des fidèles ; il réclame une conversion, une correction de la doctrine. Des disciples de divers ordres, hiérarchisés, différents non de degré mais d’essence, ce n’est pas ainsi que l’on peut faire Eglise. « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. »

Le pouvoir est dans l’Eglise masculin et une affaire de dernier mot. La synodalité en est le renversement. Il faut certes pour le service de la communauté que quelques-uns assurent la coordination et les sales besognes. Est-ce cela un évêque ? Mais ce n’est pas parce que vous être prêtre ou évêque, que vous êtes compétents pour prêcher, prier, être attentif aux plus faibles, décider, dire le droit et le bien de la communauté, et j’en passe. Plus encore, le ministère ne peut pas être concentration des pouvoirs, en une personne, organisation, enseignement, sanctification. Cela va à l’encontre de la pluralité des charismes et contredit l’égalité foncière de tous, quoi qu’il en soit des déclarations sur le pouvoir comme service.

Le pouvoir ecclésiastique est un autocratisme que les sociétés modernes ne peuvent supporter et qui apparaît aujourd’hui contraire à l’évangile. Le contester est autant question de principe que constat d’un dysfonctionnement. Et dire cela ne remet pas en cause ipso facto l’importance et le sens des ministères.

Assez du célibat obligatoire, assez du refus d’ordonner des femmes alors que, dans les faits, plusieurs assument le ministère (empêchées seulement de présider les sacrements, révélateur de la sacralisation du pouvoir), assez du discours sur la sainteté des consacrés et ministres. Ajouter que ces mâles sont choisis par Dieu interdit de comprendre les criminels parmi eux autrement que des exceptions, et non le fait d’un système. Qui peut sainement croire voire dire qu’il a tout quitté pour Dieu par la « grâce » (sic !) de l’imposition des mains ? Il n’y a qu’une manière d’être disciple, non pas donner sa vie, mais recevoir la vie que, seul, il donne. Entre la rhétorique du don de leur vie et la dénonciation de l’environnement systémique favorable aux pervers, il faut choisir, parce que la mise en évidence de la systémicité constitue une démythologisation du pouvoir.

La crise des crimes sexuels oblige non seulement une réponse juste aux victimes mais une conversion de la théologie des ministères. Cette crise est l’indice, en plus du vide des séminaires et noviciats, que cela ne va pas, que cela ne peut pas continuer. La théologie de l’appel par Dieu au ministère est récente ; traditionnellement, c’est l’Eglise qui appelle.

Etre disciple, c’est toujours répondre, parce que Dieu, le premier, nous a aimés. On est disciple non parce qu’on ratifierait un système du monde, mais parce que l’on se reconnaît aimé avant même de pouvoir, de savoir aimer. Etre disciple, c’est effectivement être appelé, Que l’on n’imagine ni coup de fil, ni coup de tonnerre, ni conversion devant la Vierge du pilier à Notre Dame. Nous ne pouvons pas nous faire les ventriloques de Dieu. Or l’Eglise fait parler Dieu comme cela arrange la caste masculine qui la gouverne. Résultat, elle se prive des ministres dont elle a besoin. Prier pour les vocations c’est souvent rejeter ce que Dieu donne.

 

 

 

Greco a assurément peint une Madeleine pénitente, en pleurs. On pourrait aujourd'hui, sorti de l'unification des trois Marie, penser que la femme apôtre des apôtres, première convertie qui se retourne vers le Jardinier, pleure le refus de conversion des hommes, esseulée sur son chemin de foi, lâchée par ceux qui se prétendent détenteurs de son héritage, privée du droit à la parole, du moins suffisamment pour que les hommes, disciples sans foi, puissent décider sans elle.