13/10/2012

Quelques extraits de la constitution conciliaire sur la liturgie

Quelques extraits de la constitution Sacrosanctum concilium de Vatican II sur la liturgie ont été sélectionnés et disposés pour être lus, comme des monitions, afin d'introduire au sens de la liturgie. La constitution conciliaire elle-même recommande, certes avec parcimonie, ce type de monitions : "En outre, la catéchèse plus directement liturgique sera inculquée de toutes les manières ; et, dans les rites eux-mêmes, on prévoira de brèves monitions si elles sont nécessaires ; elles seront dites par le prêtre ou par le ministre compétent, mais seulement aux moments les plus opportuns et dans les termes indiqués ou avec des paroles équivalentes." § 35/3.


Ouverture de la célébration
9. La liturgie n’est pas l’unique activité de l’Église
La liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église ; car, avant que les hommes puissent accéder à la liturgie, il est nécessaire qu’ils soient appelés à la foi et à la conversion […] C’est pourquoi l’Église annonce aux non-croyants le Kérygme du salut, pour que tous les hommes connaissent le seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus Christ, et pour qu’ils changent de conduite en faisant pénitence. Quant aux croyants, elle doit toujours leur prêcher la foi et la pénitence ; elle doit en outre les disposer aux sacrements, leur enseigner à observer tout ce que le Christ a prescrit, et les engager à toutes les œuvres de charité, de piété et d’apostolat pour manifester par ces œuvres que, si les chrétiens ne sont pas de ce monde, ils sont pourtant la lumière du monde, et ils rendent gloire au Père devant les hommes.
10. La liturgie, sommet et source de la vie de l’Église
Toutefois, la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu.
14. La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien, « race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté » (1 P 2, 9 ; cf. 2, 4-5).
Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie. Elle est, en effet, la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien.

Liturgie de la Parole
24. Bible et liturgie
Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes que l’on chante ; c’est sous son inspiration et sous son impulsion que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c’est d’elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification. Aussi, pour procurer la restauration, le progrès et l’adaptation de la liturgie, il faut promouvoir ce goût savoureux et vivant de la Sainte Écriture dont témoigne la vénérable tradition des rites aussi bien orientaux qu’occidentaux.

Prière universelle
53. La prière des fidèles
La « prière commune », ou « prière des fidèles », sera rétablie après l’évangile et l’homélie, surtout les dimanches et fêtes de précepte, afin qu’avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Église, pour ceux qui détiennent l’autorité publique, pour ceux qui sont accablés de diverses détresses, et pour tous les hommes et le salut du monde entier.

A l'offertoire
48. Participation active des fidèles
Aussi l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu ; qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous. 
50. Révision de l’ordinaire de la messe
Le rituel de la messe sera révisé de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre ainsi que la connexion mutuelle de chacune de ses parties, et que soit facilitée la participation pieuse et active des fidèles.
Aussi, en gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera, on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira, selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure où cela apparaîtra opportun ou nécessaire.

Après le geste de paix
55. La communion, sommet de la participation à la messe ; la communion sous les deux espèces
On recommande fortement cette participation plus parfaite à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le Corps du Seigneur avec des pains consacrés à ce même sacrifice.
La communion sous les deux espèces, étant maintenus les principes dogmatiques établis par le Concile de Trente  peut être accordée, au jugement des évêques, dans les cas que le Siège apostolique précisera, tant aux clercs et aux religieux qu’aux laïcs ; par exemple : aux nouveaux ordonnés dans la messe de leur ordination, aux profès dans la messe de leur profession religieuse, aux néophytes dans la messe qui suit le baptême.
56. Unité de la messe
Les deux parties qui constituent en quelque sorte la messe, c’est-à-dire la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique, sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte. Aussi, le saint Concile exhorte-t-il vivement les pasteurs d’âmes à enseigner soigneusement aux fidèles, dans la catéchèse, qu’il faut participer à la messe entière, surtout les dimanches et jours de fête de précepte.

12/10/2012

11 octobre 1962 - 11 octobre 2012. Cinquantième anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II


Le 11 octobre 1962 s’ouvrait le concile Vatican II. Les évêques du monde entier étaient invités, soit environ 2500 qui sont retrouvés pendant quatre sessions de deux mois, accompagnés d’experts en théologie, en présence d’invités, notamment des représentants des autres confessions chrétiennes.
Fêter ce cinquantenaire, personne dans l’Eglise ne devrait pouvoir y échapper tant l’événement a d’importance pour l’Eglise du XXème siècle. Mais il est des manières de commémorer un événement qui n’ont d’autre but, ou du moins d’autre conséquence que de mieux s’en démarquer. Il ne faudrait pas que ce cinquantenaire ne soit qu’un enterrement fût-il de première classe.
Ainsi, ne saurait convenir même une commémoration qui serait informative ou érudite, aussi nécessaire que soit la connaissance de l’événement. Si nous nous tournons vers ce passé récent de notre Eglise, c’est parce que nous pouvons y puiser pour aujourd’hui des éléments pour nous repérer dans la vie, ce que les deux derniers Papes ont appelé une boussole pour notre temps.
Parler de boussole, c’est sous-entendre qu’il n’est pas évident de trouver son chemin, qu’une analyse de la situation est nécessaire pour s’orienter et que, comme un nord qui permet de se repérer, le concile indique non pas la route à suivre – on irait tous au pôle nord ! ‑, mais comment orienter la carte de ce monde, de notre vie, de notre foi, pour continuer notre marche sur les chemins de l’évangile.
Etre disciple de Jésus, c’est être en route, c’est un chemin. Lui-même s’est dit chemin, et les premiers chrétiens s’appelaient entre eux disciples de la Voie. Lorsque le monde change, lorsque l’on en est à une rupture de civilisation, certains pleurent et agitent le spectre d’une apocalypse. D’autres trouvent des moyens nouveaux, de nouvelles cartes de la société et de la culture. Reste à les orienter, et le concile est la boussole pour l’Eglise. Nous n’avons rien à craindre. Jean-Paul II citait l’évangile dès les premiers mots de son pontificat ; N’ayez pas peur ! Il n’y a pas de place pour la peur dès lors que nous sommes les disciples de Jésus. C’est le Satan qui effraie !
Mais depuis ce cri à la loggia de St Pierre, l’Eglise a peur, et peut-être le même Jean-Paul II n’y est-il pas pour rien. Les spécialistes s’accordent par exemple à reconnaître que le très officiel catéchisme de l’Eglise catholique, publié il y a vingt ans, en rabat par rapport au concile. Certains prétendent que le concile nous aurait menés à la situation de sécularisation qui est la nôtre. On peut à coup sûr affirmer que sans ce concile, l’Eglise ne serait plus qu’une secte défiant le monde, extrémiste, à l’image de ce que donnent à voir les intégristes de toutes les religions.
Que signifie alors se servir du concile comme d’une boussole ? Assurément, nous ne trouverons pas avec une boussole un chemin tout tracé, un carnet de voyage qui nous indiquerait les sites sûrs et ceux qui sont mal fréquentés. La boussole ne dispense pas de s’aventurer pour explorer soi-même et découvrir son chemin.
Il est difficile et risqué de résumer en une phrase, une thèse, ce que fut l’événement conciliaire. On pourrait cependant dire que le concile a pressenti ce que représente pour l’Eglise le pluralisme culturel. Avec la prise en compte des cultures non occidentales ‑ Inde et Chine en Extrême-Orient mais aussi Vietnam et Cambodge, Islam, civilisations premières que l’on ne veut plus considérer comme des primitifs barbares, le monde de 1962 déjà, celui de 2012 encore plus, n’est plus une affaire occidentale. Cela commençait à se voir, symboliquement, par la présence d’évêques autochtones. Cela se dessinait avec les bouleversements des décolonisations. Cela se comprenait intellectuellement comme une rupture de civilisation.
Si l’Eglise a un avenir, ce n’est ni dans un régionalisme, ni dans une volonté de construire une chrétienté universelle, mondialisation version chrétienne, mais c’est dans un dialogue engagé avec tous pour la construction d’un monde plus humain, c’est-à-dire fraternel. Les disciples de Jésus font de cette fraternité non seulement une métaphore, mais l’annonce comme une bonne nouvelle de la paternité aimante de Dieu.
Ne plus se prendre pour le centre du monde, ne plus croire l’évangile unique chemin d’humanisation ne remet pas en cause l’universalité de la mission de Jésus que l’Eglise veut servir. Mais cela conduit à une nouvelle manière d’évangéliser. L’Eglise se fait conversation, comme le dira Paul VI, elle doit cesser de condamner, non par complaisance béate, mais pour aimer ce monde à l’image du Père qui a tant aimé le monde. Le jugement n’appartient pas à l’Eglise mais la lutte contre toutes les formes de violences et d’injustices. La nouvelle évangélisation devrait permettre de penser la place de l’évangile dans un monde qui n’est plus chrétien, parce qu’il ne l’a jamais été, contrairement à ce qu’on voulait penser, parce qu’il ne le sera plus, contrairement à ce à quoi rêvent certains prélats aujourd’hui. La sécularisation est notre monde, y compris dans les pays du Sud. Que signifie y vivre l’évangile, y vivre de l’évangile ?
Assurément le concile ne s’est pas exprimé ainsi, mais sa plus grande nouveauté réside sans doute dans la prise de conscience d’un changement de civilisation et c’est par cette prise de conscience, celle de la fin de la chrétienté, qu’il doit nous servir de boussole aujourd’hui. La façon dont Jésus a vécu sa relation au Père, laquelle détermine sa relation à ses frères, doit être notre chemin. C’est le chemin du serviteur qui renonce au pouvoir, à la prétention de détenir la vérité et se fait le champion de la charité.



Se tient en ce moment à Rome un synode des évêques sur la nouvelle évangélisation. Que l’Esprit saint guident le Pape et les évêques sur un chemin audacieux d’om toute peur est bannie. L’annonce de l’évangile est un témoignage, ce qui se dit en grec un martyre. Il n’y aura pas de nouvelle évangélisation sans le recours à la faiblesse et l’abandon par l’Eglise de toute forme de puissances.
Se tenait à Rome, il y a tout juste cinquante ans le second concile du Vatican. Que nous tous, chrétiens, prenions le temps de connaître un peu plus ce concile dont Jean-Paul disait qu’il avait été « la grande grâce dont l'Église a bénéficié au vingtième siècle: il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence. »
Ils sont nombreux dans notre monde ceux qui ne voient pas l’intérêt de croire, ceux qui voient plutôt l’intérêt de ne pas croire. Que notre suite du Christ suscite l’étonnement.
« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » Que la vie de tous soit le corps de notre prière.

06/10/2012

Il n'est pas bon que l'homme soit seul (27ème dimanche B)


Il n’est pas bon que l’homme soit seul.
Ainsi commence le récit de la création de la femme. La solitude de l’homme semble un raté que Dieu veut corriger. Un homme sans l’autre, ce n’est pas un homme achevé, un homme terminé, un homme vraiment créé. Un homme n’est pleinement lui-même qu’à être avec un autre, l’identité de l’homme se trouve dans l’altérité.
Cette contradiction, du moins apparemment, se dit aussi par le manque. Un homme, ça manque. Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Autant ce manque n’est pas bon, autant il permet de dire la nécessité de l’autre, autant il appelle l’altérité.
La femme manifeste que l’homme manque, elle est l’indice de ce qu’il ne peut pas se suffire. Dans la chair, par la création de la femme, l’homme se révèle manquant, et ce n’est pas bon. Entendons-nous. Ce qui n’est pas bon, c’est la tristesse d’être seul, la tristesse d’une vie seule quand on est fait pour l’autre, cette solitude comme solipsisme. Evidemment, ce n’est pas la création comme ouverture à, cette capacité constitutive à l’autre.
La femme manifeste cette altérité. Elle n’est pas en elle-même et par elle-même l’autre. Parce que l’autre pour l’homme, c’est d’abord Dieu. Mais comment dire l’altérité de Dieu si l’on n’a pas une idée de ce que signifie la vie avec l’autre, différent, ce que signifie l’altérité ?
L’homme par la femme se comprend comme incomplet alors qu’apparemment il a tout pour vivre. L’homme par le manque découvre qu’un autre, comme la femme, mais autrement qu’elle, le fait vivre. La femme est pour l’homme l’indice ou la parabole d’un manque d’abord anonyme, qui peut se convertir en ce qu’il est, l’appel à vivre avec Dieu.
Et lorsque des célibataires à cause du Royaume se présentent dans la communauté, ils crient qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul en provocant l’homme et la femme qui se sont trouvés : Ne croyez pas que parce que vous êtes deux, plus rien ne vous manque ! Ne croyez pas qu’à être un couple vous avez obturé le manque ! Votre manque, comme celui de tous, est béant, vous manquez de Dieu. Sans parler que dans nombre de couples, on rate complètement la cible, on manque l'autre, on n’arrive pas à être autre l’un pour l’autre.
Il faut sans doute ces célibataires parce que le manque de Dieu, pour constitutif de l’homme qu’il soit, peut cependant être totalement ignoré. On peut très bien vivre sans Dieu. Nous le voyons auprès de nombre de ceux qui nous entourent. Nos enfants, nos frères et sœurs ne sont pas forcément chrétiens. Ils vivent pas plus mal que nous. Nous-mêmes vivons aussi sans Dieu.
L’altérité qui nous constitue, d’abord celle de Dieu, Dieu lui-même nous en dédouane en quelque manière, ou du moins il nous l’offre, il refuse de nous l’imposer, et pour cela se retire, se rendant non-nécessaire. Si la femme est créée de ce qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, c’est pour dire Dieu. La femme est le premier sacrement de Dieu. Ainsi parle, me semble-t-il, le livre de la Genèse.
Mais le discours est machiste. Certes il dit l’égalité de l’homme et de la femme : pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Mais il dit aussi la priorité de l’homme. C’est lui qui vient évidemment en premier et la femme est présentée seulement comme une aide qui lui soit accordée. J’imagine que nous sursautons un peu à entendre cela. Pourquoi faudrait-il que l’homme vienne en premier ? Peut-on dire la femme comme une aide pour l’homme ? N’est-elle pas par elle-même ?
Nous apprenons aujourd’hui le sens qu’il y a à dire que l’homme est une aide pour la femme ; l’homme qui est créé en premier est aussi bien un homme qu’une femme, pour lesquels il n’est pas bon d’être seuls, afin de découvrir l’altérité de Dieu. L’homme et la femme sont l’un pour l’autre parabole de Dieu. N'est-ce pas le sens du sacrement de mariage ? La fécondité de leur union ne fait que renforcer cette parabole.
Mais point besoin d’être marié pour découvrir en l’autre de l’autre sexe ce qui manque à mon humanité. Plus encore, la différence sexuelle n’est pas la seule, ni même peut-être la première à dire, en parabole, l’altérité de Dieu. Et nous en faisons tous l’expérience. C’est par l’amitié aussi que l’on déclare qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. Le sexe, masculin féminin, est pour sûr le chiffre, un chiffre de l’altérité. Mais la différence des couleurs de peau l’est tout autant. Et d’autres différences encore, moindres peut-être, nous convoquent à l’altérité, celle des cultures, des niveaux de vie, des milieux sociaux professionnels, des idéologies. Dans notre Eglise, il y a des différences dont on n’ose pas parler tant elles risquent de mettre le feu, disons pour faire court, entre les cathos de gauches, les nouvelles communautés religieuses, les tradis…
Un nouveau fait de société fait poser une autre question, question de société, question de l’Eglise de France. Quoi que l’on en pense, on accepte que les homosexuels soient visibles, ils ne sont plus obligés de se cacher. Nombre de pays condamnent comme un délit l’homophobie. Je ne veux pas aborder la question de l’union de deux personnes de même sexe. Je me demande juste si pour les bien-pensants que nous sommes, partisans invétérés et spontanés de l’hétérosexualité, l’homosexuel ne pourrait-il pas, ne devrait-il pas, exprimer une radicalité de l’altérité ?
Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Nous sommes convoqués à la rencontre de l’autre, des autres.

15/09/2012

Pour ne pas mentir à confesser Jésus (24ème dimanche)


Avec le chapitre 8 de l’évangile de Marc, un tournant se prend. Après une première partie de découverte ou de présentation de Jésus, dont seuls les esprits mauvais révèlent l’identité, la tension monte dans l’opposition à Jésus alors que ses proches sont de plus en plus associés à son intimité. Pendant toute cette première partie, Jésus commande que l’on ne dise rien de qui il est, cultivant le secret messianique.
La confession de foi de Césarée (Mc 8,27-35) puis la transfiguration sont des épisodes charnière sur le chemin de la reconnaissance de Jésus. Les indices semés dans la première partie de l’évangile sont rassemblés de sorte que les disciples de Jésus puissent trouver quelques forces aux moments difficiles. Et encore n’y parviendront-ils pas, laissant mourir leur maître seul sur la croix. Il faudra un païen, un étranger, un occupant, un pourri notoire, pour confesser, en voyant comment Jésus avait expiré, que vraiment cet homme était le fils de Dieu.
C’est qu’il ne suffit pas de dire qui est Jésus pour tomber juste ! La preuve, les esprits impurs et mauvais dans la première partie de l’évangile, la preuve, le reniement de Pierre, non pas seulement à la passion mais dès sa confession de foi, comme nous venons de l’entendre. « Passe derrière-moi Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu. »
Nommer Jésus, comme tout homme d’ailleurs, est autre chose que décliner son identité, lire un registre d’état civil ou une carté d’identité. On se moque de savoir qui est Jésus si c’est pour savoir qu’il est né un 25 décembre ‑ ce qui n’est d’ailleurs pas sa date de naissance ‑ ou qu’il est le fils de Marie. On se moque de Jésus en croyant le connaître par sa date de naissance et le nom de sa mère.
Dire qui est Jésus, c’est le suivre. Pour dire qui est Jésus, il n’y a qu’une solution, le suivre. Et c’est bien parce que Pierre n’est pas prêt à suivre Jésus, jusqu’à la mort, qu’il ne peut qu’être traité de Satan dont les pensées ne sont pas celles de Dieu.
Mais que Pierre ne soit pas ici l’antihéros dont nous nous détournerions, offusqués, pour mieux nous disculper. D’une part nous pourrions interroger celui que nous appelons le successeur de Pierre. Plus nous le portons aux nues, plus nous devrions nous souvenir que l’apôtre qui le premier a confessé Jésus est celui qui s’est fait renvoyer dans les cordes : « passe derrière-moi Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu ». Mais assez de temps perdu à juger et de Pierre et de celui que l’on appelle son successeur. C’est de nous qu’il s’agit.
Que disons-nous de Jésus ? Pour nous qui est-il ? C’est-à-dire comment, jusqu’où, quand, sommes-nous prêts à le suivre ? Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi. (Is 29,13) La question vaut pour nous, parents qui voulons transmettre la foi à nos enfants, pour nous prêtres et catéchistes qui prétendons faire découvrir aux enfants et aux jeunes qui est Jésus. Certes, nous ne pourrons jamais être à la hauteur de l’évangile que nous voulons annoncer. Certes, nous serons toujours en porte-à-faux en nous disant disciples de Jésus.
Mais pour que ce porte-à-faux ne soit pas mensonge, perversion, il nous faut pour Pierre, pour son successeur, pour nous-mêmes, nous dire ce que nous sommes, à la fois disciples qui confessons et pécheurs à côté de la plaque. Les disciples de Jésus sont (aussi) des traîtres et des menteurs. A ne pas le dire sans cesse, non par goût de la déchéance ou de l’auto-flagellation, mais comme condition de la vérité de notre foi, nous trompons et Jésus et les frères.
L’horreur de la religion, c’est que ce qu’elle recèle de meilleur, elle le pervertit à la hauteur de sa grandeur, pour devenir une tyrannie intolérante, violente, deshumanisante. Les évènements de cette semaine le montre une énième fois avec un film méprisant et des manifestations meurtrières. « Plus une cause est grande, dit un héros de Malraux, plus elle offre un grand asile à l’hypocrisie et au mensonge… »
Ainsi, dire que nous sommes disciples de Jésus, moins encore, seulement prononcer son nom, nous accuse comme esprits mauvais ou impurs, comme Satan, quand notre dévoilement de l’identité de Jésus n’est pas l’engagement à sa suive de pécheurs. La confession de Jésus ne peut se faire dans l’engouement délirant d’une légèreté mondaine, mais dans le trouble, hésitant, soufflé par l’Esprit comme une brise légère, de la reconnaissance de notre manque, de ce que ce n’est pas nous qui l’avons choisis, mais que c’est lui qui nous a choisis, aimés, le premier. La suite du Christ n’est pas notre affaire mais la sienne ; soit nous nous laissions conduire, soit, voulant maîtriser même l’aventure de la foi, nous sommes des fous furieux et dangereux.
La témérité est de mise dans le martyre seulement. Le reste du temps, il faut seulement suivre, venir après, derrière Jésus. Viendra le temps de dire à qui nous le demanderait, nos enfants, nos amis, nos collègues de travail, pourquoi nous vivons ainsi en suivant, qui nous suivons à vivre ainsi.

07/09/2012

Faire reculer le mal c'est annoncer l'évangile (23ème dimanche)


Encore un miracle ! On a l’impression que les miracles représentent le plus gros des évangiles tant on nous en raconte. Certes, chaque évangile synoptique en rapporte pas mal, répétant grandement les deux autres ; et si l’on n’est pas attentif aux détails de chaque récit, on n’en perçoit pas la nouveauté, on a l’impression d’une accumulation. La répartition liturgique amplifie cette impression en ne donnant à lire qu’une seule fois par an des textes qui nous paraissent plus importants comme la passion, certaines grandes paraboles et les récits des apparitions du ressuscité, alors qu’elle fait revenir les mêmes miracles comme multipliés par trois.
On finit pas se demander ce qu’il y a de nouveau à dire sur ces récits de miracles, entendus des dizaines de fois. Pouvons-nous en comprendre quelque chose ? Peuvent-ils encore nous apprendre quelque chose ? A chaque nouvelle lecture ? La question se pose d’autant plus que le miracle ne fait plus partie de notre pratique de la foi, de la vie quotidienne avec Jésus, ou alors de manière tellement exceptionnelle qu’elle entre en contradiction avec la fréquence des miracles évangéliques qui paraissent bien banals.
Pour tenter d’ouvrir le texte du miracle de ce jour (Mc 7,31-37), arrêtons-nous aux détails, refusant une lecture par les sommets qui se contente de parler de la guérison d’un sourd muet. On pourrait même affirmer que ce miracle ne raconte absolument pas la guérison d’un sourd-muet.
De quoi s’agit-il ? De beaucoup d’autres choses, dont la guérison du sourd n’est que la parabole. Et chacun sait que ce dont parle la parabole n’est pas ce dont il s’agit, mais le moyen de désigner autre chose qu’il faut savoir entendre. Il ne suffit pas en effet d’avoir des oreilles. Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, et c’est peut-être pour ne pas entendre, pour ne pas nous convertir, que nous pourrions nous contenter d’un bref résumé : guérison d’un sourd-muet. Ainsi donc, que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ! Cessons d’être sourds. C’est peut-être de notre guérison qu’il en va.
De quoi s’agit-il alors ? La guérison du sourd et du muet est un des signes messianiques, un des signes de la présence du messie, un des signes de ce que le salut de Dieu se déploie. Le texte de la première lecture est un exemple parmi tant d’autres de ce que la guérison des aveugles, des sourds, des muets, des boiteux annonce la venue de l’envoyé de Dieu, c’est-à-dire, annonce la libération du mal.
Dans la guérison du sourd-muet se joue le rejet, l’expulsion du mal. La thaumaturgie évangélique est toujours un exorcisme, que soit présenté ou non l’esprit du mal. La guérison est toujours libération du mal, parce que la maladie est la parabole de notre possession. Nous sommes sous l’emprise du mal ‑ du moins nous le sommes aussi ‑ qu’il s’agisse de notre péché, du mal que nous commettons, mais aussi du mal que nous subissons, la souffrance, l’injustice, la mort.
Alors regardons les détails de cette guérison. Il s’agit en fait d’une création. Certes, l’on peut soigner avec de la boue, mais lorsque le créateur donna vie à l’homme, c’est avec de la glaise qu’il le façonna. Il fallut ouvrir le côté de l’Adam pour que la femme permît à l’homme de parler, pour qu’Eve, la vivante, la mère de tous les vivants, apparût. C’est lorsqu’il la voit que, pour la première fois, nous entendons le son de la voix de l’Adam. Déjà il fallait ouvrir l’homme pour qu’il parle. Le don de la femme est repris par le commandement : Effata, ouvre-toi ! La rencontre de l’autre – quel que soit son sexe d’ailleurs ‑ nous fait parler, nous ouvre à la source de la parole qui s’efface derrière sa créature.
Mais à quoi bon guérir ce sourd muet si vient l’interdiction de parler ? « Alors Jésus leur recommanda de n’en rien dire à personne. » N’importe pas, précisément, de fanfaronner sur le miracle qui appâte le chaland. N’importe pas même de faire connaître le nom de Jésus ; on pourrait se méprendre sur son compte. Hier, c’était pour le faire roi, aujourd’hui, c’est par dégoût de tout ce qui a été fait de criminel en son nom. N’importe qu’une chose, l’annonce d’une création sans cesse renouvelée, d’un salut pour l’homme, de la vie, paradisiaque, pour l’homme. Importe au créateur sauveur lui-même la vie de sa créature, la victoire sur le mal. La gloire de Dieu n’est pas que l’on parle de lui ; c’est l’homme vivant.
La venue de Jésus au milieu de nous, la présence du messie au milieu de son peuple est une recréation, une création toujours nouvelle, toujours renouvelée, est la vie de l’homme. Si le mal recule, il y a indice de la présence salvifique du créateur. Faire reculer le mal, c’est annoncer la présence salvifique du créateur. A défaut de faire des miracles – nous ne sommes pas le créateur – nous pouvons annoncer son évangile, la bonne nouvelle, en faisant reculer le mal. Si la gloire de Dieu c’est l’homme vivant, en libérant autant que faire se peut l’homme du mal, nous chantons la gloire de Dieu.

01/09/2012

L'atavisme hypocrite des religions (22ème dimanche)


C’est sale, c’est caca, c’est impur. Expressions du rejet, du dégoût, apprises dès le plus jeune âge et que les religions transmettent. Les tabous alimentaires, les règles de pureté et les rituels de purification ne se distinguent pas des impératifs hygiéniques. Si les préceptes religieux ont aussi un sens second, ce n’est jamais par opposition aux exigences de l’hygiène mais au contraire par leur sacralisation.
Ainsi se définissent un jeu de catégories parmi lesquelles : pur-impur, sacré-profane, tabou-permis, péché-purification, tache ou souillure-propreté ou bain rituel. On ne sort jamais de l’espace organisé par ces quelques axes. Il y a de l’archaïque en chaque nouvelle existence ; à l’ère de la modernité la plus grande demeure une répartition bipolaire de l’existence, spatiale, mais tout autant morale.
Au pays de Candy, il y a des méchants et des gentils. Ainsi pense le petit d’homme. Ceux qui ne sont pas comme lui, qu’ils le contraignent ou soient différents ne peuvent qu’être les méchants. La crise de l’adolescence exacerbe la dichotomie. Le monde est en noir et blanc et, confronté à la nécessité de faire des compromis, y compris parce que l’on perçoit que l’on n’est pas soi-même tout entier du côté du bien, on crie à la compromission pour mieux se dédouaner. Le sens de la justice si implacable se mue rapidement en intolérance.
C’est que justement, le monde n’est pas en noir et blanc, que l’intelligence humaine, pour le pire, certes, mais aussi pour le meilleur, connaît la concession, la demi-mesure, la justice non pas d’égalité mais de proportion. Aussi performante qu’elle soit, la logique informatique qui ne connaît que le zéro et le un ‑ le courant passe ou ne passe pas ‑ ne permet pas de construire un monde humain, tel qu’il peut s’exprimer dans l’amour de ceux qui ont raté, dans l’art qui cherche à dire, à laisser advenir, ce qui est, avant même que de juger.
Certains textes des Ecritures paraissent naïfs à distinguer deux chemins. Soit vous mettez en pratique les commandements et vous vivrez, soit vous ne le faites pas et vous mourrez. Ou encore, il y a le large chemin de la perdition et le chemin escarpé, la porte étroite du salut. Certains textes devraient nous paraître naïfs dans leur opposition bipolaire. Il n’y a pas d’un côté les croyants, et de l’autre les idolâtres, païens ou athées. Il n’y a pas d’un côté les saints et vertueux et de l’autre la massa damnata.
(Souvent les oppositions bipolaires des Ecritures doivent être comprises non dans une logique exclusive, mais comme l’expression d’une totalité. Ainsi, le jour et la nuit ne désignent pas deux moments de la journée, mais la totalité de la journée , les bons et les méchants ne désignent pas les deux seuls groupes de personnes, bien clairement distinguées et opposées, mais la totalité de l’humanité.)
Le texte d’évangile de ce jour (Mc 7,1-23) vient briser l’évidence de la bipolarité morale, rituelle et religieuse. Le pur et l’impur ne sont pas affaire de spatialisation selon les coordonnées de l’extérieur et de l’intérieur. C’est l’intention qui qualifie l’acte, de sorte que l’on pourra souvent dire qu’il n’y a pas de bien ou de mal en soi, qu’il n’y a pas d’actes intrinsèquement pervers ; une action est définie moralement par l’intention qui la porte.
Est introduit dans prétendue objectivité extérieure et extrinséciste du bien et du mal, le sens de l’action humaine. Ce qui pousse Jésus à faire exploser le cadre du pur et de l’impur, du sacré et du profane, c’est, au moins dans notre texte, l’hypocrisie religieuse, ce que l’on appelle le pharisaïsme, la tartufferie. Le religieux sacralise l’objectivité d’un pur et d’un impur basée sur la spatialisation, un intérieur et un extérieur, un espace sacré et un espace profane avec ces propres lois, par exemple l’économie ou la vie privée. Or ce religieux doit être converti, évangélisé sous peine de mensonge qui s’exprime comme hypocrisie, pharisaïsme.
C’est qu’avec Jésus s’évanouit le sacré et le profane, le pur et l’impur, car l’homme, icône du Dieu à l’image duquel il a été créé, est appelé à la sainteté. Avec l’homme, tout est profane, au sens où il n’y a plus de lieux réservés, sacrés ; Il est possible de prier dans sur un tas d’immondices, autant que dans une église, une maison de personnes âgées dont la vie s’achève dans la faiblesse, une maternité qui voit tant de bébés venir au jour. Mais on peut, on doit aussi dire que tout est sacré, ou plutôt, tout est destiné à la sainteté de l’homme. Rien, pas même le péché, n’échappe au mouvement de la vocation de l’homme qui consiste à tout ramener à Dieu.
Seul l’évangile, semble-t-il, désacralise toute chose, annonçant un Dieu qui n’est pas séparé de l’homme, mais un Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit Dieu. Si l’on ne peut certes pas confondre Dieu et l’homme, on ne saurait pas non plus les distinguer, les séparer, les opposer.
Evangéliser le sacré c’est sans cesse faire reculer l’archaïque du sacré en nous pour reconnaître que ce monde, que l’homme, vit très bien sans Dieu, qu’il est autonome, et en même temps, que le monde et l’homme existent en recevant la sainteté du créateur et sauveur. Evangéliser le sacré c’est faire de chaque action une liturgie, un service à la gloire de Dieu, qu’il s’agisse du culte bien sûr, mais aussi du travail, du repos, des amours et des arts, et par-dessus tout du service du frère.

19/08/2012

El que come este pan vivirá para siempre (Vigésimo domingo)


¿ Cómo la carne de Jesus puede alimentarnos ? ¿ Que contestaría cada uno de nosotros ? Sin duda, diríamos que el sacramento es un alimento espiritual. ¿ Pero cómo tal alimento podría hacer que no múresenos ? ¿ Se trataría también de una vida espiritual ? ¿ Porque entonces compararlo con el maná ?
Si todo esto es espiritual ¿ por qué hablar con unas imágenes tan carnales, comer la carne, beber la sangre ? Si todo esto es espiritual, cómo esto tendría sentido para nuestra vida de cada día, tan carnal ?
Otra pregunta : ¿ cómo las palabras de Jesus podrían señalar el sacramento mientras que todavía, en esta época, no se sabe lo que es un sacramento, mientras que el texto posiblemente no se refiera al pan eucarístico, sino a la palabra de Jesús ?
Ultima pregunta : ¿ A quién conocemos que no hubiera muerto de manera que podamos decir que nunca muere, habiendo comido la carne del hijo del hombre ?
En efecto, el hombre no vive de pan sólo sino de lo que sale de la boca del Señor. Claro, la interpretación del texto debe ser espiritual. Entonces, no podemos substituir un pan por otro, el maná por el pan eucarístico. El pan que da la vida es la palabra de Jesus, mejor, la vida de Jesus, es decir Jesus mismo. No se trata aquí de eucaristía.
Un hombre que hace vivir, otra manera de decir, mas concretamente, que da su carne como comida y su sangre como bebida ¿ qué es ? Lo sabemos todos. Cada uno de nosotros conoce a tal o tal que le hace vivir, le da esperanza en la vida, le muestra su amor, la conduce sobre el camino de la estima a sí mismo.
Sabemos todos que sin los demás, no podríamos vivir, porque vivir no es sólo asunto biológico sino asunto de relación también. Y las relaciones no son cosas espirituales, son cosas muy carnales. Ofrecer la posibilitad de las relaciones es dar vida. Y así hace Jesus.
Pero no basta esta explicación. Jesus no sólo da la vida, sino su vida. Dar la vida es un nacimiento. Dar su vida significa la muerte. Desde el nacimiento hasta la muerte se da Jesus. La muerte de Jesus no tiene propiedades extraordinarias, las de un sacrificio por ejemplo, ofrenda expiatoria. Basta con la teología según la cual la muerte del Hijo sería necesaria para parar la ira del Padre.
La muerte de Jesus significa la fidelidad de toda su vida. Dando su vida, muere. Por su fidelidad con nosotros, por su fidelidad con su Padre, por su fidelidad con su propia palabra, Jesus continúa dando su vida hasta la muerte. Esta relación de fidelidad con nosotros y con su Padre, es decir su persona misma, nos la da, y hace nos hace vivir.
¿ Cómo decir esto, siglos después de su muerte ? ¿ Cómo vivir de esto, siglos después de su muerte ? La comida y la bebida son las parábolas de esta donación. Así, quien come su carne y bebe su sangre no muere, tiene vida, porque recibe la vida de Jesus. No se trata de una comida mágica o un alimento sacramental, se trata de la vida misma de Jesus, claro muerto desde dos mil años, pero continuando darnos su vida, continuando darse a nosotros.
Si queremos hablar de la eucaristía, diremos que es un sacramento, es decir lo que ocurre como signo. La eucaristía es el alimento como signo de que Jesus no deja de darse para que el mundo viva. La eucaristía significa la ofrenda de Jesus de su vida para la vida del mundo. Es la ofrenda como signo de esta ofrenda. Es el alimento que hace vivir como signo. Es de manera secunda, derivada, el alimento que hace vivir, es decir Jesus mismo, el que es el pan de la vida, el pan verdadero.
Lo comemos y morimos. ¿ Cómo Jesus puede afirmar que el que come este pan vivirá para siempre ? Con Jesus la vida no viene antes de la muerte sino al contrario la muerte viene antes de la vida. Comer este pan es salir de la muerte y ya salimos de ella si es la verdad, como lo dice el prefacio, que en esta existencia cotidiana, la vida eterna ya es empezada, que “todavía peregrinos en este mundo, no sólo experimentamos las pruebas cotidianas del amor de Dios, sino que poseemos ya en prenda la vida futura”.


14/08/2012

Mme Agacinski et le mariage gay

Un article du Monde rencontre sur FB les suffrages de chrétiens. Si l'épouse de l'ex-premier ministre socialiste dit son opposition au mariage gay, il y a de quoi trouver une alliée de poids dans le combat perdu d'avance que mènent des cathos, de droite comme de gauche, contre le mariage gay alors que l'actuel gouvernement a promis une loi à ce sujet..

L'article commence de façon carrée en explicitant pourquoi le mariage homo, qui induit la possibilité pour des couples du même sexe d'avoir des enfants, doit être rejeté. Mais il finit en accordant que des célibataires, même vivant en couple homo, doivent pouvoir adopter et réclame dans la foulée un statut du beau-parent.
Belle pirouette. Qu'a-t-on gagné au terme de la réflexion ? Il semble que l’on ait surtout justifié pourquoi le terme de mariage ne saurait être utilisé pour les homos. On se situe ici sur un terrain symbolique, mais en ces matières on n’est jamais loin de l’imaginaire. Symbolique et imaginaire, pour différents qu’ils soient, ne sont jamais éloignés. Je vois même une forme d’hystérie, plus ou moins collective, dans ce refus du mot mariage.
Certes, l’article permet au passage d’éliminer la possibilité des mères porteuses et l'obligation de faire payer par la sécu les inséminations artificielles des couples homos. Ce n'est pas rien, mais est-ce vraiment le problème et du mariage homo et de l’adoption par des couples homos ? Il me semble qu’il ait d’autres raisons de rejeter le recours aux mères porteuses, les mêmes que dans le cas des couples mixtes. Pourquoi faudrait-il des raisons spéciales pour les homos ?
On gagne aussi la réaffirmation du sexe, de la nature humaine. La contingence, ici biologique, est de l'ordre de l'essence et la nier revient à risquer de se transformer en sauvage. Ceci dit, dans le débat culture-nature, la culture a toujours été aussi une correction de la nature. Le recours à l'argument de la nature ne suffit à dirimer un débat. Personne en effet n'est contre la culture lorsqu'elle corrige la nature dans la loi de la jungle ou la sélection naturelle ! Et au nom de la nature, certains ont défendu la légitimité de l'eugénisme ! Du coup, recourir à l'argument naturel me paraît une fumisterie. Cela ne conteste pas qu'il faille un homme et une femme pour faire un enfant. Cela va de soi. Mais c'est trop court pour faire avancer le débat sur l'homosexualité et même sur l'homo-parentalité.
Finalement l’article ne paraît apporter quelque chose que contre ceux qui contestent qu’il faille un homme et une femme pour engendrer. Sont-ils si nombreux que cela pour que l’on occupe les colonnes du Monde ? On dirait que ces couples d’un genre nouveau, homos et accueillant des enfants, met en danger le couple biologiquement plus commun. Certains semblent penser que l’institution familiale est en danger, comme si l’homosexualité était contagieuse. On pourrait penser au contraire que ceux qui, parmi les homos souhaitent vivre en famille, font partie des promoteurs de la famille. (Je note que dans l’article rien n’est dit du bien de l’enfant et du droit de ce dernier à vivre dans un couple mixte. Mais le peut-on dès lors que dans les faits existent de nombreuses familles recomposées ou monoparentales que personne, ou presque, n’entend interdire.)
Je demeure étonné de ce que dans ce genre de propos, on ignore systématiquement le fait qu'il y a des homos. Faire remonter le raisonnement au droit romain ne peut être valable. Et d'ailleurs l'auteure elle-même le dit au nom de la défense des femmes. Il faudrait juste que les homos continuent à vivre que cachés : beaucoup sont prêts à les accueillir, à condition qu'ils ne disent pas ce qu'ils sont. C'est tout de même incroyable !