08/12/2022

Obsession sexuelle et Immaculée Conception (8 décembre)

La fête de l’Immaculée Conception de 1854 plonge ses racines assez peu profond dans l’histoire, puisque les premiers « immaculistes » ne remontent pas au-delà du XIIIe siècle. La proclamation du dogme a pour cadre la réaffirmation catholique après la Révolution Française, l’Eglise intransigeante de Grégoire XVI et Pie IX.

Alors que l’Eglise perd du terrain dans le domaine politique, elle se rabat sur l’intime et la vie privée. Ne contrôlant plus l’espace public, elle veut régir la chambre à coucher. Et l’on sait le lien entre péché originel et sexualité. L’obsession sexuelle sous la forme de l’interdit du sexe en dehors de la seule visée procréatrice triomphe avec la proclamation du dogme. Mais le péché n’est pas une MST !

Le péché c’est l’humanité qui pactise avec le mal. Seul l’amour nous en délivre, seul l’amour de Dieu nous en libère radicalement. Le péché originel s’il fait sens, c’est le mal qui dépasse les actes que nous posons et nous plonge en lui au-delà de ce que nous voulons dans tel acte pécheur. Avec le péché originel nous ne parlons pas d’une hérédité, mais d’une forme de désindividualisation du péché qui trouve à se dire aujourd’hui à travers les structures collectives de péché. Comme si une solidarité dans le mal débordait notre propre faute.

Si Marie est sans péché, ce n’est pas du fait de sa virginité, ni d’une naissance ou d’une conception extraordinaire. Le dogme lui-même en convient ; la vie de Jésus, que sa mort résume de façon métonymique, est le combat de Dieu contre le mal. Le billet de la dette qui était contre nous est cloué sur la croix (Col 2, 14). Ce n’est pas Marie qui écrase de son pied l’antique serpent, mais Jésus. Ou bien, si l’on veut, en Jésus, l’humanité, la vivante, Eve, écrase le mal. Si la mère de Jésus est l'humanité, oui, elle a été conçue sans péché, parce que Dieu ne crée pas le mal. Oui, elle est libérée du péché, « merveille plus grande encore de notre rédemption ». C’est notre prière chaque jour « délivre-nous du mal ».

Le dogme de ce jour ne peut être dit marial. Les dogmes mariaux n’ont pas lieu d’être. Le dogme pour tenir ne peut être que ce que pensaient les médiévaux, bien avant sa définition. Il est christologique. Jésus ne peut que rendre sainte la maison qu’il habite, le sein qui le porte ou le domicile de Zachée. « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison » ; « L’ange entra chez elle et dit : "Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi". » Jésus ne peut que rendre immaculée l’humanité de qui il reçoit sa chair.

Il faut être obsédé sexuel pour penser que la virginité est le summum de la sexualité. On peut être vierge et bien loin de la chasteté. On peut être abstinent et prendre possession des autres d’une façon incestueuse. C’est pour l’avoir ignoré, avoir refusé de le voir, que nous sommes noyés par les scandales d’abus de pouvoir et d’abus spirituels. Les violences sexuelles sont une arme de destruction massive que les guerres mettent à la une des journaux autant que les actes des criminels sexuels dans et hors de l’Eglise. Comment jusqu’à récemment, ces crimes n’étaient que si peu dénoncés par l’Eglise alors que sa conception du sexe était si radicale ? Comment nos sociétés peuvent-elles dénoncer, à juste titre, ces crimes, et ne pas s’inquiéter outre mesure de l’asservissement économique et politique de tant de peuples, qu’elles continuent à posséder ? Voilà qui dénonce comme le nez au milieu de la figure notre obsession sexuelle sous prétexte de pureté ou de droit à disposer de son propre corps. La prise de possession d’autrui, qui peut aller jusqu’à sa destruction, préoccupe moins l’Eglise que la défense du célibat ecclésiastique ou le statut marital des uns et des autres ou l’abstinence des consacré(e)s. Voilà un des delicta graviora dont feraient bien de s’emparer la Doctrine de la foi et autres tribunaux romains.

Il est en ces temps des manières scandaleuses de fêter l’Immaculée Conception. Et l’évangile que nous aurions dû entendre aurait sans doute été plus à propos s’il avait été celui de ceux par qui le scandale arrive pour lesquels la meule accrochée au cou serait la moins pire des issues.

C’est par Jésus et Jésus seulement que l’humanité est restaurée, non pas préservée du mal, mais libérée du mal. Le dogme ne fait pas de la situation de Marie un privilège. Si Marie est sans péchés, c’est comme tout le monde, parce qu’elle est sauvée. Ils sont nombreux ceux qui n’ont jamais accepté, y compris Docteur de l’Eglise, qu’il y ait un autre que Jésus qui soit sans péché. Nous célébrons aujourd’hui, comme toujours, le seul saint.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f5/CaravaggioSerpent.jpg

5 commentaires:

  1. Bonjour, je me permets une question: Si le Verbe prends corps en l'humanité, ne pourrait-on considérer aussi que c'est toute l'humanité qui est "immaculée conception?" A bientôt

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    1. N'est-ce pas quelque chose comme cela, qu'en outre, je dis...

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  2. La nature même de l'homme est d'être pécheur. C'est en fait la fête de l'immaculee conception du Christ . Marie comblée de grâces bénie entre toutes les femmes ne pouvait qu'être sainte vu sa proximité à son fils.

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    1. La formule "la nature même de l'homme" est compliquée à utiliser. C'est quoi la nature ? En bonne théologie, je ne suis pas sûr que l'on dirait ce que vous écrivez, puisque justement, le péché originel dit qu'advient le mal comme contexte de l'action et de la vie. Ce n'est donc pas... la nature.
      Ce n'est pas la proximité avec son Fils qui fait la sainteté de Marie. Je crois que l'évangile est assez explicite sur ce point. « 27 Or il advint, comme il parlait ainsi, qu'une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : "Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés !" 28 Mais il dit : "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'observent ! » (Lc 11)
      On se demande d'ailleurs pourquoi, dans ces conditions, Joseph n'est pas lui aussi protégé du péché des origines. N'a-t-il pas accueilli Jésus dans sa maison, comme si celui-ci était le fruit de sa chair ? N'a-t-il pas été si proche de Jésus ?

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  3. Effectivement, si le péché était naturel , il ne relèverait pas du choix de l'homme et donc ne serait pas un pêché mais une "limite" qu'on ne pourrait lui reprocher...

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