06/01/2023

Catholique ? (Epiphanie du Seigneur)

La France fut un pays chrétien. C’est vrai aussi de tous les pays de la vieille Europe. Mais voyons, un pays peut-il être chrétien ? Certes on parle d’une culture chrétienne, d’une école chrétienne, d’institutions chrétiennes. On parle peu d’un art chrétien. Il semble surtout que seules des personnes puissent être chrétiennes, disciples de Jésus. D’où l’imbroglio insensé lorsque que l’on revendique l’identité chrétienne de son pays et que l’on ne partage pas la foi, voire s’oppose à ce qu’a vécu Jésus.

L’Europe a été majoritairement habitées par des baptisés depuis plus de mille ans, dira-t-on. Mais la dire chrétienne, c’est une fois encore écrire l’histoire en s’essuyant les pieds sur les minorités et les victimes. Il y eut toujours des Juifs en Europe. Comme l’Eglise a du mal à penser qu’une part de l’humanité, celle dont Jésus tient sa chair, est l’autre inassimilable ; jamais l’Eglise visible sera entière. Quant aux membres de l’oumma de l’Islam, ils ont non seulement fourni une main-d’œuvre méprisée durant les Trente Glorieuses à l’Europe dite chrétienne, mais leur science a fécondé et nourri celle de l’Occident.

Si les pays ne peuvent pas être chrétiens, ils ne peuvent pas non plus cesser de l’être. Pleurer sur la fin de la France chrétienne est une fumisterie. Combien d’une part sont véritablement disciples à chaque génération ? L’annonce de l’Evangile, d’autre part et surtout, est toujours à recommencer. C’est épuisant, un tonneau des Danaïdes. Ainsi en va-t-il de l’humanité, de l’éducation, toujours tout reprendre à zéro, afin qu’adviennent à chaque génération des hommes et des femmes pas trop indignes de ce nom.

Lorsque le Credo nous fait confesser l’Eglise catholique, cela n’a pas grand-chose à voir avec une Eglise mondiale sous la vigilance du pape. La catholicité ne part pas d’un centre qui imprime jusqu’aux périphéries les plus lointaines une identité. Au contraire, elle est ce qui advient lorsque les lointains de la terre se reconnaissent et parviennent à penser et à vivre selon le tout. La foi, plus encore que l’Eglise, est catholique ou n’est pas ‑ on ne la dit pas française ou ukrainienne, algérienne ou romaine. Elle n’est pas plus internationale que le propre d’une culture ou d’une nation. Cette distinction est aussi la laïcité.

Il n’y a pas les Eglises locales et l’Eglise universelle. Rome n’est pas le siège d’une multinationale. L’Eglise universelle ne réside que dans la communion des communautés d’une Eglise particulière. C’est confondre catholique et international que de penser que l’on voit davantage l’Eglise universelle à Rome à moins que dans sa chapelle on ne fréquente que des gens comme soi. Saurons-nous faire de nos communautés en communion avec celles du coin des espaces selon le tout, accueillants à tous ?

Penser selon le tout n’est pas la disparition des différences, quand on confond uni et uniforme. Dans le monde soumis à la tentation babélienne de l’uniformisation sous prétexte de paix, alors que l’on ne supporte pas que l’autre soit différent parce qu’ainsi il désabsolutise ce que je suis, la catholicité de la foi baptismale est pentecostale ; des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards, des personnes de toute nation et de toute langue entendent, comprennent la même promesse, celle de la vie, le même appel, celui de la vie.

Dans l’Evangile (Mt 2, 1-12), on vient de loin pour adorer l’enfant. Ce ne sont pas des gens d’ici. Ce ne sont pas des gens comme nous. Ils n’ont pas notre religion. L’évangélisation ne part pas d’un centre, mais marche de partout vers un centre, qui n’est pas un lieu, mais Jésus. Les lointains annoncent à chaque lieu ce que chaque lieu ne peut voir, concevoir. Aucun lieu, aucune Eglise ne peut être elle-même sans les autres, comme aucun homme, aucune femme ne peut être humain sans les autres. Chaque Eglise se doit de recevoir la vénération que d’autres rendent à l’enfant. L’hospitalité de la vénération d’autrui se pratique depuis la crèche de Bethléem, la Maison-du-pain. Il n’y a pas une seule Eglise, mais l’unité des Eglises. Ainsi seulement la catholicité est possible. Comme Cyprien de Carthage et le dernier Concile à sa suite, il convient de parler de l’unification de l’Eglise, reçue de l’unité divine, laquelle n’est pas uniforme mais communion du Père, du Fils et de l’Esprit.

Comme chaque fois que nous célébrons Jésus nous sommes engagés à sa suite, engagés donc à rectifier le tir, à nous convertir. L’épiphanie exprime l’annonce de l’Evangile toujours à recommencer. Avec l’évangile de Matthieu, Jésus est un enfant. Il est incapable de la moindre autonomie. Pas même le nouveau-né ne peut-il compter sur l’amour des siens, puisqu’il ne sait rien de ce que cela veut dire. Grâce à leur amour il le découvrira. Des hommes et des femmes offrant leur amour à un enfant qui vient de naître, c’est ce que refusent les violences et la guerre. C’est pourtant le salut, la vie, Dieu. « Dieu veut que tous les humains soient sauvés. »

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